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Stèle funéraire au coffret : art grec antique, histoart-citizen.blogspot.com .

Œuvre fleuve, fluidité construisant la solidité, plénitude sensorielle dans l’exigence essentielle : Platon et Mozart invitent à l’art des alliances paradoxales, aussi natales que pascales, par une puissance également démiurgique pétrie d’une surprenante délicatesse, par une profondeur qui va de pair avec la profusion. Une récente discussion remit sur le tapis de Théâme le dualisme délétère dont Platon serait la source et Augustin le canal ; mais une émission critique de France Musique vient de rendre évidente la similitude d’étoffe créatrice entre ces deux génies qu’a priori tout oppose, leur décalage temporel comme le mode d’expression. Tâchons de dépasser ces clivages pour saisir et faire saisir, avec autant de plaisir que de raison, la résonance de ces confluences.

Ecoutons d’abord des voix alternées dans le dialogue Phèdre ou de la beauté. Au jeune intellectuel qui lui donne son titre de brillant (comme le personnage féminin et racinien tout droit sorti des mythes crétois, comme le scintillant rocher de Delphes appelé Phédriades), Socrate commence par vanter sur un ton faussement naïf les joies de la nature qu’il dit mal apprécier, mais qu’il sait néanmoins moduler en images et rythmes : “Quant à la source, toute gracieuse sous le platane, elle ruisselle d’eau fraîche si j’en juge au toucher du pied […] chant de plein été, de nette clarté, dont j’entends la voix égale répondre au chœur des cigales !” (Traduction littérale du grec proposée par Théâme pour 230 b.)

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Athènes, jardins des philosophes, laterredabord.fr .

C’est pourtant de cette double et mâle matrice, de la pensée de Platon mise au monde par Socrate, que jaillit toute la philosophie, au risque de ternir – en évoluant, progressant, prospérant – sa force fécondante, sa quête bondissante et sa lucidité structurant la cité. Tout est dialogue et dialectique, plus moteur qu’un arc électrique, fait pour souder l’esprit et le corps, pour fonder la vie dans leur accord, dans l’haleine immense qui mène à la danse, pour ouvrir le coffret aux partages tout prêts.

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Air de la Comtesse dans “Les Noces de Figaro”, fabienneconrad.com .

Alors le secret même s’ajuste aux mensonges enfouis les plus frustes, alors rayonne l’oreille avec le cœur afin que le courage contre l’horreur arme la grâce, offrant l’espace, comme un nid infini, au souffle où toute mort se nie, d’où sort l’essor de l’harmonie.

 

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