Noël 2020, détail d’une crèche napolitaine du XVIIIe siècle : exposée le long du bas-côté nord de la cathédrale de Strasbourg.

Oui, demandait en 1939 Georges Bernanos dans Nous autres Français, « qui se soucie de l’air qu’il respire avant qu’il ne manque à ses poumons ? » Dans nos confinements successifs, comment garder notre souffle vif ?… Sous des voûtes de cathédrale, sous ces frondaisons hivernales, quel est cet enfantin regard tendu vers nous par un vieillard ?

Détail de la grande crèche de la cathédrale de Strasbourg : Syméon et Jésus enfant lors de Sa présentation au temple de Jérusalem.

Parfois, Jérusalem et Naples se rencontrent hors du temps, près d’une astronomique montre. Mais pourquoi ces anges semblent-ils enfermés ? Dans leur cage, quel rythme ainsi les fait danser ?

Vue rapprochée des anges napolitains : restaurés entre 2014 et 2016 par Johanna Teke.

Sommes-nous à bout de souffle ? Ou bien en quête d' »une manière de vivre qui engage toute l’existence », comme celle d’une nouvelle Pénélope, entraînée par l’amour au fond d’une Odyssée qui nous mène au-delà des années de lycée ?

Mulhouse, rue des Tanneurs, galerie Courant d’art : figurines de David Zeller.

Un Courant d’art nous redonnera-t-il l’air fluide et limpide, plus subtil qu’une victoire transparente et de tous nos rêves parentes ?

Galerie Courant d’art : « Samothrace » par Agnès Descamps.

Il faut aller plus loin, dans la lumière primesautière, que de soi prendre soin… Briser la glace, priser l’espace, s’embarquer au-delà d’Ithaque sans voilier, puis de la liberté grand ouvrir l’atelier : pour apercevoir peut-être ce qui du « chaos » va naître, et rappeler, comme le dit Marie Robert dans ce Voyage de Pénélope, « au futur qu’il n’a pas d’autre choix que de se dévoiler ».

Première de couverture du « Voyage de Pénélope » par Marie Robert Flammarion, octobre 2020 ; illustration de djohr.com.

Tandis que résonne juste l’Hymne à la joie, l’olivier primordial d’Ulysse ouvre la voie à ce qui sait pousser sur les puits du passé (Odyssée, chant XXIV, vers 191) : l’amour fidèle donne des ailes bien mieux qu’un tissu fait, défait, têtu. L’on jurerait que Pénélope, tels le « fil très fin » ou bien le « bec » qui semblent inscrits dans son nom grec, s’est lancée dans un tour d’Europe… Il s’agit de dépasser les récits, leur ressac, pour rassembler nos débris sous des premières de couverture à traverser vers la source de l’aventure.

Première de couverture de « Mes vies secrètes », de Dominique Bona, 2019 : choisie pour l’édition de poche, illustration de Shanti Shea An avec son autorisation.

Alors, au bout de Vies secrètes il nous faut sortir enfin du faux, des murs de verre qui nous enserrent, de nos obscurs cachots : « laisser, dit leur auteur, les personnages que j’ai tous tant aimés suivre loin de moi un cours inconnu, et que la vie recommence ».

Première de couverture du « Livre des chemins » par Henri Gougaud, Albin Michel, 2009 ; illustration par Frédérique Deviller.

De Marie Robert à Marie Bader, « les palais de la mémoire » (Augustin, Confessions, Livre X, chapitre 8) voguent dans l’étendue noire qui ne s’épaissit plus, mais s’éclaircit : Il y a un mystère autour de vous, tentait désespérément de nous dire Bernanos, une présence ineffable, un esprit. Vous êtes sacré, comme l’enfant, ne vous fichez pas de ce que je dis. La Parole du Christ vous enveloppe à votre insu, parce que vous êtes dedans, vous vivez dedans avec votre misère, misérables, et qui se soucie de l’air qu’il respire avant qu’il ne manque à ses poumons ?

Crèche végétale, amicale, familiale.

A nous de sculpter, même en nos prisons, des anges d’oraison et d’horizon, comme un jour a surgi l’artiste qui mit une merveille en piste : sur les moqueries des curieux triompha l’ordre mystérieux d’une inspiration sœur de l’espérance, et mère ainsi d’une éternelle enfance… En silence encore la terre d’un santon dans les ténèbres livre un passage à ses tons, à l’ouragan du poème qui découle du Baptême : écoutez au large un Pilier frémir, se réjouir de relier, embouchant ses trompettes pour l’accord qui nous guette.

« Le Verbe S’est fait chair« , murmure l’ébauche de l’ange du Jugement nous invitant à multiplier les échanges… Mais Il l’a payé cher.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En publiant un commentaire vous acceptez notre politique de confidentialité

The maximum upload file size: 2 Mo. You can upload: image, audio, video, document, spreadsheet, interactive, text, archive, code, other. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded. Drop file here