Mulhouse : dans une vitrine en décembre 2021 semble scintiller
la chouette d’Athéna-Minerve, divinité de la pensée…

Pour que nous arrive tout droit la sagesse comme une reine « magesse » plutôt qu’un faux roi, faut-il tendre les rênes de plus magiques rennes ?

Décor de Noël dans la Cour des Maréchaux.

Faut-il laisser l’aurore embraser une tour pour que nos yeux s’ouvrent à l’invisible jour ?

Matin de la Saint-Jean d’hiver sur la Tour de l’Europe.

Est-ce que des mains humaines avec la flamme et ses veines peuvent changer le dur travail d’équipe en un doux vitrail ?

Eglise Saint-François d’Assise : Chemin des crèches du monde 2020-2022.

Pour éclairer notre lanterne parmi les ombres qui nous bernent, il fallait sous les cieux un couple silencieux.

Détail de la crèche en vitrail sortie de l’atelier du centre Bel-Air.

« Difficiles sont les belles choses » : elles nous appellent depuis Socrate et Platon, entre d’étouffants voiles et le vent des étoiles, sur nos rails, sur tous les tons…

Des planètes (errantes comme le veut l’étymologie
ou bien en orbite ?) gravitent en gare de Strasbourg.

Voici : non loin de cette gare, à Trèves, Jean-Paul Sartre créa d’un trait, sans trêve, pour ses compagnons de captivité sa première offrande de liberté, la pièce de théâtre allumant comme un âtre, loin des imprécations, sa fraîche vocation… Dans Bariona ou le fils du tonnerre, on dirait que la paix chasse la guerre lorsque le roi mage noir Balthazar pulvérise de bonté les hasards en définissant l’espérance comme l’unique humaine chance.

Chemin des crèches du monde : en tissu batik indien, crèche de Pramela.

« Où que soit un homme, Bariona, il est toujours ailleurs, poursuit le roi noir… Et tous ceux qui l’entourent, il y a beau temps qu’ils ne sont plus ici : ils sont à Bethléem dans une étable, autour du petit corps chaud d’un enfant. »

Le montreur d’images parle comme un mage ensuite : « Je vais profiter de ce répit pour vous montrer le Christ dans l’étable, car vous ne le verrez pas autrement : il ne paraît pas dans la pièce, ni Joseph, ni la Vierge Marie. Mais, comme c’est aujourd’hui Noël, vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la crèche. La voici. »

Chemin des crèches du monde : crèche bretonne des ateliers Parisot.

« Voici La Vierge et voici Joseph et voici l’enfant Jésus, continue l’aveugle. L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin, mais vous le trouverez peut-être un peu naïf. Voyez, les personnages ont de beaux atours, mais ils sont tout raides : on dirait des marionnettes. Ils n’étaient sûrement pas comme cela. Si vous étiez comme moi, dont les yeux sont fermés… Mais écoutez : vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.

La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux qui n’a paru qu’une fois sur une figure humaine. Car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois et elle lui donnera le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. » Serait-ce donc ainsi qu’une folle sagesse change Marie et notre âme en reines « magesses » ? C’est vrai même pour Bariona qui dans son élan s’arrêta lorsqu’il voulut assassiner la grâce dont l’incarnation délivrait l’espace : « Des milliers d’années après la création, se lève dans cette étable, à la clarté d’une chandelle, le premier matin du monde. »

Théâme vous souhaite une nouvelle année de joies recommencées et de pensées données.

Chemin des crèches du monde : broderie NATIVITE
de Chiquaya (Pérou), « Notre Dieu S’est fait Peuple » ?

2 Réponses de “Où se cache la sagesse comme une « reine magesse » ?

  1. Je raffole du hibou Athena rutilant, aux yeux de merveilles.
    Je ne comprends pas trop le texte de Sartre, mais j’aime comme il incite à voir, les yeux fermés, et aussi comme il parle de Marie, intimement.
    Bonne année, Théâme !

    1. Merci, Chantal, pour ton commentaire et tes voeux qui vont droit au coeur de Théâme.
      L’aigrette qui agrémente la chouette au seuil de cet article est en fait le reflet de la décoration en branches, étoffe et lumière qui ponctue pendant l’Avent les rues de Mulhouse, nommée ces jours-ci, paradoxalement, mais légitimement, première ville attractive de France !
      Ce qui me semble surtout difficile à comprendre dans les extraits de « Bariona le fils du tonnerre » est la justesse divinatoire, voire la mystique tendresse, que Sartre est capable de mettre en oeuvre dans cette récriture de la Nativité demandée par des prêtres, captifs comme lui, à Trèves pour la Noël 1940 : les prisonniers, acteurs ou spectateurs, sont aveugles avec le personnage du montreur d’images extralucide, mais ce texte de Sartre aura tellement plu aux chefs nazis que son auteur semble avoir été libéré grâce à lui… Souhaitons-nous donc une année digne de la démocratie, c’est-à-dire de la liberté solidaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En publiant un commentaire vous acceptez notre politique de confidentialité

The maximum upload file size: 2 Mo. You can upload: image, audio, video, document, spreadsheet, interactive, text, archive, code, other. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded. Drop file here