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Quelle étrange cité ! D’abord appelé par les Romains Argentoratum au bord de notre ère sans receler en son sol nul filon d’argent, puis nommé en allemand Bourg de la Route comme si la halte et la voie étaient compatibles, enfin Capitale européenne sans pouvoir faire converger les chemins ni les peuples comme le mériterait la réconciliation que la ville incarne, ou plutôt qu’elle vit, depuis plus de soixante ans, Strasbourg a besoin d’accueillir en son espace contradictoire celle qui donne à l’Europe son nom comme ses moyens de contact (alphabétiques autant que nautiques) pour l’union dans la diversité : la Phénicienne, antique et toujours jeune, Europe a sa place dans cette ville de ponts tant matériels que relationnels.

Or la Municipalité de Strasbourg lui destine un domaine qu’elle vient d’acquérir et d’ouvrir partiellement au public, aux confins des Institutions Européennes et du futur quartier Wacken-Europe : à l’entrée de la Robertsau (ou Prairie de Robert…), la villa Wach (ou Vigie) et le Kaysersguet (ou Domaine de César) vont donner naissance au LIEU D’EUROPE. Ces étymologies ne seront pas inutiles pour favoriser sa réussite ; encore faut-il que les visiteurs européens – scolaires, parlementaires ou passionnés – en trouvent facilement la route dès la Petite France pour relier à pied, en tram ou par voie fluviale Cathédrale et Lieu d’Europe, prédestinés à se compléter dans une perspective et dans une conscience européennes, dans la culture comme dans la paix.

Pour que le Bourg de la Route réponde enfin, mais toujours mieux, à sa vocation, ce trajet doit donc être indiqué clairement, gravé dans la Grande Île de Strasbourg au pied de la Cathédrale, là où se croisent les pas encore visibles de l’Antiquité, de l’Evangile, du Moyen Âge, de la Renaissance et des Lumières, là où les Strasbourgeois et leurs hôtes lèvent ensemble les yeux vers la beauté, par exemple en un bas-relief ou bien une mosaïque dignes du site : notre nom d’Europe ne résume-t-il pas l’idéal et la civilisation de l’Occident par le sens de VASTE-VUE qu’il implique ? Il conviendrait en conséquence de se souvenir du visage à la fois lumineux et musical, généreux et secret, que la ville de Strasbourg offre au récent film de Ph. Claudel “Tous les soleils” avec ses parfums poétiques, avec ses quais et son humour; il suffirait que centre-ville et quartiers, habitants et projets strasbourgeois, Région Alsace et Eurodistrict, s’orientent en une démarche convergente de dialogue et de concertation vers l’aventure européenne dont le cœur bat et s’ouvre, en un seul mouvement de liberté solidaire, à Strasbourg : Europe doit et peut être la Belle au Bois Dormant qui, dans la Villa Vigie ou Guet, nous réveille avec elle à l’appel de l’amour… et d’abord de la route.

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