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En ces jours qui préludent à Pâques, prenez votre temps libre et votre courage à deux mains, pour songer à demain : allez voir “La Terre outragée” de Michale Boganim. Tchernobyl la dévastée, la désolée, la sinistrée, s’éclaire humblement d’une douceur (de) réalisatrice, d’un œil et d’une main qui savent, pour répondre à la vocation cinématographique, écrire par, donc pour, le mouvement.

Entre la folle centrale nucléaire

et son noyau de mort,

vers des joyaux d’essor,

vers la brèche ouverte par “la nue clé aire”,

les champs prennent l’amer :

la terre

se terre,

et le chant prend la mer.

La nuit seule accompagne,

semble-t-il, pendant qu’il pleut

un sombre et dru gel de feu,

les pleurs de la campagne…

Mais quel fidèle espoir

change en matin le soir ?

Les destins des victimes et des rescapés se croisent sans se reconnaître dans un cheminement pourtant quasi fraternel. Si nous y lisons toute la misère du monde, nous y reconnaissons aussi la ténacité humaine, à travers une apocalypse qui deviendrait la dernière page d’une révélation, l’ouverture d’une espérance, voire les premiers gestes d’une communion d’action.

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Attribué à Jean qui s’exila sur l’île de Patmos au premier siècle après Jésus-Christ, le livre de l’Apocalypse, après avoir inspiré pendant deux mille ans tant de fausses prophéties, de visions destructrices et de chefs-d’oeuvre, semble sous-tendre – telle une basse continue, subtile et réconciliatrice – l’errance de ces rances existences condamnées à la déshérence, leur immense ronde insensée aussi poignante qu’éblouissante. Comme dans une parabole pour aujourd’hui, nous percevons ou déchiffrons, au fil des marches aléatoires et des courses d’enfants ou d’animaux abandonnés, les ultimes versets de la Révélation biblique : “un caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit” (Ap 2,17) apparaît sourdement dans la mystérieuse quête de l’ingénieur lucide et généreux qui reste un père doublement perdu ; fugace, passe “la prière des saints” (Ap  8 passim) tandis que “le tiers des arbres consumé” (Ap 8, 7) défigure le printemps ;  sous “l’astre nommé Absinthe [… qui est aussi la traduction de Tchernobyl ou Herbe Noire] le tiers des eaux changé en absinthe” obscurcit la contrée, pendant que “bien des gens [meurent ici également] de ces eaux devenues amères” (Ap 8,11) ; sur le casier de la jeune veuve devenue guide à travers les âcres traces du cataclysme qui a ravagé sa vie, sa ville, son village et sa terre, s’inscrit à la sauvette “le chiffre de la Bête […] 666” (Ap 13,18).

Mais, comme délivré de l’atmosphère apocalyptique, le pommier de l’enfance, de la tendresse partagée, de la sûre santé, semble avoir repris racine et vigueur pour auréoler de son feuillage Valéry, qui a grandi malgré tout ; par le miracle de l’objectif affectif, de la caméra bougeant pieds et bras, l’exil intérieur et le passé qui demeure laissent alors résonner, au cœur des prisonniers enchaînés dans cette moderne Caverne, la promesse de l’Apocalypse : “Ils pourront disposer de l’arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes” (Ap 22,14). Allez voir LA TERRE OUTRAGEE pour reprendre la mesure de la vie donnée comme de l’essentiel à protéger, de la mort affrontée, de la liberté solidaire contre la fureur nucléaire, de la résurrection offerte et révélée.

2 Replies to “Sur LA TERRE OUTRAGEE, quelle aile s’est penchée ?

  1. Merci Martina pour cet article qui nous a donné envie de voir ce film poignant où nous sommes les spectateurs d’une humanité capable du pire comme du meilleur! À dimanche

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