Une îlot méditerranéen désert : cliché d’A. Hiebel, décembre 2008.

Voici que résonne de Luis Sepúlveda – qu’emporta l’insensible, inhumain, “corona” – l’inspiration comme une vigie…

sur “notre chemin collectif pour défendre ce monde, notre monde, qui est unique.” (C’est ainsi qu’il dédiait le prix obtenu par son célèbre ouvrage “Le Vieux qui lisait des romans d’amour” à Chico Mendes, martyr de l’Amazonie.)

Or, à la fin de son confinement, de sa tragédie de bête meurtrie, Philoctète (Ami-des-Biens ?) se fie à l’irruption d’une vibration, d’un accent : quel deus ex machina chemine ? Là contre toute attente se devine un salut herculéen parmi les flots égéens pour “défendre” l’humain, le rendre à demain :

Ah, voix désirée jusqu’à moi passée,

dit à son donateur d’armes le dur guerrier qui dut passer sa vie seul au creux d’un terrier,

ah, lente venue enfin apparue !

(Fin de la tragédie de Sophocle, traduction littérale de Théâme.)

Que Simone Weil se soit intéressée à cette victime n’est pas étonnant : figure de nos existences pressées sur les bords où nous appelle un autre vent… Souvent la littérature, trouvant un trésor plus fort que la mort, fraie la voie de l’aventure.

Chypre Carnet de voyage”, page 74 du Petit Futé, Nouvelles Editions de l’Université, 2018.
D’après la tragédie grecque : marin, tel est de chacun de nous le destin.

Entre deux signes de midi, le vin désaltérant la fête (Jn 2) et le puissant courant surgi pour laver des pieds à la tête en passant par le cœur (Jn 4), un puits soudain s’est ouvert dans la nuit de l’âge, de la peur, du doute. Nicodème voit une route au son, au fond, d’une voix plus que désirée : totalement inespérée.

Bible catholique imprimée à Nuremberg en 1763, gravure de Nusbiegel :
Jésus et Nicodème, péricope de la liturgie de ce jour (cliché d’A. Hiebel).
Que de fois les coïncidences rendent allègres nos cadences !

“Le souffle où il veut souffle et, la voix qui est sienne, tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où elle arrive ni où elle se rend. C’est ainsi que vit quiconque s’est laissé donner le jour par le souffle.” (Traduction littérale, Jn 3, 8)

A la page du 20 avril dans “Le Tour du monde en 365 oeuvres d’art” de GEO,
détail de la Pietà de Jean Fouquet : Nicodème (ou Joseph d’Arimathie ?)
penché sur le Christ déposé de la croix, cf. Jn 19, 39.

Il faut que tout conFINement, renouant avec l’aube adorée, percevant les voix désirées, FINisse avant l’étouffement : pour que les familles entre les aînés et leurs bien-aimés tressent leurs ramilles, pour ne plus empêcher les marchés de marcher de manière humaine où la joie nous mène, enfin pour que les naufragés viennent avec nous partager l’esprit qui jamais ne se vautre et la beauté de la Mer Nôtre

“Notre Mer qui n’es pas aux cieux Qui embrasses les frontières de l’île et du monde
Que ton sel soit sanctifié
Que bénies soient tes profondeurs
Accueille les embarcations trop pleines
Sans une route par-dessus les ondes
Les pêcheurs sortis dans la nuit, leurs filets parmi tes créatures
Qui reviennent au matin avec la pêche des naufragés sauvés.”

Erri de Luca, Prière Laïque pour les migrants en Méditerranée.

Réplique du “Schweissdissi” esseulée dans l’entrée du “P’tit Marché de Poupous“,
5 quai de la Cloche à Mulhouse, près du Marché du Canal couvert qui passa Pâques fermé.

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