LE CHANT DU CYGNE.

Il existe sur le chant du cygne une légende gréco-latine d’après laquelle, à l’approche de la mort, le cygne émettrait un chant miraculeux.

Deux romans polyphoniques se côtoient actuellement par hasard chez “Théâme” : celui qu’Orhan Pamuk a publié en 1983, traduit du turc en français sous le titre La Maison du silence, et celui de Gabriel Schoettel intitulé Des airs de vérité paru en 2004. Tous deux évoquent une atmosphère confinée où des monologues juxtaposés cèdent la place au possible dialogue intérieur, où le chant du cygne n’est donc pas l’ultime don de l’écrivain, mais le glas de l’incompréhension face au mystère plus clair que toutes les explications, face à l’évidence de la présence, en particulier de la parole et de la cadence, face enfin à la vie qui supplante la vérité.

LE CHAMP DU SIGNE.

Cela nous amène à découvrir l’immense champ du signe, le bien des liens qui, dans l’anonymat et le bénévolat,  patiemment transforment l’inéluctable enfouissement en épanouissement délectable. Ecoutons la profonde résonance de termes aussi simples et primordiaux que famille, désignant d’abord l’ensemble des serviteurs, puis l’échange des services mutuels, ou ministère, énonçant le rang subalterne nécessaire à l’exercice, forcément altruiste et désintéressé, de la responsabilité…

L’homme est bien la “table d’attente” décrite par Pierre de Bérulle, un bloc de pierre à dégrossir et tailler par la tendre puissance créatrice. De fait, la racine lexicale de la religion serait l’attachement, attentif et affectif, aussi généreux que contagieux, aux racines enfouies comme aux floraisons épanouies, aux dansants équilibres comme aux appels qui vibrent, à la voie, la vérité et la vie qui s’ouvrent ensemble, entre la paix et le respect, sur une sereine liberté solidaire : “Si tu veux que ton sillon soit bien droit, fixe l’araire à l’étoile qui voit” serait une paraphrase d’un proverbe bien connu… Appliquons aux signes, de près, chaque ligne, et la voile aux étoiles ; regardons les géoglyphes dont les énigmes ponctuent le globe ; songeons aussi aux pierres de meule devenues les plus sûres protections des maisons rupestres, en Cappadoce notamment : seule une force de libération ou de résurrection pouvait les déplacer de l’intérieur, les rouler ou les écarter, puis les rendre à leur première fonction, nourricière.

LE CHANT DES SIGNES.

En conséquence, EUROPE n’est plus le cadre plat d’intérêts à considérer ou multiplier ni d’affaires à faire ou sauver. Elle est notre seul intérêt et notre unique affaire : pour l’assumer, nous sommes heureusement enracinés dans la lumière du premier sillage creusé à travers le vide, le noir et l’inconnu par la scintillante figure d’Eur-Ope, incarnation de la communication alphabétique et maritime lancée par son peuple phénicien ; ayant reçu le nom de Vaste-Vue, elle répond à cette vocation pour autant qu’elle nous confie la même mission d’élargir des latitudes, de nouer des relations, d’harmoniser des coordinations. Un récent Point de vue paru dans les “Dernières Nouvelles d’Alsace” rappelle modestement que cette aventure est non seulement plus que jamais à portée de main, mais désormais remise à nos humbles mains fraternelles :

“Face aux menaces, les amis se révèlent. Si la figure et le nom d’Europe ont 3 000 ans, la construction européenne paraît aussi juvénile que vulnérable à 60 ans, prise entre les feux orientaux de la région natale d’Europe et tant d’autres brasiers occidentaux ou mondiaux : elle suscite certes nos espérances, mais elle nécessite plus que jamais l’harmonisation de nos énergies. Ce billet s’adresse donc aux amis de l’idéal européen : dans quelle autre région du globe de vieilles nations ont-elles entrepris de dépasser guerres et frontières pour s’unifier contre la misère et la haine, contre l’injustice et l’exclusion ? Même en évitant de tomber dans une emphase déplacée, reconnaissons qu’il s’agit d’une entreprise aussi fédératrice que novatrice, exigeant l’écoute, l’ouverture et l’audace de chacun pour la réussite de tous, si modeste soit-elle.

À Strasbourg où bat le cœur de l’Europe, où se croisent les deux Europe (celle du Conseil et celle de l’Union), faisons enfin que les visiteurs européens ne fassent pas que se croiser dans leur errance à travers le quartier désert des institutions européennes. Nous en avons les moyens : faisons d’une pierre… trois coups, pour la démocratie venue prendre ici ses quartiers européens, pour cette capitale européenne et pour le Lieu d’Europe également évoqué par les DNA ces jours-ci.

Puisque l’intégration politique à l’échelle européenne semble indispensable, commençons par intégrer le Lieu d’Europe dans le schéma directeur du futur quartier d’affaires Wacken, dont l’appellation se terminait à l’origine par le nom d’Europe. Car l’affaire « Europe » dépasse tous les bénéfices et les investissements les plus coûteux ! Même sans enfoncer de porte ouverte, rappelons que son nom de « Vaste Vue » nous conduit à dépasser ensemble les courtes vues de l’intérêt particulier pour viser à long terme, dans un esprit de liberté solidaire, le bien commun. Faute d’inscrire dès maintenant la seconde phase du Lieu d’Europe dans le schéma du Wacken-Europe et dans le rôle européen de Strasbourg, nous risquons un triple échec sans appel.

Ayons donc à cœur d’ouvrir la villa du (Kaysers)Guet par une extension réelle : au-delà des « petites adjonctions transparentes » prévues pour la réhabilitation de la villa Wach, plutôt que des « villas européennes » asphyxiées sur son étroit pourtour, envisageons de lancer une passerelle vers l’avenir et, sur le chantier qui va se creuser entre elle et les Institutions européennes, une deuxième tranche de travaux en vue de bâtir à la paix, à la conscience et à l’identité européennes le haut lieu qu’elles méritent.”

De fait, les fameux “trois coups” retentissent et tissent un commencement : une utopie plus exigeante, plus stimulante que celle de Libertalia, prend corps sous nos yeux, sous nos doigts, par grâce et volonté conjuguées. D’ailleurs, ne peut-on lire une silencieuse révolution en marche dans le fait que la capitale alsacienne accueillera en octobre 2012 autour et au pied de la cathédrale, successivement sans désemparer, le Forum Mondial de la Démocratie et les Etats Généraux du Christianisme ? Etant donné que chaque système de symboles nous enseigne une “langue des signes“, les limpides caractères  phéniciens font entendre aux sourds et muets que nous sommes – aspirant toujours à la guérison, voire à la communion – la plénitude alphabétique, en quelque sorte dactylologique, de leur chant : il suffit que les Européens tentent, dans leurs lieux de vie et de rencontres, d’Unir l’Europe non sur des illusions, mais sur un énergique chantier, sur un enchantement juste, à l’image d’une lucide chouette ou de la flûte mozartienne.

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