Rue du Jeu-des-Enfants à Strasbourg, une fresque de street art en cours.

Dans nos rues éperdues, sur nos sentiers privilégiés, il est des théâtres de contemplation préparant l’action : d’âme, d’aube et d’âtre.

Couple contrasté de canards colverts au Jardin botanique de Strasbourg.

Bête et femme de pierre ont le regard tendu vers l’instant du repos qui se verra fendu, comme un tabernacle, par l’inouï spectacle du soleil levant sur l’aile du vent.

Strasbourg, 98 Grand-Rue : l’immeuble de 1758 est resté fidèle à sa vocation boulangère.

La cathédrale respire tout près, paraissant nous dire que l’âme sauvée est plus forte que le grès, que le pardon lave reproches et regrets.

Strasbourg, Pilier du Jugement dernier : l’ange porteur de la Croix et le Christ en juge miséricordieux (Fabrique de la Cathédrale).

Il suffit que, sous la sève du vrai, l’écran cède et crève pour que même le cinéma nous fasse escalader les mâts du sourire et de la distance, pour que soudain Molière apporte sa présence :

Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde, s’écriait Musset après “Une soirée perdue” au “Théâtre-Français” à laisser s’égrener les alexandrins parfaits du “Misanthrope“, Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer !

La future Comédie-Française a déjà un rideau de scène, mais encore une balustrade pour la salle debout (André Degaine, Histoire du théâtre illustrée) : par les prodiges de la technique actuelle, “Le Misanthrope” 2019 s’est déroulé simultanément à Paris et dans plusieurs salles obscures.

Ainsi les vives mains des femmes et des hommes extirpent les vilains maux qui nous gardent gnomes, nous empêchant de fleurir, de grandir et de bénir.

Mulhouse : la tour du Diable au soleil couchant qui semble être les rayons d’EurOpe, la Phénicienne dénommée tour à tour Couchant ou “Larges-Yeux”.

Même la tour du Diable n’a rien d’irrémédiable si l’on a bien voulu se pencher pour planter, soigner sans flancher, non loin des rives ou des lessives qui sont d’un autre temps, mais brassent notre sang.

P. Gauguin : “Lavandières au bord du canal” (détail, 1888).

Alors le bois s’étire : près du rabot se mire l’aurore du travail.

G. Caillebotte : “Raboteurs de parquets” (1876).

Les planches sont est un rail où l’on tente, on invente, le commun gouvernail pour qu’Europe dans l’espace vers l’enfance avec nous passe : sous les mains des humains, toute matière devient lumière et la flamme du four mène à l’arbre du jour.

La cathédrale de Strasbourg avec ses visiteurs se reflète dans ce scintillant hommage à Tomi Ungerer.

 

One Reply to “Il est des théâtres d’âme, d’aube et d’âtre.”

  1. Comme on les aime tressés par trois les mots qui grattent leurs allumettes sur nos cœurs. S’allume l’âtre, s’éclaire l’aube, s’illumine l’âme. Alors dans le feu des rayons caressants du soleil d’avril une tour du diable donne autant de clarté q’un pilier des anges. Passent Molière et Tomi tous deux des éclaireurs et qui surent nous faire rire avec parfois des choses à pleurer. “Dans les rues de la ville il y a mon amour (…) il ne se souvient pas qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas.” Théâme elle se souvient, Théâme nous éclaire de près, et comme en vérité René Char, ne fait allégeance qu’à l’espérance. Penchez-vous raboteurs et lavandières, penchez-vous prosaïquement comme les musulmans se penchent pour la prière. ” Ne te courbe que pour aimer”, commande encore le poète : car la courbure de l’amour, qu’il soit prose ou prière, toujours remonte au ciel. S’allume l’âtre, s’éclaire l”aube, s’illumine l’âme…

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