Dans une coupe en terre vêtue de turquoise, sur une plaque de bois fossile, merveilles de la silice : deux cristaux perdus de Lalique, agate, oeuf de Swarovski et fragment d’obsidienne.

Quand Chantal Vis présente à “la Théière” la magie du verre, les mots se rencontrent et s’éclairent dans notre écoute qui bout, dans notre dialogue qui remet la mémoire debout : le stabilisant rejoint le fondant, la canne antique procède du souffle ; puis la cive ou le manchon dilatent la paraison jusqu’à dépasser toute comparaison, et le smalt préfigure le strass né près de Strasbourg, avant que le bousillage ne sauve les chutes de lumière durcie.

Notre terre apparaît-elle plus translucide que le verre à la paix ? Sera-t-elle solide comme un roc face aux chocs, plus légère que la guerre ?

Balle de mousse importée de Chine, tandis qu’une nouvelle épidémie fait rage en cette immense “république populaire”. De l’injustice bat le fouet : non, la terre n’est pas un jouet qu’inconsciemment la main lance. Sa grâce est née pour et de la danse !

Par bonheur, les vitraux nous entourent au trot de leur fidèle flamme dont émane un programme sans pesanteur et sans lenteur.

Après une célébration de la Parole à l’église Saint-Luc de Mulhouse.

Alors cristallines s’élèvent des voix par-dessus les collines : notre nuit d’hiver voit aux verrières la sève à la fois longue et brève du cœur floral, du chant choral, de la veine humblement caritative qui nourrit, maintient la planète vive, malgré sa fragilité de verre, malgré la frigidité des guerres. Ne la lui faisons pas “à l’envers” – si notre terre n’est pas en serre, – mais en rose et vert, hors de l’enfer, pour que jamais elle ne se terre. Ouvrons donc nos vantaux sur le seuil, en tendant l’oreille vers l’accord qui veille, et cousons des manteaux pour l’accueil.

Programme du choeur Vocaléidos, couronné par les harmonisations de Morten Lauridsen pour “Contre qui, rose – Rose complète” sur des extraits des “Chansons des Roses” de R. M. Rilke.

XVI

On te met dans un simple vase -,
voici que tout change :
c’est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.

XVII

C’est toi qui prépares en toi
plus que toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ce troublant émoi,
c’est ta danse.

Chaque pétale consent
et fait dans le vent
quelques pas odorants
invisibles.

Ô musiques des yeux,
toute entourée d’eux,
tu deviens au milieu
intangible.

XIX

Car ce n’est pas travailler que d’être
une rose, dirait-on.
Dieu, en regardant par la fenêtre,
fait la maison.

Les Chansons des Roses, Rainer Maria Rilke.

26 janvier 2020, concert immersif de “Vocaléidos” en l’église Saint-Barthélemy de Mulhouse, au profit de la Conférence Saint-Vincent de Paul.

One Reply to “Notre terre est en verre.”

  1. Merci à ces saints accueillants Vincent de Paul, Luc, ou Barthélémy un évangéliste, un apôtre, un brûlé de charité. Merci à ce dictionnaire de la verrerie où nous apprenons de si jolis mots, tels paraison ou bousillage. Reliant les deux, ce mot de Char “L’architecte de la lumière sait de verre sa province bleue”, comme si tout mortier portait le verre soufflé des mains maçonnières. Merci à cette chanson des roses, qui met debout la fleur au soliflore. Oui, l’écoute bout comme si elle était l’alambic de l’âme, cette âme que connaissent Théâme, et surtout François Cheng qui nous parlait hier sur France 5 : “Nous avons bu tant de rosée en échange de notre sang !” Ainsi rose et rosée seront unies dans le vase et nos oreilles-reposoir seront des calices à musique. Dedans, contaminé de poésie, bat notre sang rafraîchi.

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