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Aujourd’hui, les Dernières Nouvelles d’Alsace entonnent pour la culture classique un bel et double éloge dont Théâme se ferait volontiers l’écho, surtout par la tourmente imposée actuellement à l’enseignement des Langues anciennes alors que l’audace démocratique plonge ses racines dans ce terreau toujours nourrissant.

D’abord, concernant Strasbourg qui dans l’Antiquité s’appelait Argentorate,

“les fresques romaines découvertes l’été dernier sous la place du Château sont désormais visibles au musée archéologique. L’identité du personnage représenté reste un mystère même si les scientifiques ont une petite idée sur la question.

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L’histoire des peintures romaines de la place du Château est connue. Les archéologues suivaient avec attention le travail d’une pelleteuse dans le cadre des travaux de réaménagement, en juillet 2012, quand ils ont aperçu, au fond de la tranchée, un élément mural, une cloison effondrée. Sur la face supérieure apparaît une première peinture, des motifs assez classiques : une guirlande, un cadre rouge, un fond blanc.

Par chance, ce mur de terre crue ne s’est pas affaissé et désagrégé, mais renversé d’un seul tenant en gardant son intégrité, donc celle des décorations qui parent ses deux faces. Les archéologues de l’Inrap grattent le mur de 48 centimètres d’épaisseur et arrivent à la face inférieure qu’ils prélèvent en stabilisant les matériaux friables grâce à de la colle.

Les peintures, qui datent du deuxième siècle, sont ensuite parties à Soissons pour un laboratoire spécialisé dans la restauration de tels objets. Elles sont de retour à Strasbourg et désormais exposées au musée archéologique, à deux pas de l’endroit où elles ont été découvertes et où elles décoraient les pièces attenantes d’une même habitation, probablement occupée par un tribun du camp romain.

Un intellectuel ou un philosophe

La plus remarquable de ces peintures représente une silhouette humaine sur fond blanc. Selon Nathalie Froeliger, Toichographologue(1) à l’Inrap, le manteau visible en fait « un intellectuel de la société antique, peut-être un philosophe ». Mais « il existe une certaine ambiguïté, qui fait que cette représentation est un peu mystérieuse ». […]

L’un des nombreux aspects intéressants de cette fresque est la présence de graffitis latins rajoutés par-dessus la peinture, mais toujours pendant la période romaine. L’Inrap les a traduits. Le premier n’est pas complet. Il dit : « Demetrius […]usso et Cassio [salve] te tibet » qui pourrait être traduit, selon Nathalie Froeliger, par « Démétrius boira » ou « trinquera sainement à toi avec […]ussus et Cassius ».

Le second graffiti semble répondre au premier : « Demetrius filosopus et caldas (acquas) ol (l) a bibet » qui pourrait être traduit par « Demetrius le philosophe boira même le bouillon à la marmite ».

« Le peintre n’a peut-être pas voulu figurer le philosophe Démétrius, mais cette représentation inspira ce nom aux deux spectateurs », analyse la scientifique. Elle avance pour hypothèse que le Démétrius en question pourrait être Démétrius de Phalère, chef d’Etat athénien du IVe siècle avant notre ère, jouissant d’une grande notoriété auprès de ses contemporains et qui mourut d’une morsure de serpent.” (Extraits de l’article publié par Olivier Claudon dans les DNA du 31/05/2013 à 05:00, avec des liens et une note proposés par Théâme.)

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Ensuite, le chercheur luxembourgeois d’origine et alsacien d’adoption, Prix Nobel 2011 de physiologie et médecine, Jules Hoffmann, reçu hier par l’Académie Française au fauteuil de Jacqueline de Romilly, a rendu à la grande dame de l’humanisme déjà saluée par Théâme le vibrant hommage d’un Plaidoyer pour la curiosité paru dans la même édition du quotidien régional et dont voici des passages : « J’aimerais m’associer ici, avec conviction, à la position qu’a défendue Jacqueline de Romilly. Un enseignement classique ne doit certes pas conduire tous les jeunes à lire Thucydide dans le texte, mais doit leur permettre de maintenir les liens intellectuels et moraux avec ces grandes civilisations qui nous ont montré la voie, et sur les interrogations et acquis desquelles nous avons bâti en grande partie notre propre progrès. Dans son argumentaire pour la défense des études classiques, Jacqueline de Romilly regrette la préoccupation exclusive de ce qui est utile et rentable à court terme. En exprimant […] mon profond accord personnel avec cette position, j’aimerais l’étendre au contexte de la recherche scientifique, qui est souvent guettée par la même préoccupation du court terme. […] Une société dans laquelle la recherche scientifique fondamentale, mue par la seule curiosité intellectuelle, ne serait plus soutenue, perdrait son âme, tout comme une société qui ne donnerait plus à sa jeunesse un large accès aux langues et à la littérature classiques. »

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En jouant avec l’acronyme des DNA que nous remercions au passage, nous pouvons d’ailleurs toucher du doigt ce qu’il serait permis d’appeler notre ADN européen, alliant à nos racines grecques et latines – réapparues en cette fête de la Visitation – une large vue.

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Le tout rend possible à long terme, donc accessible dès maintenant, tant par la grâce que par l’audace, la mise en œuvre de la nécessaire liberté, concertée et solidaire.

(1) Néologisme (du grec “toichos”, la paroi) définissant vraisemblablement le spécialiste qui étudie les murs anciens avec leurs éventuelles inscriptions et fresques (note de Théâme).

 

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