Mulhouse, rue des Franciscains : façade à la gloire de Till l’Espiègle

Même longtemps après, ou de loin – de Mulhouse -, comme un peintre vêtu d’une désuète blouse, ou comme Till l’Espiègle à l’Ill adressant des blagues qui rient et divaguent, sort de l’ombre un Merlin qui transforma Berlin : tandis que France Musique diffuse l’Hymne à la joie se réveillent des Muses, derrière l’ignominieux mur qui déniait la vie à la poésie, mais que devait souffler l’air pur… Ah, s’il suffisait de cette gymnastique ou de cette fantaisie chronologiques pour nous donner l’envie d’abattre d’autres murs qui poussent sur la terre et dans nos cœurs trop durs !

Berlin timide Empreint de respect

Berlin humide De mille forêts…

Ta mémoire enseigne La sève et l’union

Ton espace saigne De murs et d’avions…

La perte Inerte

Veut te déserter :

Ouverte Et verte

Court ta liberté.

(13/06/1989)

Ciel de neige au sud de l’Alsace.

Est-ce que ce sont ici des montagnes ou bien des nuages qui gonflent et gagnent ? L’extinction du four ou le point du jour ? Toujours est-il que la mémoire d’un coup s’ouvre comme une armoire ou comme un bus sans terminus, ou bien encore comme une aurore.

Plan Falk de Berlin en 1989 : le mur est figuré par un large tracé rouge pâle.

Quel est, Berlin, Ce vent marin,

Mais sage – Message

D’une unité

Toujours future ?

Pavés Lavés,

Vos ouvertures

Font dialoguer

Arbres, visages,

Et chaque langue Sort de sa gangue.

Voici le matin Du monde à Berlin.

13/06/1989

Sur l’allée désolée, des monuments d’enterrement s’avançaient en cohorte jusqu’à la porte morte. Heureusement…

Le trottoir Est moins noir

Sous les jeux de l’enfance Et le feu du silence.

17 juin 1989.

Plan Falk de Berlin en 1993 : le tracé rouge qui séparait et encerclait la ville a disparu.

Pendant l’examen, les peurs s’envolent, car des ailes naissent de l’école.

Le col de l’élève interrogé

Porte une sombre colombe : Quand la tempête retombe,

Elle vient dans la paix se loger.

Se lèvent la poésie française,

Quelques vers d'”Elévation“,

Recevant résurrection

D’une révérence polonaise.

28/06/1989

Est-ce qu’à force de nous rassembler le Mur a frémi de honte et tremblé ?

Quatrième de couverture de “Berlin Wall Graffiti / Die Mauer lebt / Graffiti sur le mur de Berlin”, Ararat Verlag, 1989.

Sous les grilles,

Les tilleuls Et l’enfant seul

Vont jouer aux billes.

Sur ce Pont,

L’Expressionniste Est-il triste ?

Prenez ses dons.

Alors chante La voix lente

Qui marche et va Très loin tout bas.

30/06/1989

Il est des aides aériennes pour qu’à travers les tunnels vienne la vérité, seule clarté.

Quand la relation tue la délation amère

Emerge le voilier qui donne mer et terre.

1er juillet 1989.

Dès lors, le saut peut monter haut par-dessus les frontières et semer la lumière.

Revue Merian, n° sur Berlin, juillet 1989.

ODE, groupe chorégraphique berlino-strasbourgeois :

Ode à l’espace, Ode qui voit !

Quand tout le poids

Du labeur passe

Et lorsque la loi

Même se délasse,

Alors le bois

Chante à voix basse

Et, créateur, l’émoi

Soulève toute masse.

04/07/1989.

Puissent donc les murs à grands bonds exploser en arches de ponts !

Fragment qui s’effrite du mur de Berlin et Pont japonais de Van Gogh sous verre.

One Reply to “Que les murs soient moins durs.”

  1. Merci à cette mémoire du mur qui retrouve dans la nue quelques vers sobres et nus. Merci aux Muses qui surent toujours être des passe-murailles, et à la “Poésie cette soupçonnée”, qui sut toujours nous chérir et nous élever. Car éLEVation vaut souLEVement : oui, après les graffiti un vent se lève qui efface jusqu’à la trace du mur de la mort. Architectes de Berlin et d’ailleurs, construisez plutôt des ponts que des murs, et reliez sur la terre ce qui sera encore relié dans les cieux. Salut au beau geste d’EX-poser, de faire SORtir des armoires de mémoire ou de l’Egypte de servitude. Toujours un peuple a besoin d’être libéré de ses propres murs. Et souvent l’aile du SALut est un SAUT dans l’inconnu. Celui qui sauta dans le feu n’avait que son cri pour abri. Et voici que l’EX et l’AUS croisent leurs dagues: to EX-hib, AUS-stellen, EX-poser. Les graffiti jouent à trois voix et bientôt l’hymne à la joie ajoutera tous ses instruments. Oui, prenez la JOIE qui bat des ailes au dedans et transmettez-la vite, sinon elle pourrait vous brûler.
    Place aux voix espiègles et que Berlin TIMIDE redevienne Berlin candide, le rouge de la honte redevenant aussi blanc que les neiges d’Isaïe. Sont-ce elles que nous annonce un haut ciel de Mulhouse et de neige ? Que toute ville soit prompte à luire et s’élancer, et la nôtre au bord de l’Ill et si voisine de l’Allemagne aura sa chance unique de compter parmi les artisans de paix. Jadis on appelait Boches ceux d’outre-Rhin. Les passerelles de Kehl et Strasbourg, grande soeur alsacienne de Mulhouse, ont fait d’eux nos amis.

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