Strasbourg, église du Christ ressuscité surplombant le centre Bernanos.

Éclats de rire.

En cette fête de l’évangéliste Matthieu, reprenons le souriant paradoxe de Pierre Bockel dans L’Enfant du rire, vingt-trois ans après sa mort et tout monseigneur qu’il était – car sa joie amicale et communicative prouvait qu’il ne se comptait point parmi les “pisse-vinaigre” : “La jeunesse n’attend pas le nombre des années” (page 117). Et redonnons aux valeurs, ainsi malicieusement supplantées par la jeunesse dans la citation du vieux Corneille, leur rôle et leur place d'”idées vécues” (page 170).

Cimetière de Thann (Haut-Rhin), au pied du vignoble : gravée du mot PAIX, tombe de Pierre Bockel, prêtre.

Mais pourquoi consacrer le billet d’aujourd’hui à Pierre Bockel ? Parce que la ville de Strasbourg, où d’ailleurs les studios d’Alsace Media détiennent encore un entretien maladroitement filmé quelques mois avant son décès, vient de poser une légère plaque en sa mémoire sur un mur de l’actuel centre Bernanos créé par l’aumônier d’étudiants Pierre Bockel dès 1952 : c’était quatre ans à peine après la disparition – et très exactement dans le sillage – de Georges Bernanos, qui sut résister par le verbe, le rire et la prière à la bêtise comme à la guerre.

Pierre de fronde.

De fait, Le Temps de naître n’en finit pas après la naissance ni la mort : au nom de la liberté, de la paix, le séminariste Pierre Bockel devient “combattant volontaire” aux côtés d’André Malraux qui lui resta lié par une amitié indéfectible : il opte lucidement pour “la folie de vivre l’existence clandestine des hors-la-loi”, avant de servir la loi de l’amour, puisqu’il est ordonné prêtre en la radieuse Saint-Jean 1943 à Notre-Dame de Fourvière. De sa première messe, l’Hymne à la joie de Beethoven va lui rester comme le durable écho d’une allégresse qui ne connaît pas de limite, permettant autant de fronder contre les pouvoirs inhumains que de fonder de nouveaux élans.

Centre Bernanos : plaque inaugurée par l’Eurométropole de Strasbourg le 19/09/2018.

Première pierre.

Il fait volontiers sienne l’expression du Père Yves Congar : “Vaste monde, ma paroisse”. Son audace généreuse donne ainsi le jour à des centres, à des réseaux de réflexion, à des ouvrages, à une revue féconde, inspirée par un voyage en Terre sainte – auquel participait aussi le “grand Robert Schuman” comme “simple pèlerin” -, aussi richement illustrée que sérieusement documentée et devenue en 1977 Le Monde de la Bible.

Photo dédicacée en avril 1994 avec ces mots de Pierre Bockel : “Une jeunesse qui franchit le nombre des années”.

C’est que Pierre Bockel conjugue, en poète et prêtre, Le Verbe au présent comme une pierre d’ardente attente. Car, écrivait-il, l’Église de même que l’Europe “se doit de voir en avant” : même le savant vieillard Nicodème venu de nuit écouter Jésus (Jn 3) peut rejaillir vivant de l’Esprit s’il veut bien s’y plonger avec “le rire baptismal d’un enfant” !

Ultime volume de Pierre Bockel : la figure polychrome de Jean, photographiée par Vincent Steyer au Pilier des anges, illustre sa première de couverture.

 

 

 

One Reply to “Pierre d’attente.”

  1. On croirait avec ce billet de la saint Matthieu voir passer un cortège de Saints, de Bienheureux, de Justes. Pierre Bockel l’homme de la vallée de Thann y semble alors le petit frère d’Adélaïde Hautval femme de la vallée voisine de Guebwiller, première parmi les gens de France, précédant Pierre, à être nommée Juste à Yad Vashem. Un prêtre, une fille de pasteur : deux Alsaciens dont nous pouvons être fiers. Joie de saluer au passage dans ce cortège Georges Bernanos, André Malraux et Robert Schuman, mais aussi Nicodème et Jean l’évangéliste, non seulement l’espace-monde devient, avec Pierre Bockel, notre paroisse mais aussi l’espace-temps fait se côtoyer personnages bibliques et personnes remarquables par leur engagement envers les plus justes causes de notre vingtième siècle. Alors malgré les guerres et la violence le rire demeure dont nous sommes les enfants, un rire qui fait lever dans la ville de Strasbourg ses cloches et ses oiseaux-lyres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *