Jonathan Borofsky, “Femme montant au ciel” : Strasbourg, place des Halles, cliché Théâme.

Pour Leibniz, chaque substance simple ou “monade créée représente tout l’univers”, capable d’entrer en dialogue et résonance avec chacune des autres. Cette harmonie préétablie agaça certes le Candide de Voltaire. Mais l’optimisme épinglé n’exclut pas la relativité ni surtout la relation, “chaque possible ayant droit de prétendre à l’Existence à mesure de la perfection qu’il enveloppe” (Monadologie, §§ 57 et 54).

Ce penseur allemand rédigeait plus en latin et français qu’en allemand… Raison de plus pour faciliter l’accès à la culture par des Bibliothèques sans frontières !

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D’ailleurs, l’harmonie et la vertu (arétè) ont partie liée, nous le savons par leur étymologie grecque. Si, au début du XIXe siècle, les Philarètes, Amis de la vertu (avec l’association des Philomates ou Amis du savoir), ont en vain recherché dans la violence un modus vivendi pour une Pologne indépendante, un siècle plus tard la même appellation fédérait encore de jeunes Polonais chrétiens et résistants, dont les prêtres martyrs  du nazisme M. Górecki et B. Komorowski.

Situé chronologiquement entre ces deux engagements héroïques pour faire advenir coûte que coûte une harmonie sur terre, le jeune Rilke s’est penché sur les conditions d’un théâtre nouveau dans ses Notizen zur Melodie der Dinge (Notes sur la mélodie des choses, traduction de Bernard Pautrat, Paris, éditions Allia – IDEM VELLE AC IDEM NOLLE / AVEC LE MÊME OBJECTIF ET LE MÊME REFUS, 2016) :

“XVI. Sei es das Singen einer Lampe oder die Stimme des Sturms, sei es das Atmen des Abends oder das Stöhnen des Meeres, das dich umgiebt – immer wacht hinter dir eine breite Melodie, aus tausend Stimmen gewoben, in der nur da und dort dein Solo Raum hat. Zu wissen, wann Du einzufallen hast, das ist das Geheimnis deiner Einsamkeit : wie es die Kunst des wahren Verkehres ist : aus des hohen Worten sich fallen lassen in die eine gemeinsame Melodie.

Que ce soit le chant d’une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer, qui t’environne – toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix, dans laquelle ton solo n’a de place que de temps à autre. Savoir à quel moment c’est à toi d’attaquer, voilà le secret de ta solitude : tout comme l’art du vrai commerce c’est : de la hauteur des mots se laisser choir dans la mélodie une et commune.”

Saurons-nous établir l’harmonie de la vie née pour des symphonies ?

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