Mulhouse, rue des Franciscains, Avent 2021.

Juste entre l’atelier « franciscain » du luthier et le soleil animant les guirlandes qui voudraient nourrir nos landes gourmandes, s’avance un jeune musicien au centre-ville mulhousien…

« Si je marche à ma fin, comme tout le monde, écrivait Bernanos dans Les Enfants humiliés, c’est le visage tourné vers ce qui commence, qui n’arrête pas de commencer, qui commence et ne se recommence jamais, ô victoire ! »

Aurore de décembre sur le Sud-Alsace.

Au seuil du cimetière Saint-Urbain, créé l’année même où Strasbourg devint français, un buisson dardant sa sève vers l’azur entrouvert se relève.

Strasbourg, entrée du cimetière Saint-Urbain.

Sur une autre façade, Joseph époux d’une vierge, Marie qui va pourtant donner la vie, nous bénit déjà d’un geste bref. Plus belle la vie, Nona et ses filles, quelquefois les feuilletons empruntent un autre ton… Les séries télévisées elles-mêmes, travaillées par le mystère de la naissance, soudain s’adoucissent, s’élargissent, délivrant la clarté d’un autre Matin.

Strasbourg, façade du presbytère de la cathédrale.

Enceintes ou saintes, nos cages sourient de pouvoir s’ouvrir, montrant aux ailes comment moins souffrir.

Strasbourg, clef de voûte au 16 rue du 22 novembre :
le « Meiselocker » ou « Charmeur de mésanges ».

Alors nos toits se réparent, palpitent, vibrent de la passion qui les habite.

Mulhouse, lycée Albert-Schweitzer.

Enceintes embarquées, nous larguons les amarres : que s’envolent donc les grillages et les barres.

Mulhouse, siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Et que nos sociétés avec Vincent de Paul, avec tant d’autres saints tendant la clé de sol, secondent nos humbles travaux dictés par le service, par la soif de justice, jusqu’au céleste port du beau.

Statistiques ou musique,

comptabilité, spiritualité ?

Les quatre, mon général, avec le panache qui saura relever le défi de la tâche.

Grandeur et misère de notre humanité…

Certes, nous cherchons la quadrature du cercle, mais toute alchimie a grand besoin d’un couvercle.

C’est ce que souffle en nous chaque Nativité.

Il faut qu’on imagine,

en la perçant à jour sans la prendre à rebours,

à travers la machine

L’amour ne compte pas, nous le savons – ni dans le mauvais sens ni dans le bon !

Mais, puisque nous sommes sur terre encore, il faut demander à l’Esprit l’aurore

de la justice sur la charité, voire de la raison sur la bonté,

voire du nombre contre les ombres !

Être des pro’ sans être accro’ :

car seule est heureuse l’action généreuse,

car le meilleur produit jaillit de dons gratuits,

car la lumière anime l’abîme jusqu’aux cimes…

Quantité, qualité,

« serpents et colombes », « sur le Roc » rien ne tombe,

on ne voit bien qu’avec le cœur si l’âme et le corps vont en chœur :

que dès lors l’arithmétique contribue à la musique ! 

Mulhouse, presbytère de Sts-Pierre et Paul : préparation des cadeaux de Noël
collectés pour les enfants bénéficiaires de la Conférence Saint-Vincent de Paul.

Or le début et la fin du « Chant de l’âme » que saint Jean de la Croix créa prisonnier à Tolède en 1578 nous aident à traverser ensemble la nuit vers la Source qui bruit et qui luit (l’Incarnation, le Baptême, la Foi qui marche et sème) non seulement au fond de notre cœur, mais entre nous et plus haut que nos peurs.

Je sais bien la source qui coule et qui fuit,
Mais c’est de nuit.

Cette source éternelle est hors de vue,
Moi je sais bien là où est sa venue,
Mais c’est de nuit.

L’origine n’en sais, car n’en a point,
Seulement je sais que toute origine en vient,
Mais c’est de nuit.

Je sais qu’il n’est nulle chose si belle
Et que cieux et terre boivent en elle,
Mais c’est de nuit.

Cette éternelle source, elle est enfouie
En ce pain vif pour nous donner la vie,
Mais c’est de nuit.

C’est là qu’on appelle les créatures
Qui boivent de cette eau, même en l’obscur,
Car c’est de nuit.

Cette source vive que je désire,
C’est de ce pain de vie que je la tire,
Malgré la nuit.

Crèche familiale : le vase, provenant d’un érable sycomore
qui grandit à Wintzfelden, fut sculpté par le plasticien Dany Haberthur.

One Reply to “« Vers ce qui commence ».”

  1. Voici qu’avec Théâme et Jean de la Croix la nuit n’est pas la chute du jour qui fuit, mais le gouvernail par où s’amorce une nouvelle aurore, le point de rebroussement vers un jour neuf. Toute nuit est enceinte du Jour qui vient et porte en elle, encore enfouie, la ferveur des commencements. Splendeur d’une aurore sur la ville de Mulhouse en transfigurant les cheminées, les bâtisses, les immeubles. Ainsi le solstice que nous venons de passer n’est pas à recevoir comme le point de l’année où les jours sont les plus courts, mais celui des jours qui commencent à rallonger. Tant de saints nous en montrent le chemin : Joseph avec sa lanterne ne fait pas qu’éclairer cette nuit que chante Jean dans sa prison de Tolède ; il désigne celui qui est de toute éternité le Soleil levant (ainsi l’invoque la grande Ô du 21 décembre) et la Lumière du monde. L’enfant de la mangeoire dans la nuit de Bethléem est ce germe de la clarté qui vient. De même face à l’immensité des pauvretés, Vincent de Paul et tant de vincentiens à sa suite, au lieu de baisser les bras, commencent et poursuivent tous les protocoles utiles à dénouer les liens de la sévère servitude de toute précarité. Certes, nous sommes alors des colibris, – peut-être des mésanges, ou des rouges-gorges, ces gentils luthiers des campagnes – et pourtant notre goutte d’eau, notre froissement d’ailes, les gouttes d’un autre chant que celui de la lamentation, chacun de ces « petit peu » inverse le triste cours du monde. Et ce peu est réellement le tout, ce peu occupe une place immense : il nous accepte indisponibles, il sait que parfois nous le sommes, mais il renverse les tables des marchands, pour que commence un monde plus fraternel. Alors les toits se réparent, les dons sont avec justice donnés, les fenêtre illuminent des façades, la musique passe dans la rue et, sur la paille de nos cœurs où chatoie le vitrail de Dieu, le divin Enfant peut naître.

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