Cathédrale de Strasbourg : le Pilier des anges (ou, en allemand, du Jugement dernier – “das jüngste Gericht-le plus jeune Jugement”) sort de l’ombre et du constant chantier ; du sommet se penche humblement le Juge de la divine miséricorde.

Anne Miguet délivre un secret qui fait vivre : “Si de musique se nourrit l’amour”, comme le suggère William Shakespeare, sous la même Nuit des Rois vers le jour du plus jeune Jugement nous attire un soudain signe silencieux, d’une autorité royale et d’une grâce impériale, dans l’été le plus radieux.

Le silence est respect, le respect fait silence.

Dès lors l’Invisible occupe sa place. Il ne nous faut plus hésiter à la porte de l’altitude. Écoutons avec gratitude le grain de son grès palpiter entre le voile des échafaudages et la voile de la nef sans cordages. Il ne faut plus nous arrêter : moins vide et moins désert devient l’espace.

Cathédrale de Strasbourg : péricopes de la Femme adultère, de la résurrection de Lazare, de Zachée, du repas chez Simon. Cf. Paroles de vitrail.

Car quelque chose bruit au sol, parfum de fruit comme un envol. N’est-ce qu’un pauvre bougre tout en larmes sous de sales seaux que rien ne désarme ?

Cathédrale de Strasbourg, chaire de Hammer créée pour Jean Geiler de Kaysersberg : d’un ange, saint Alexis reçoit des flots d’ordures dans une encoignure d’escalier symbolisant celui de la maison familiale et patricienne où il resta caché, prostré, humilié, mais sans cesser de prier.

Il faut avoir puisé dans les sources profondes pour ensuite montrer, sur la ville qui gronde, au ciel la lentille pure de la Cité céleste que leste seul le souffle de l’Esprit, plus fort que ce qui meurtrit.

F. Zvardon : photo panoramique de Strasbourg comme table d’orientation sur la plateforme de la cathédrale, pour une Large Vue digne du nom d’Eur-Ope.

Mais “l’insoutenable légèreté de l’être” empêche trop souvent la clarté d’apparaître. Rappelons-nous comment la passionnante Prague crut pouvoir surmonter la tyrannique vague des faux pouvoirs. Il nous faut voir au-delà des cadrans la lumière immortelle dont parfois nous cueillons de maigres étincelles.

Cathédrale de Strasbourg, flanc méridional : l’Ange au cadran.

Or le visible sait libérer le mystère par une brèche vers la beauté quand la terre s’entrouvre à d’autres unissons. Lisons Socrate après Platon, mais d’abord Diotime de Mantinée : c’est pour l’amour que nos âmes sont nées. Si la beauté les tient, l’avenir leur advient, d’une lumière fraternelle et d’une manière éternelle. À Strasbourg, sous le trône occidental de Salomon brille comme un cristal une limpide leçon, qui guide les maçons des brouillons aux œuvres éclatantes et parfaites – sans néanmoins vous faire tourner la tête -, sinon vers le haut passant par le beau.

Devant le portail principal de la cathédrale de Strasbourg, en s’élevant du sol marial vers le gable du Christ cosmique, l’œil rencontre les fleurs qui ornent la base du trône royal de Salomon et qui se distribuent ainsi : 3-1-4. N.B. Cette photo a été prise le 23 août 2018 et révèle une grave anomalie vite réparée dans la pierre : le Christ cosmique a bientôt retrouvé, de par la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame – toujours au travail, car toujours à l’affût -, l’intégralité de son effigie en grès.

Grâce au nombre pi, la façade en harpe laisse les accords la prendre en écharpe : si l’harmonie est le sceau catégorique du beau, si les âmes sont unies en une ample symphonie, “si de musique se nourrit l’amour, alors allons-y, jouons-en” sans détour :

avec le Concerto K 314 de Mozart.

 

 

 

 

 

 

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