Château de Grignan.

Théâme est partie juste avant le nouveau confinement. Les impeccables vitres du car SNCF permirent d’admirer, à toute vitesse, l’arrière du château de Grignan, celui dont rêvait la marquise de Sévigné quand le retour de sa fille au nord de la Provence l’arrachait à sa tendresse et que la magie de la correspondance tentait de tromper l’absence :

A Mme de Grignan, 16e juin 1677.

Je vous ai suivie partout, ma bonne ; votre cœur n’a-t-il point vu le mien pendant toute la route ?

Tant il est vrai que tout voyage est un travail, entre torture inhumaine et féconds labours : travel, dit simplement pour tout cela la langue anglaise, et nous pouvons songer encore non seulement au décisif passage enclenché par les élections actuellement en cours dans la grande nation anglophone des Etats-Unis, mais aussi au destin du terme anglais journey, qui de journée est passé au sens de trajet

L’Eygues marine ou presque…

Toute journée est aussi bien un travail qui traverse l’espace et le temps comme l’Eygues joyeusement reflète à l’arrivée le ciel de Nyons, ou comme la Fuite en Egypte éclaire depuis peu le chœur boisé de son église Saint-Vincent.

La Fuite en Egypte, par Elisabeth Cantin.

Mais, bien que né dans une boulangerie de ce petit paradis, le petit René Barjavel a parfois trouvé le temps long comme un jour sans pain, se souvient-il au creux de La Charrette bleue :

Je pleurais parce que j’étais sous-nourri. Je criais parce que j’avais faim. Personne, évidemment, ne s’en doutait. Pour me calmer, par bonheur, on me donnait un quignon de bon pain, rassis, sur lequel je bavottais longuement et que je finissais par avaler, miette à miette, après l’avoir ramolli. Je pense que c’est le pain de mon père qui m’a sauvé.

Heureusement, Le Grand Secret sait dévoiler aux hommes une autre nourriture, non pas pour une hypothétique ou catastrophique vie éternelle inoculée par un virus, mais celle qui donne l’énergie de poursuivre la route en profondeur :

Parce qu’ils regardent ensemble, avec amour, les apparences du banal, ses portes s’ouvrent devant eux, découvrant en chaque lieu la splendeur.

Fournil Achard-Barjavel à Nyons.

Les graines d’acanthe ont aussi parcouru dans le plus grand secret d’immenses distances pour venir verdir les jardins de Provence ou même d’ailleurs après avoir insufflé la décoration des chapiteaux corinthiens. Mais, en cette année exceptionnelle par deux confinements, des fruits surabondants, comment les feuilles refusent-elles obstinément de quitter les troncs lorsque sonne l’arrière-saison ?

Acanthe au pied d’un laurier.

D’ailleurs, Les Travaux et les Jours jouent sous l’inspiration d’Hésiode entre les énormes détails humains et l’impénétrable conseil divin :

Applique bien ta vue, ton oreille, perçantes ! Par la justice oriente à tout juge les sentes. Traduction proposée par Théâme pour le vers 9.

Dès lors, d’un bond, montent les ponts et les créatures s’élancent pour apprivoiser les distances.

Nyons, le pont roman.

Mais, comme à la marquise, il leur faut résister à la guerre des maux pour que nulle haine ne soit souveraine.

Nyons, le monument aux héros de la Résistance morts pour la France :
par R. Altoviti, statuaire, et A. Long, sculpteur.

Or la liberté d’aimer va de pair avec celle de travailler, qui sert et développe la vocation d’EUR-OPE inscrite en nos terroirs : que les cœurs PUISSENT VOIR au-delà des gestes barrière, goûter et propager la lumière dans la passion des relations. Car c’est toujours, si l’on ne se moque pas de l’essentiel, la belle époque !

Sur la place de la Libération à Nyons.

Donc ne nous éloignons pas des appels : soignons de toutes nos forces, tous nos remèdes ! Lorsque la fraternité veille, elle aide…

Une pharmacie de Nyons.

Rien ne cloisonne plus le ciel : à tire-d’aile et bien que frêle, l’échange y vole, substantiel.

Vols en cours ou en attente.

Même si la fleur au soir doit s’éteindre,

Dans un jardin de Nyons le soir.

même si ne cessent de nous travailler les tragédies, si l’incendie continue dans notre âme de nous fouailler, la joie de la mission vient nous étreindre.

Notre-Dame de Paris pendant les journées du Patrimoine 2020,
avec les Charpentiers sans frontières. Photo de Yoan Valat publiée par LA CROIX, via MaxPPP.

Et la mauvaise herbe transfigure au matin pierres et copeaux en la voile de satin qui discrètement porte vers l’éveil nos vues mortes.

Dans le même jardin de Nyons au matin.

La fête de Tous les Saints ensemble déploie nos mains

Matin de la Toussaint à Nyons.

jusqu’au service – plus puissant que les suicides par l’invention de solutions, par l’improvisation ingénieuse et lucide -,

TGV Avignon Strasbourg-Luxembourg, après une panne de 3h provoquée
par un “accident de personne” sur la voie ferrée près de Marseille.

voire jusqu’aux chantiers pour que vous enchantiez les confinements les plus sévères en aires claires – nouvelles ères.

Equipe de carreleurs à l’oeuvre dans une loggia.

Voyageons donc sans nous écarter du travail mené par la clarté. La jeune Europe entre affreux requins et gentils dauphins nage, galope entre virus et cumulus.

Le jour des Défunts s’achève comme auréolé d’avance par la résurrection.

4 Replies to “TRAVELS.

    1. Amicalement, chère Chantal, même par temps de confinement, continuons de vivre à fond, voire de chanter, les modestes aventures à partager et labourer !

  1. J’aimerai rebondir sur la boulangerie… Elle me rappelle un ex. donné par JP Lachaux chercheur en neurosciences cognitives, lorsqu’il explique ce qu’est “l’attention”.
    De mon temps scolaire (il y a 40 ans…) on éduquait la mémoire, il fallait apprendre à retenir des faits! Tous ces faits sont maintenant à portée de main sur le Net. La difficulté est plutôt aujourd’hui d’apprendre à sélectionner les faits et sélectionner l’information la plus pertinente est le rôle de l’attention. Mais on ne sait plus où donner de la tête! Nous faisons plusieurs choses en même temps! Et c’est là qu’il dit :”Avant quand on entrait dans une boulangerie, c’était seulement pour acheter du pain, aujourd’hui avec un smartphone, dans la même boulangerie, on peut acheter un billet de train, discuter avec un collègue de bureau au téléphone, payer sa baguette..”.Tout se mélange, on ne sait plus à quoi faire attention! On n’admire plus les croûtes des différents pains qui s’offrent à nous, on ne sent pas les bonnes odeurs qui se mélangent, c’est tout juste si on regarde la vendeuse… Nostalgie…?!
    De tout temps, on savait capter l’attention: les magiciens, les pickpockets…aujourd’hui se sont des machines qui captent notre attention, avec toutes sortes de trucs (IA, traitement des données personnelles…) , et en plus c’est personnalisé!
    Manipulation…?!

    1. La course en avant des progrès techniques semble certes nous changer toujours davantage en prestidigitateurs mécaniques ou robotisés. Mais nous nous voyons confier chaque jour la délicate charge, particulièrement vitale en ces temps de crise, d’articuler sur la personne et les relations interpersonnelles les plus pressantes instances en perpétuelle concurrence : en plaçant patiemment, sereinement, L’ESSENTIEL AVANT L’URGENT.

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