Ce soir voisinent chez moi, par la plus improbable des rencontres entre mémoire et rentrée littéraire, la vieille barque exilée du sensible Catulle et la jeune Bible des familles !

Les étudiants scandaient avec délice les iambes purs de cette précieuse épigramme, qui dansent comme un canot de plaisance dans le ressac humble d’un lac, et qui donnent en traduction littérale à peu près ceci :

“Cette coque-là que vous voyez, ô visiteurs, // prétend avoir été des navires le plus rapide // et n’avoir manqué de dépasser l’élan d’aucune // étrave nageante, qu’elle eût dû voler à la force // des paumes ou de la voile. Et elle nie que cela // soit nié par le rivage de la menaçante Adriatique // ou par les îles cycladiques ou par la remarquable // Rhodes ou par l’effrayante Propontide de Thrace, // ou encore par le sauvage Pont-Euxin // où cet être, destiné à l’état de coque, fut autrefois // une forêt chevelue ; car, au sommet du Cytore, // souvent il fit entendre son sifflement par ses cheveux babillards. // C’est à toi, l’Amastris du Pont, à toi le Cytore porte-buis, // qu’ont été, que restent, à ce que prétend la coque, // familiers ces faits ; dans sa plus lointaine origine, // elle se tenait, dit-elle, sur votre sommet ; //  c’est dans votre plaine liquide qu’elle baignait ses paumes : // c’est de là que, par tant de flots bouillonnants et intraitables, // elle emporta son capitaine, que la brise l’appelât à gauche ou // à droite, ou que Jupiter eût exercé sa faveur sur les deux écoutes à la fois. // A l’entendre, elle ne lança nul vœu vers les dieux côtiers // alors qu’elle arrivait de la mer // tout récemment jusqu’à ce lac limpide. // Mais c’est du passé ; maintenant, retirée, // la coque vieillit paisiblement et fait hommage de sa personne // à toi, jumeau Castor, comme à toi, jumeau de Castor.” (Traduction proposée par Théâme.)

Ne laissons pas le vertige de l’espace ou du temps nous saisir : le poète a quitté la guerre où s’était réfugiée sa déception amoureuse et le sauvage nord de l’Asie Mineure, c’est-à-dire de l’actuelle Turquie, pour rêver sur le lac de Garde, au bord duquel il est né à Sirmione, sur les vieux navires échoués que seule peut renflouer l’imagination poétique des origines, préfigurant la prosopopée éblouie du Bateau ivre sous la jeune plume d’Arthur Rimbaud.

Voici que tout près, dans son frais coffret qui semble carguer ses ailes, un ouvrage épais de papier bible frémit d’un souffle presque insensible : La Bible des familles se déploie comme une branche au “Sénevé”. Trois soyeux rubans joyeux dépassent en signets virtuels ; les initiales s’enluminent à l’intérieur, entre les dessins lisses et profonds d’Eric Puybaret et les reproductions des œuvres picturales les plus anciennes comme les plus modernes. Les livres de la première alliance comme de la seconde égrènent leurs extraits suivis et fidèles, mis en perspective entre eux et avec le catéchisme actuel, accompagnés de présentations ou de résumés. Tout dans cet ouvrage que son prix rend accessible est pédagogique autant qu’esthétique, pour ouvrir aux familles le trésor culturel le plus familier, le plus inépuisable.

Le charme de la première rencontre avec La plus belle Histoire des temps opère à nouveau parfaitement, recréant la saveur enfantine du chocolat comme le contact avec les magiques images de Suchard.

 

Alors les pages anciennes larguent la voile, chantent les muettes paroles immémoriales et nous accueillent dans leur équipage.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *