1311246-Paul_Scarron_frontispice_du_Roman_comique
larousse.fr

L’on connaît un peu la figure difforme et hilare de Paul Scarron, premier époux de Françoise d’Aubigné, alias Mme de Maintenon. C’est sous sa plume et dans la langue du grand siècle qu’on entend s’interrompre brutalement,  au quinzième chapitre de son Roman comique, un étrange concert de rue animé, puis coupé, par des chiens fous : “Le concert etant ainsi deconcerté, l’hôte fit ouvrir la porte de l’hôtellerie et voulut mettre à couvert le buffet d’orgues, la table et les treteaux.” A l’origine, être déconcerté signifie donc avoir perdu, dans une chaotique déchéance, le fil tendu par l’harmonie : ce qui s’avançait de concert dans un rythme certain se déchire soudain sous la violence d’un combat, sans plus discerner la justesse de la concertation où d’abord, d’accord, convergeaient l’oreille, la mélodie et le corps instrument.

Amadeus 1984 real : Milos Forman Tom Hulce COLLECTION CHRISTOPHEL
Mozart est porté en l’air dans une scène du film “Amadeus”, allocine.fr .

Le burlesque garde sa place chez Mozart d’après le film de Milos Forman Amadeus. On y entend d’ailleurs au détour du doublage cette réplique : “Je suis déconcerté !” On le serait à moins, entre les plus célestes résonances et la cadence aux zestes d’insolence que Mozart agence avec une ample générosité qui n’a d’égale que sa liberté, avec une rage qui racle le bruit jusqu’à ce qu’un rivage émerge de la nuit, jusqu’à ce que la musique envoûte d’un air magique nos misérables cœurs tordus par la douleur, jusqu’à ce que l’extase ensemble nous embrase. Qui donc “re-concertera” ce monde que tant de rats appelés guerres déchirent et rongent sous leurs insatiables crocs de mensonges ? Nul besoin d’encens autre que le sens d’Eur-Ope : elle discerne tant de maux qui nous cernent, puis elle résout tant de crises qu’elle brise d’un œil vaste et doux !

Set of Beethoven's Fidelio : Prison Yard 1935 Ludwig Sievert (1887-1966)
“Fidelio” de Beethoven, aisthesisonline.it .

Celui qui serait le grand Sourd au moins nous donne de pouvoir percevoir la clarté qui résonne dans la prison de l’horizon, par la brèche tendre et fraîche qu’un concerto creuse bientôt au fond de nos quêtes désespérées, de toute recherche désemparée, quand le violon monte d’un bond vers l’improbable harmonie qui l’attend comme une amie. Car Beethoven comme Mozart sait que l’amour fait naître l’art, qu’il délivre et fait vivre. De Fritz Kreisler alors la danse de la cadence, jusqu’au désert ou jusqu’aux fers les plus amers, peut s’entendre et, dans l’effort solidaire entre frères contre la mort, notre cœur à la liberté va se rendre. Non pas pour dire : “Adieu, beau passé “, mais : vers Dieu le présent va passer…

 

 

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