couv8189g_260

 

Tandis que les jours trop vite s’écoulent, que se multiplient les projets pour rouvrir les sources fraîches à ceux que la soif dessèche et garder le cap sur la paix, gonfle, roule, des urgences la houle… Théâme nous manque peut-être un peu : sans qu’elle eût pris les moindres vacances,  gémissaient des surgeons en souffrance ; or, entre le gel et l’été de feu, la nature connaît la première une dormance entre ombre et lumière. Chacun de nos humbles jardins, qu’ils soient riches en espace ou bien d’intérieure grâce, sollicite certes nos mains ; mais il leur faut attendre que les racines tendres aient produit quelques fruits.

P1040420

En ce sens, l’écrivain Marie Gil abonde par une récente Tribune du Monde : les lettres et les mots réparent nos pieds-bots. Sous ses doigts, Les Deux Ecritures s’entrelacent et nulle rature n’entrave le sol qui porte l’envol.

resonances-bibliques-d-une-oeuvre-de-fiction-le-moulin-a-lumiere-de-bernanos-9782256909986_0

Dans la revue Esprit, l’on a pu naguère lire sur un autre ouvrage, paru aux Editions Minard Les Lettres modernes,  ces lignes de Michel Estève : “Parmi la centaine de livres écrits sur Bernanos depuis 1948, [celui-ci] est certes l’un des plus brefs, mais aussi l’un des plus originaux. Il repose sur une intuition très juste : interpréter une œuvre romanesque à la lumière de la Bible. Pour l’auteur du Journal d’un curé de campagne, la création littéraire répond, on le sait, à une exigence de vie spirituelle, à une volonté inflexible de transmettre une expérience de foi”.

14moulin_mystique

Dès lors,  dans un chapiteau roman qui parle mieux qu’un roman, lentement la pierre de la Madeleine à Vézelay, sous une teinte d’aube et de lait, se fait ouvrière… Sur nos chemins crissent des grains : la sève s’illumine d’une saveur contre nos peurs, pour devenir farine, pour que la parole de Dieu dessille et délivre les yeux. Car Georges Bernanos fait cuire un souffle ténu qui sait luire tandis que notre esprit sourit et que l’espérance mûrit  : “Je ne suis pas un homme de théâtre, je n’ai pas le préjugé des fours, je voudrais pouvoir espérer que mon œuvre fût ce four où chacun vient librement cuire son pain.” (Les Enfants humiliés.)

P1040435

Souvent nous est imposée la patience : regardons courir sous l’herbe la science… D’autres travaux, à travers le silence pur et clair qui s’élance, par monts et vaux nous appellent, nous attellent. Europe, équipant son bateau, nous tirant des pâturages et formant ses équipages, prend pour sa voile nos manteaux, et même notre énergie pour l’ouvrir à la vraie vie. Mais revoici l’évier des Carmélites qui ressuscite, qui ruisselle en clavier : voici la voix de Blanche de La Force qui nous ressoude l’oreille à l’écorce. Au lieu de lambiner, aidons à jardiner les brindilles qui scintillent ; aucune d’entre elles ne meurt, toutes nous mènent hors des heurts jusqu’au tréfonds de l’espace qui les laisse pousser sans jamais se lasser, où nous attend une Face.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *