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Réfugiés à Cos, nbcnews.com .

Ce n’est pas une coquille : vous avez bien lu l’insertion de l’acronyme à peine centenaire SOS dans le vénérable verbe ASSOCIER, dérivé du terme latin qui signifie compagnon, allié, lui-même tissé de la notion de SUIvre, comme les substantifs conSÉQUence ou même SOCiété, désignant un mouvement d’ensemble en avant… Du code morse intégrant ce signe comme injonction générale, rythmée, sans appel pour crier au secours en anglais jusqu’à la morsure de la miséricorde qui creuse et déborde en action, le sens, même rétroactif, reste profond et l’effet radical dans la solide solidarité humaine : non seulement Sauvez nos âmes, mais surtout Sauvez nos corps et, du même coup, vos âmes !

Les réfugiés aux abois et l’immigrée d’autrefois se rejoignent tragiquement et presque se côtoient magiquement sur les mêmes routes méditerranéennes, du Levant au Couchant, de rivages en îles : à travers la nuit des temps, des obscurantismes et des haines, Eur-Ope donne un visage à l’équipage mystérieux qui propage avec la navigation l’alphabet, avec la communication la démocratie, cousant une voile de Toile toujours plus porteuse, ouvrant ses – et nos – yeux aux étoiles comme aux voies radieuses.

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En Crète, Europe accoste de nuit, pheniciens.com .

De mort, la souffrance du moindre membre fait résonner toute la chambre du corps. Mais, quand il surmonte sa peur et sa honte, le papillon prend pour allié le glissant vernis du laurier, puis son âme s’immole à l’air qui le console d’avoir perdu le sol au seuil de son envol.

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Argus bleu, cliché Théâme.

Des menaces fauves, les corps ne se sauvent… que par la fidélité de la solidarité, qu’avec toutes les âmes fraternelles et sur les ailes de l’aide éternelle. Ainsi, le médiéval Débat du cœur et du corps que François Villon fit dialoguer n’est pas désuet, ni hors sujet ni hors saison :

Qu’est ce que j’oi ? – Ce suis-je ! – Qui ? – Ton coeur
Qui ne tient mais qu’à un petit filet :
Force n’ai plus, substance ne liqueur,
Quand je te vois retrait ainsi seulet
Com pauvre chien tapi en reculet.
– Pour quoi est-ce ? – Pour ta folle plaisance.
– Que t’en chaut-il ? – J’en ai la déplaisance.
– Laisse-m’en paix. – Pour quoi ? – J’y penserai.
– Quand sera-ce ? – Quand serai hors d’enfance.
– Plus ne t’en dis. – Et je m’en passerai.

L’on pourrait en offrir cette transposition en français actuel, où le corps semble percevoir la voix du cœur :

“Qu’est-ce que j’entends ? – C’est moi. – Qui ? – Ton cœur,

qui ne tient plus qu’à un fil minuscule :

j’ai perdu force, matière et liquide

quand je te vois loin de tout, seul loin de tous,

comme un pauvre chien tapi dans son coin.

– Mais pourquoi donc ? – Pour ta manie des plaisirs.

– Cela te fait-il chaud ou froid ? – Cela m’écœure.

– Laisse-moi en paix. – Pour quoi faire ? – J’y penserai.

– Quand donc ? – Quand je ne serai plus un enfant.

– Je ne te parle plus. – Et je m’en passerai.”

(Proposition de Théâme.)

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Les deux amies Anne et Sylvie au lycée “A. Schweitzer” de Mulhouse, dans “Le Débat du coeur et du corps” composé par F. Villon, cliché Théâme.

Ce difficile accord de l’âme avec le corps, Anne Miguet l’incarne et le joue avec la joie joue contre joue, mais le laisse aussi chaque matin changer la vocation en destin, tandis que de livre en livre la vie ruisselle et délivre : des “intercontinents” s’appellent maintenant à la mutuelle écoute, puis à se mettre en route, dans la solidarité de l’audace et dans la solidité de la grâce, à voler au secours de l’amour et du jour. C’est ainsi que sa toute neuve Robe bleue de Ouagadougou fait couler dans un même froufrou l’action de la poésie en fleuve, et la fraîcheur des souvenirs pour nous apprendre à secourir, entre veilles et merveilles. Car il a suffi que l’auteur et son mari veuillent faire du saut un abri (17) ; dès lors, ils peuvent l’affirmer : le duo nous fut acquis (18) ; et le jeune couple enseignant vint boire, avec son premier nourrisson à la prodigue voie lactée de la grande mère Afrique (35), la culture… à cette croisée de la faim du ventre, et de la faim de l’âme (85). Il salue encore dans la durable parure d’azur rapportée de la Haute-Volta qui devint entre-temps le Burkina Faso un visible pour un invisible (126). Car l’aventure des auteurs dure, associant leurs lecteurs par l’âme et par le cœur, en favorisant enfin leur mue d’enfants vers une plus Large-Vue.

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Cliché Théâme.

 

 

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