Fac-Similé du Codex Guta-Sintram : enluminure
de l’initiale pour une homélie sur la Visitation.

Les deux prophètes se sont reconnus en l’ombre cousine des ventres nus. Elisabeth salue, dans le bouleversement pur des commencements, à travers les nues :

« Il bondit, mon petit, tandis que tressaillent aussi tes entrailles ». Ainsi dans les limbes Jean reconnut l’avènement de son cousin Jésus… Comme Thomas Jumeau, son apôtre nomade qui partit plein est au hasard convertir âmes et regards, touchons du doigt le Verbe : quittons le doute fade.

Codex Guta-Sintram, page calendaire de juin : les Gémeaux.

La prière peut se faire même à trois voix pour encore obtenir « que la lumière soit! »

Les Sacrées Journées de Strasbourg 2021 à la mosquée An-Nour de Mulhouse..

Le soleil et la pluie réunis nous essuient : le livre tient ouvert à nos cœurs l’univers.

Kinan Alzouhir, Lloïka Czackis et Khadja El Afrit
font consonner les chants chrétiens, mystiques juifs
et musulmans dans l’assemblée qui prie avec eux.

Eur-Ope doit aussi percer le crépuscule d’où sauront jaillir de Larges-Vues – minuscules certes d’abord, mais pour l’accord. Parfois, le fabuliste qui demeure un enfant après quatre cents ans puise dans sa liste infinie un récit où le secret se dit :

Les Deux Amis

Deux vrais Amis vivaient au Monomotapa :

L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre.

Les amis de ce pays-là

Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,

Et mettait à profit l’absence du soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les Valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
L’Ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;
Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissez homme
A mieux user du temps destiné pour le somme :
N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici. S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés ; voulez-vous qu’on l’appelle ?
Non, dit l’Ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :

            Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;
J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.

            Ce maudit songe en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble, lecteur ?
Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un Ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
            Il vous épargne la pudeur
            De les lui découvrir vous-même.
            Un songe, un rien, tout lui fait peur
            Quand il s’agit de ce qu’il aime.

Jean de La Fontaine, Fables, II, livre 8, fable 11.

Illustration de Gustave Doré pour la fable Les Deux Amis (Ars Mundi, Slovénie, 1993).

Sur le même mode tendre et souriant, le film peut tendre un miroir à notre temps qui refuse de voir : Les Deux Alfred restaure à la faveur des drones, mieux que Petite maman, ses jeux doubles, ses tourments, la famille qui ne quémande aucune aumône.

Capture d’écran de la bande annonce du film Les Deux Alfred.

« Carpe Diem – gardez PIEM » – avec la souvenance douce de l’espérance puisqu’elle nous fait monter vers l’aurore de l’été par les routes de nos doutes, vers le Cœur créateur : même Lui hésite, mais Il nous visite afin que la vie palpite et ressuscite !

Exposition en l’église Sainte-Marie de Mulhouse : PIEM ou la terre jusqu’au trognon.

One Reply to “Par les doutes vont nos routes.”

  1. J’aime les gens qui doutent, disait Anne Sylvestre, et Théâme nous les fait aussi aimer : ils sont nos tendres jumeaux tel Thomas Didyme. Est-ce pour cela qu’il faut être deux sur les chemin du Royaume tels Guta et Sintram, telles Elisabeth et Marie partageant leurs grossesses et la douceur des deux mains sur deux ventres et deux épaules ? Quant aux Deux Amis, l’un en alarme s’éveille tout affûté de craintes réelles, l’autre rêve et n’est pas moins inquiet. Comme il est peu douteux qu’il ne hait point, cet ami qui doute de tout sauf de sa tendresse envers celui qu’il chérit ! Allons donc ensemble jamais isolément, sur les chemins de la Vie : deux sandales suffisent et peut-être un bâton, selon l’évangile qu’on vient de lire. Point étonnant dans cette « Doubloslavie » qu’il y eût deux Alfred… Avec nos deux mains nous cueillerons le jour en chantant, le presserons de nous enchanter avec toutes les langues du ciel et de la terre qui ont tenté de louer pour tenter d’y croire l’unique Dieu qu’on nomme ou ne nomme pas, qu’il soit Allah ou YHWH.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En publiant un commentaire vous acceptez notre politique de confidentialité

The maximum upload file size: 2 Mo. You can upload: image, audio, video, document, spreadsheet, interactive, text, archive, code, other. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded. Drop file here