Le coléoptère explore un mystère (cliché Bernard Abel).

Frémissements et crissements dans l’ombre dénombrent tant d’étrennes à s’offrir, toutes antennes tendues, la vie à l’ouïe rendue, tant d’accords à découvrir !

De lueurs débordent soudain les cordes (cliché Bernard Abel).

Dans la maison qui chantonne, raconte Bernard Abel, la chatonne “reste méfiante. Mais voici un petit locataire-mélomane qui en pince pour la guitare. Il m’a fallu un moment pour surprendre son manège et comprendre comment mon instrument, tout régénéré qu’il soit, en était arrivé, ces temps-ci, à sonner miraculeusement sans qu’on y touche. Le discret guitariste possède du reste un toucher d’une grande délicatesse, doublé d’une solide attaque et sait exprimer, au milieu du silence, d’un jeu économe, des sons d’une cristalline pureté. Mais je n’ai pas encore étudié d’assez près sa technique pour savoir s’il pince de la patte ou de l’antenne. Il vient également m’écouter lorsque je m’entraîne, n’hésitant pas alors à grimper sur mes genoux, quitte à s’envoler si je le dérange, don que je ne peux malheureusement pas lui disputer. C’est un peu le grillon du foyer . Bon présage donc pour l’année à venir. Meilleurs vœux à vous aussi.Que l’année nouvelle nous réserve de nombreuses pistes à explorer, de nombreux espaces à découvrir.”

Aussitôt, le papier à musique donne corps à ses lignes magiques.

Longues portées.

Comme une intuition fine incite un guitariste à se pencher sur un minuscule harpiste intrus pour accompagner son déchiffrage tout en envisageant de nouveaux rivages, ainsi la première des Poésies de Rimbaud laisse toute la place à la faim de cadeaux qui creuse une portée d’enfants abandonnée, loin des joies de rigueur au changement d’année… Le génie jeune entend “l’infiniment petit” se confier au sommeil froid qui seul peut combler son désir de présence. Le souvenir peut-il tenir lieu d’espérance aux orphelins déshérités ? Quelles terribles ténèbres autour de ceux qui célèbrent ! Comment vivent donc nos cités ?

Maintenant, les petits sommeillent tristement :
Vous diriez, à les voir, qu’ils pleurent en dormant,
Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible !
Les tout petits enfants ont le cœur si sensible !
– Mais l’ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,
Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux,
Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,
Souriante, semblait murmurer quelque chose…
– Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond,
Doux geste du réveil, ils avancent le front,
Et leur vague regard tout autour d’eux se pose…
Ils se croient endormis dans un paradis rose…
Au foyer plein d’éclairs chante gaîment le feu…
Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ;
La nature s’éveille et de rayons s’enivre…
La terre, demi-nue, heureuse de revivre,
A des frissons de joie aux baisers du soleil…
Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil :
Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre,
La bise sous le seuil a fini par se taire …
On dirait qu’une fée a passé dans cela ! …
– Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris… Là,
Près du lit maternel, sous un beau rayon rose,
Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose…                                                         “Les Étrennes des orphelins”.

Sur le seuil aux formes enchanteresses, seul le deuil les entoure et les presse.

Des foyers déployés avant les bouquets pyrotechniques : feu de poubelle et lanternes célestes.

D’un côté, l’incendie saute et crie… La beauté, de l’autre côté de la rue, sans bruit s’élance et se rue. Un froissement de grands sacs blancs, de silhouettes inconnues et de mouettes incongrues, vient s’agiter – non, graviter – parmi les pétards en goguette, parmi les fêtards qui caquettent. Et, tout à coup, les secours font lever un nouveau jour, une année de grâces. Désormais s’effacent la nuit, la pluie, devant la danse des lampions, forts comme des naissances, promesses de croissance, révélant les constellations par leur silence immense et dense.

Des ennuis nous libèrent les secours solidaires : puisse l’échange des nocturnes voeux, à travers la présence invisible qui nous désigne d’aimantes cibles, nous rendre au grand jour clairs et généreux  !

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