Mulhouse, mémorial au pied du Belvédère : dans le dos du “prisonnier inconnu”, la boîte étroite porte une grossière cuillère et le nom de l’entreprise alimentaire OSCAR MAYER CHICAGO…

Du corps fluet, quel cri muet

monte au Belvédère, portant nos misères ?

Seul un poète peut-être le sait, en haut de la rue Alfred de Musset…

“À LA MÉMOIRE DE 17 000 INCORPORÉS

DE FORCE ALSACIENS-MOSELLANS MORTS

POUR LA FRANCE DE 1943 À 1945 DERRIÈRE

LES BARBELÉS DU CAMP DE TAMBOW ET

D’AUTRES CAMPS DE PRISONNIERS EN RUSSIE.”

Belvédère ne signifie-t-il pas “belle vue” ? À nous de voir clair, sans bévue

Cuillère ébréchée, en bois peint et verni, rapportée par un survivant de Tambov.

“ILS PÉRIRENT DE FAIM ET D’ÉPUISEMENT”. Cette phrase gravée à côté de la signature d’Orlando LONGHI et de BIONDAN-ITALY se trouve en passe d’être pardonnée par la croix de pierre, rehaussée de métal, qui escorte ce bronze :

“SUR CE LIEU DE SOUVENIR

LES SURVIVANTS ONT DONNÉ

UNE CROIX À CEUX QUI N’EN

ONT PAS REÇU EN RUSSIE.”

Au-dessus les marches du Belvédère, en-dessous l’ancienne ville ouvrière, boivent les souffles du ciel sur la canopée de miel. Mais qui peut soutenir “l’insoutenable légèreté de l’être” misérable ?

Vue du Belvédère sur Mulhouse, que la brume privait à cet instant de sa couronne vosgienne.

Le malheur enfantin certes s’est dépassé, au fil des voix cristallines rachetant le mal qui mine, dans un étrangement beau dessin animé : “Ma vie de Courgette“.

https://www.mauvais-genres.com/fr/affiche-de-film/17378-ma-vie-de-courgette-affiche-de-film-40×60-cm-2016-gaspard-schlatter-claude-barras-3701092804091.html

Mais qui permettra que sur les frontières infâmes,indignes, meurtrières, s’envole une parole d’humanité pour nous réconcilier dans l’éternité – et ce dès cette terre qui saigne sous les guerres ?

Boutaghrar au Maroc.

“La Fraternité humaine” est un document “pour la paix mondiale et la coexistence commune” co-signé par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar : c’est Anne Miguet qui l’a communiqué à Théâme.

Montée empruntée par les fidèles musulmanes et chrétiennes vers Meryem de Harissa au Liban.

On peut y lire ces recommandations assumées conjointement par les deux responsables spirituels : “la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère”. Alors se prépare concrètement, réellement, dans une coexistence habitant “l’énorme espace des valeurs”, l’idéale “accolade entre Orient et Occident”.

Une définitive accolade entre le corps et l’âme, voilà ce que Paul Claudel ressentit à Notre-Dame de Paris, lors des vêpres de la Noël 1886, frappé – comme il l’a raconté sous la pression de l’indicible, quasiment dans une ardeur rappelant le “mémorial” de Pascal – par “un seul éclair”, une “seule arme” de conversion qui l’amena librement au baptême entre les mêmes augustes murs quatre ans plus tard, il y a presque 130 ans.

Le terrible incendie qui vient d’abattre la “forêt” formant leur charpente bénie ne nous a pas défaits : la Vierge adossée à l’un des piliers de la Cité n’a pas vu le brasier la dévorer de ses flammes sauvages, mais le firmament tendre ses cordages, haut, loin, à la prière des passants à genoux face au flambeau trépassant. Le peuple bouleversé ne peut que l’éteindre – en cette série de jours graves et saints où le Crucifié va relever nos mains – et se laisser par une autre tendresse étreindre : celle qui reconstruit les belvédères pour traquer et détruire les misères. Voyez la Vierge et son Enfant baisser les yeux en nous rendant le puits du baptistère, la source du mystère, afin que nous établissions de plus SOLIDes fondations, SOLIDaires et solaires.

Vierge à l’Enfant, qui semble trembler de tendresse, chez “la petite soeur” de Notre-Dame de Paris : l’église Saint-Séverin.

 

One Reply to “Quel belvédère sur nos misères ?”

  1. Merci Théâme pour ce billet posté un jeudi saint jour du mémorial eucharistique et du lavement des pieds. Il semble que même des années après, la mémoire accordée par l’oeuvre et les paroles du souvenir aux 17000 de Tambov et d’autres camps soviétiques soit une façon de leur laver les pieds à eux, qui n’eurent souvent pas moyen ni de se laver ni de manger à leur faim, alors que nous chrétiens célébrons un repas.
    Et béni soit le haut lieu de ce Belvédère et de ce mémorial. Mulhouse y apparaît vue d’en haut et, cette vue, c’est un peu celle du Seigneur de toute tendresse sur nos villes et nos vies. Salut à la tour de l’EUROPE qui rappelle le rêve européen. Ainsi tout monument n’est pas seulement architecture, mais aussi symbole ; et, plus il est ancien, plus sa charge émotive est forte. Notre Dame de Paris même atteinte ne saurait mourir en nous. Paul Claudel, Quasimodo et bien d’autres en furent des témoins. A cause de l’incendie de lundi soir, cette sainte semaine a été celle de Notre-Dame, et le peuple de France s’est souvenu de ses racines chrétiennes. Il est juste alors de rappeler combien des musulmans partout dans le monde prient et œuvrent, pour la même paix et la même solidité fraternelle. La douce figure de celle que nous appelons Notre-Dame ou Marie, et eux Myriam, porte cette espérance indéracinable. Après les cendres, que viennent la flamme et l’ardeur des bâtisseurs!!

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