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Oceano Nox” de Victor Hugo hante encore nos mémoires et chante le deuil des naufragés comme si, depuis la guerre de Troie, depuis l’Énéide virgilienne, “la nuit émergeait brutalement de l’océan” (livre II, vers 250). En réalité, cet immense néant ruisselle et va créant, se fait danse de distances, changeant les périls de l’horrible exil en rencontres légères, en nouvelles lumières, saisit, soulage et berce le souffle sur l’averse, loin de la mort, tout près du port ; de proche en proche roule une lueur sur la houle ; dès lors rayonne une clarté dont la mer ne peut s’écarter : “Oceano Lux”. Adam Brody le suggère dans sa composition londonienne interprétée en duo avec Ysé, “Light”.

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L’Enfant de la haute mer  de Jules Supervielle qui joue… supérieurement-à-la-vielle et qui est né en Uruguay transforme alors au TJP de Strasbourg le “Théâtre de nuit” en l’ombre qui luit, en têtes blondes que nul ne gronde, en nombres sans bruit, en l’écume qui s’allume, en une psy-chèvre plus sautillante qu’un miroir en pied : la ronde des ondes, les sauts des flots, les bagues des vagues, les fleurs des pleurs, tout à coup s’achèvent en paix sur la grève lorsqu’une centaine de petites mains ressuscite la voix des rouleaux marins…

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Ce surréaliste d’outre océan sait aussi rendre “Hommage à la vie” par des pas qui viennent délier, par des vers courts, mais réguliers, tels le flux et le reflux :

“C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu

[…]

D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petit coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.

[…]”

Même Le Misanthrope de Molière gagne en justesse et force aux tours de roues de Lambert Wilson, de Fabrice Luchini, au grand air de l’île de Ré parcourue d’embruns et de bourrasques, dans le film Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay.

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L’on comprend dès lors l’océan comme source de lumière, car l’élément liquide le fut déjà dans le rai de clarté limpide qu’Europe sut porter au-delà de la peur et de la nuit, sur les vagues survolées par un taureau reliant au passé l’avenir, au Levant le Couchant… C’est d’autant plus vrai que les Etats-Unis d’Amérique se fondèrent sur le même élan de longue portée et sur les valeurs transmises par lui, contribuant à l’inspiration hugolienne des Etats-Unis d’Europe.

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Tout près, dans une région française qui vit éclore outre-mer la première libération contre l’aberration de la servitude, l’esprit continue de cultiver l’étude du bien commun, de diffuser le goût de l’avenir, avec la vibrante conviction du député Bruno Nestor Azérot, jusqu’au Palais Bourbon de la métropole, ces jours-ci :

De même qu’en Amérique du Sud Jules Supervielle termine “Hommage à la vie” par la joie de “faire un peu fête” à certains mots usés, oubliés, méprisés, qui traversent régénérés l’Océan Atlantique, de même en Amérique du Nord Steven Spielberg lui aussi digne de son nom, signifiant “Mont de Jeux”, nous fait escalader les enjeux et les dangers les plus graves avec Lincoln : l’étonnement et l’enfant sont au rendez-vous, mais aussi les rythmes doux avec les coups créateurs, “les graines et le ciment” d’une nation menacée de scission par la sécession, l’écorce du morse transmettant contre vents et marées la sève qui lève contre l’esclavage, contre ses ravages, la clarté croissante pour qu’Euclide guide à la victoire, en pleine tempête, l’égalité, la liberté, la paix difficile. Non, “la démocratie n’est pas le chaos”, mais le cadeau qui, partagé, se multiplie infiniment de l’autre côté de l’océan, sous le signe de l’épouse donnant au film original ses trois noms : Mary Todd Lincoln.

Au son de l’hymne “Au cri de guerre de la liberté”, l’émancipation passionnément avance, photophores et carillons crépitent de joie, tandis que le couple Lincoln, souple, car libre par l’équilibre partagé, d’un coude à coude se ressoude pour que l’ovation, la crucifixion et le matin pascal traversent en sens inverse les mers, pour que Jérusalem baigne de sa lumineuse béatitude “ceux qui ont faim et soif de justice”.

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