Plongeons ensemble à travers le temps

pour mieux rebondir vers d’autres instants.

En 2001, le film iranien de Majid Majidi “La Couleur du paradis” fit verser à juste titre des larmes éblouies ; vous pouvez le voir et le revoir en DVD (provenance de l’affiche : www.hollyweb.org). La même poésie poignante, où les limites libèrent des ailes d’intelligence et d’espérance, semble animer un ouvrage de l’aviateur écrivain Antoine de Saint-Exupéry qui fit rapidement le tour du monde ; composé en pleine guerre mondiale, illustré par l’auteur aux doigts d’enfant ému, maladroit, mais aimant, publié à New York en 1943 et posthume en France en 1945, Le Petit Prince contient ces mots choisis pour la présentation française du film : “On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.”

De ce poète abattu et disparu en mer Méditerranée, tel Icare, à la fin du deuxième conflit planétaire, remontons vers un autre regard capable de dessiller le nôtre par l’art, celui de Pierre Bonnard, qui traversa de son pinceau de peintre pêcheur les multicolores eaux de la lumière végétale, au côté comme au rythme d’un enfant tutélaire autant que discret, par-delà cette page blanche semblable à la pierre d’attente sur un rivage.

 Il nous faut donc, un jour précis, mais d’abord chaque jour, sauter non pas “Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau” selon l’aspiration de Baudelaire à la fin du “Voyage” et de ses Fleurs du mal, mais au coeur de la réalité pour nous libérer en même temps qu’elle, tel le mystérieux plongeur de la tombe étrusque à Paestum, peint au début du Ve siècle avant notre ère et que rien ne semble pouvoir noyer au pied d’un arbre de vie.

Mille ans auparavant, au coeur de la Crète minoenne, l’homme jouait avec des aurochs primitifs en se jouant des monstres comme de sa peur et de sa pesanteur : la fresque de Cnossos reproduite ci-dessous nous le suggère avec une vigueur ardente et rayonnante. N’était-ce pas une façon de se disposer, donc de nous préparer du même coup, à l’irruption d’une force inconcevable, et de plus double comme les belles cornes d’un taureau, qui susciterait  irrésistiblement autant d’agilité que de générosité contre tout risque de naufrage ? De fait, à la même époque entre 1500 et 1300 avant Jésus-Christ, au sud-est de la Crète entre le désert du Sinaï et le rivage actuellement libano-syrien, les Phéniciens mettaient au point des moyens de contact novateurs pour les équipages comme pour les messages, porteurs à travers les mers et les airs : les techniques nautiques et l’art alphabétique !

Le lien entre le plongeur de la tombe étrusque et ce jeu crétois juvénile autant que joyeux nous est d’ailleurs fourni par un élan que nulle mutilation ne peut briser : une figurine d’ivoire datée entre 1700 et 1450, provenant du même palais de Cnossos, exposée au musée d’Héraklion, sert également de trait d’union aux rites orientaux, qualificatif convenant aussi au film “La Couleur du paradis”, et au mythe d’Europe.

Chevauchant la mer, de Phénicie en Crète, sur un ravissant taureau ravisseur, Europe ouvrait par son coeur l’invisible et par sa Vaste-Vue des perspectives appelées, contre bêtes et tempêtes, contre vents et marées, à s’incarner par l’Europe.

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