Mulhouse, rue Daguerre.

On connaît bien les puits artésiens, plutôt pascaliens ou parisiens. Mais il est des villes qui tirent du sol le travail, qui respirent au creux de l’azur transparent le labeur – de la joie parent : mille étoiles s’allument déjà sur le bitume. Et, bravement, puisant dans l’âpre misère, les cités se désaltèrent en haletant.

“Vue de Mulhouse depuis son vignoble, chromolithographie Engelmann, Mulhouse, 1836″,
Musées municipaux de Mulhouse, photo Christian Kempf :
au début du siècle suivant, les cheminées laisseraient place aux puits des mines de potasse.

C’est le cas de Mulhouse où verdoie la pelouse après le long “cauchemar couronné” près du théâtre de la Sinne, qui lentement se “déconfine” puisque les soignants ont donné leur humble énergie pour sauver les vies.

Capture d’écran : reportage d’ENVOYE SPECIAL diffusé par France 2 le 28 mai 2020,
“Et après : Mulhouse, le retour à la vie”.

Or il nous faut aussi songer aux océans contaminés, à l’ample et frêle paix méditerranéenne comme à la naissance toujours européenne qui reconstruit, produit ses fruits, mais à coup d’audace sûre liant l’espace, pour que le peuple heureux devienne généreux, pour qu’enfin la justice ferme les précipices : comme les oriels radieux fleurissent, comme de ciel les iris s’emplissent.

Oriel de style Art nouveau dans un faubourg de Mulhouse.

Dès lors, les chèvres lécheront le pain et les continents joueront main dans la main…

Chèvres au confluent de paroisses et d’une boulangerie de Mulhouse-Dornach.

Mais il y faut encore une patiente écoute, creuser la douleur au fin fond des cœurs, partir séparés sur des cartes et des routes, autant celui qui “vit” en vieil “autostoppeur” que celui qui l’admire, “écrit”, le suit sans peur de loin jusqu’aux Eparges, à travers le tissu poétique des lieux harmonisés par un musicien mystérieux, et le rejoint au large d’un site au son chantant, Orion : “réseau d’hommes et de femmes unis en secret pour la liberté. Un réseau au nom de constellation.” Page 257 de Par les routes, roman de Sylvain Prudhomme, auteur portant un nom fameux pour le Parnasse, mais dont la prose sobre est sourcière de grâces.

Roman de Sylvain Prudhomme, “Par les routes“.
Première de couverture : photo Mike Mandel, “Untitled”,
tirée de la série “People in Cars”, 1970 (Robert Mann Gallery, NewYork).

Alors peut jaillir de Pentecôte le feu, celui qui nous meut hors des cages deux par deux, l’oreille avec l’appel, les pieds avec les pierres – dynamique giclant sur la terre et la mer avec plus de force que d’immenses geysers -, jusqu’à ce que l’ardent amour vers la lumière avance au souffle de Celui dont le nom invisible luit : JE SUIS qui signifie “Libère avec toi chacun de tes frères”.

Le Buisson ardent est chantant, dansant : Exode, 3.

2 Replies to “Puits mulhousiens.

  1. Un billet pour tendre le sien à juin qui ouvre ses routes après que le “satané couronné” les a trop resserrées. Certes il est des puits dont la vérité peut sortir, et Mulhouse eut les siens qui marquèrent son histoire. Le minerai blanc n’était pas moins dangereux que le noir. A EYAM en Angleterre en 1666, quand frappa la peste, les mineurs allaient au charbon. Comme Mulhouse Eyam fut confiné, grâce au pasteur qui demanda à son village ce geste généreux, sauveur de vies. Géraldine BROOKS en tire un roman superbe, avec ces étonnantes affinités de puits et d’épidémie. Ainsi communiquent nos buissons ardents, nos oriels gracieux et ces chèvres si rétives aux chaînes qu’elles sont devenues signes de l’indomptable liberté.

    1. Comme tu as raison, amie commentatrice autant que lectrice et créatrice ! Voici un extrait du roman “1666” que tu nous présentes à juste titre :
      “Si tous ceux qui en ont les moyens prennent la fuite chaque fois que cette contagion fait son apparition, ils sèmeront à travers tout le pays les graines de la maladie jusqu’à ce que les endroits sains soient à nouveau contaminés, multipliant ainsi par mille l’ampleur de l’épidémie. Si Dieu a jugé bon de nous envoyer ce fléau, je crois que Sa volonté est de nous voir y faire face là ou nous nous trouvons, avec courage, et de maîtriser ainsi le mal.”

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