CREPUSCULE du soir sur l’un de nos terroirs : à l’heure d’EUROPE qui sans bruit galope. Par son nom, pour nos bonds, celle-ci symbolise orientation contre ce qui ferme et pour le long terme, navigation contre toute force du mal qui paralyse.

En solidarité d’inspiration avec mes amis strasbourgeois de l’AAC, l’Association des Artistes Créateurs (contactaac@orange.fr) qui traiteront parmi leurs thèmes de 2020 le Verseau.

Quand se rétrécissent l’espace et le temps, lorsque se durcissent la sève et le sang, à quelle source puisent nos courses, au verso de quelles pages, à quel abreuvoir, à quel barrage contre le noir, à quel arrosoir pour nos parages ? Au recto de quel plan confier nos voyages ?

Ci-dessus, AQVARIVS figurait sur l’HORIZON OUEST le VERSEAU (all. Wassermann) aux pages 26-27 des “Etoiles”, Editions des deux coqs d’or, 1961. C’est aussi le nom d’un ancien bateau de sauvetage européen en Méditerranée…

Au Verseau de quelle autre et céleste carte

pour que les naufrages s’écartent ?…

Puits-fontaine de Guevenatten (Haut-Rhin).

A quel puits-fontaine, la nuit sur la plaine ?… Quel acharné travail délivrera les rails ?

Exposée à l’entrée d’une entreprise spécialisée de Didenheim, copie manuelle des “Raboteurs de parquet” de G. Caillebotte (1875).

Du fond des millénaires – heureusement, sans grincements – chante parfois la terre.

Araucaria à l’entrée de l’entreprise Goldmann Créations.

Sous l’araucaria murmure un aria.

Blocs de bois fossile au pied d’un de leurs lointains descendants et parents.

Ses ancêtres semblent être couchés pour veiller les couleurs, tapis pour couver les valeurs.

“Hibiscus”, table en araucaria fossile d’Arizona réalisée par “Goldstein Créations“.

Plus poli qu’un retable contemplatif, caressant les épines lisses de son échine, l’or insoupçonné se révèle natif : l’onde minérale reste vertébrale. Le courant sacré demeure actif, dans les sections de géante géode parcourues d’aubes, de nervures, d’odes : car nulle mort ne le tient captif. Sa veine est reine : regardons-le cousant les règnes du vivant.

Les lions au zoo de Mulhouse.

Le couple des lions mire son accord et respire. Non loin, en portique d’eaux l’ours blanc change tout le zoo.

L’ours polaire au zoo de Mulhouse.

Ecoutons donc se tisser en un poème plus substantiel que matériel l’arbre de la Vie et le jet du baptême.

Parure liturgique de Cathy Bihl à l’église Sainte-Marie de Mulhouse.

Dans le poids de la Croix circulent tranquilles, non des nœuds épineux, non l’éclat fossile, mais la sueur d’une lueur éternelle, l’étincelle d’un secret frais et vrai : des ailes de colombe qui jamais ne retombent entre nos quatre murs prétendus purs et durs.

Lampe et reflets.

Ainsi l’amour longe nos destins et plonge nos pieds comme nos mains dans le bassin sans fin de la mystérieuse brise qui nous baigne, nous attise :

A peine baptisé, Jésus s’est dégagé de l’eau. Soudain se fend en deux le firmament: il voit un Esprit divin descendre, tel un pigeon, sur lui sans attendre. Une voix du firmament se distingue alors, disant : Voici mon Fils que j’aime, la joie de Mon cœur même. (Matthieu 3, 16-17)

Sous l’écorce, le bois s’en imprègne : il le boit. L’onde cristalline, redressant les troncs, relevant les fronts, ruisselle et chemine au recto du Verseau. De l’antique Zodiaque les signes, à l’envers de l’hiver et de l’enfer, sur la grosse mer de nos pleurs amers, nous tournent à l’endroit : vers la Vigne, vers son profond terreau tressaillant de cadeaux.

Le baptême de Jésus dans la clôture haute du chœur à Notre-Dame de Paris, détail :
page 247 de “La grâce d’une cathédrale : Notre-Dame de Paris“, La Nuée Bleue – Place des Victoires, 2012.

2 Replies to “Recto Verseau.

  1. Comme on voyage loin dans les plis doux du Zodiaque et du temps, on voyage comme d’avers en devers, comme d’ubac en adret (et nous avons ces deux versants aux montagnes de nos âmes), comme de ciel à ondes, comme d’Aquarius en araucaria, comme d’Ourse du ciel à lion de la terre. On part d’un coucher de soleil embrasant le firmament sur Saint-Antoine de Vauthiermont, on arrive à l’ondoyant Jourdain sculpté dans un bois à Notre-Dame de Paris. Il clapote doucement comme si jamais une flèche ne s’était enflammée et brisée, et celui qui tient un drap de bain pour Jésus au sortir des eaux l’a saupoudré d’étoiles. Et toi Aquarius, es-tu navire ou constellation, et toi Jean le Verse-eau es-tu celui qui nous verse dans les Ecritures, celui qui converses avec les voix du désert ou celui qui prêche une conversion? Que de beaux vertiges alors à lever les yeux vers la carte où les astres d’hiver inscrivent leurs course, comme la source s’écrit au rocher. Fontaine de Guevenatten, nous saluons tes eaux étroites, bonnes en été à la nuque qui vient de monter la côte. Où donc nous abreuver ? A quel réel désaltérant l’espérance ? Miracle du bois vert aux écailles de dinosaure et dont la souche – au bout de combien de milliers de décennies de patience sauvage ? – devient oeuvre d’art ouvrant sur son plateau poli toute une cartographie de veines et de nervures. Bénis soient les raboteurs et les limeurs, qui des bois bruts font des bois à merveilles. Leur agenouillement ressemble à une prière. Que tous se sentent Bien-aimés dans le Seigneur, tel est le voeu que la Colombe écrit en filigrane, tantôt sur le verso, tantôt sur le recto de nos vies, qui ont tantôt la tête dans les étoiles, tantôt le front au sol.

    1. Merci, Anne, pour l’image inaugurale, le détail final et le commentaire qui gratifient ce modeste billet : puisse le bois de Notre-Dame refleurir sur la Seine !

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