Tony Rezk, la-croix.com
Tony Rezk, les 21 martyrs coptes de février 2015, la-croix.com .

Comme on le sait, le martyr est d’abord un moin : il atteste, puisqu’il reste après les faits, entre leur auteur et la victime ou le bénéficiaire, plus qu’un spectateur, qu’un intermédiaire. A la vérité suffit en effet celui qui dit : sortant de l’ombre comme un tiers présent, il ne s’encombre d’aucun air pesant pour que sa parole délivre une lumière ou qu’en son silence brille la voix première. Tels sont les martyrs coptes tout récents, signant leur foi par le don de leur sang, se faisant aussitôt vers le ciel nos grands frères, transformés sous le dard de haine en étendard, reflétant sans tarder la gloire de leur Père. Alep montrait encore il y a quelque temps une semblable icône au souffle résultant d’une communion inconnue et tendre : on y voit les bras de l’Esprit se tendre. Lorsque la bénédiction sourit, jamais la réponse ne tarit ; car l’armée qui appelle – par un mystérieux testament bien moins exalté qu’exultant – à l’amour se renouvelle pour l’éternité, pour la charité, répercutant le Visage d’un invisible courage. Quand une voix parfois manque presque à l’appel, comme dans le Dialogue des carmélites où même à l’échafaud la grâce palpite, une sœur aussitôt jaillit face à l’autel ; la chaîne des témoins reste ininterrompue : Adélaïde-Haïdi Haas-Hautval, médecin chrétien dont Théâme a cueilli le reflet saint, jusqu’aux camps de la mort élargit cœurs et vues.

www-St-Takla-org--Fourty-Martyrs-of-Sebaste-108-Nemeh-Aleppo
Alep, “Les 40 martyrs de Sébaste”, St-Takla-org .

Véronique Lévy se montre à son tour témoin, au-delà des nuits désordonnées, désespérées, désarçonnées : la voilà debout droit devant, page ployée et plume au vent, cherchant les traces de cette Face, qui pousse et qui croît autour de la Croix, jusqu’au témoignage suivant son lignage : N’est-ce pas la vocation du peuple “élu” : être témoin, se dessaisir d’une révélation dans un don, offrir Dieu jusqu’à perdre sa vie ? (Véronique Lévy, Montre-moi ta face, Paris, Les éditions du Cerf, mars 2015, page 210.) Dès lors, cette Véronique assumant les deux sens de son prénom pleinement comme Vraie-Image cherche le visage qui lui répond, depuis les psaumes jusqu’au Royaume, jetant des ponts à la ronde sur le monde : Ta vengeance c’est l’amour (page 212). Et, comme l’écrit Paul Bedde, “Dieu est photographe, Dieu écrit avec la lumière” (page 219). Dans le même ordre d’idées où s’unissent l’art et la quête spirituelle, “les épreuves sont l’expression des habitudes de Dieu” (Marthe Robin, page 300). Sur Pâques s’écarquille l’une ou l’autre coquille ; ainsi peut écrire et s’écrier en joyeux silence Véronique Lévy : Ton visage surgit de la nuit, Il joue avec la lumière (page 318). Un martyr est donc bien plus qu’un témoin, qu’un tiers présent ; mais il n’a pas de raison d’être fier : il reçoit l’Esprit sain qui rafraîchit la masse humaine. Soudain sereine, elle aspire et même elle boit à l’humble et si Bonne Nouvelle, comme à d’étranges étincelles rinçant de miracle un vieux bois.

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Hans Memling, Ste Véronique sur panneau de chêne, artifexinopere.com .

 

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