En Sicile, au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ, les indices se sont succédé, d’abord lapidaires, ensuite poétiques, pour témoigner de l’essor phénicien et de son apport européen. Passons donc par l’îlot de Motyè ou Mozia, puis par la bucolique en vers grecs de Moschos, dont le nom signifie le Veau, pour toucher du doigt ces traces et suivre ces voies inépuisables en notre espace.

(L’)EUROPE  de MOSCHOS : une idylle en Sicile.

PREAMBULE

Grecs, Romains, étrangers, qui constituèrent un thème d’étude pour la Culture de l’antiquité en Classes Préparatoires Littéraires, se côtoient singulièrement au IIe siècle avant notre ère sur une île centrale de la Méditerranée, la Sicile. Le Syracusain méconnu MOSCHOS représente assez bien cette diversité culturelle, ethnique et linguistique à travers un petit poème dont la forme épique se justifie par un sujet plus ample que les « idylles » ordinaires, en conférant du même coup tout son sens à ce genre conventionnel de « tableaux animés » et en donnant sans doute à l’enlèvement d’EUROPE sa première forme littéraire.

La réalité que recouvre dans ces vers le nom d’EUROPE convoque avec le futur et le passé la présence active du lecteur, même et surtout contemporain : si la poésie épique autant que tragique d’ESCHYLE a exprimé dans Les Perses, par le rêve, l’antagonisme de l’Orient et de l’Occident, trois cent cinquante ans plus tard le songe d’EUROPE chez MOSCHOS prélude avec vingt-deux siècles d’avance, dans l’île même où Eschyle se rendit et mourut, à l’émergence de l’Union Européenne sous l’égide et le nom d’une princesse proche-orientale, car phénicienne, appelée EUROPE.

Dans quel contexte cette idylle vit-elle le jour ? Avant que les Romains n’eussent raison, à la fin du siècle précédent, de la résistance syracusaine alliée aux Carthaginois, les rapports entre les colonies grecques et phéniciennes, puis carthaginoises, de Sicile étaient restés tendus et avaient abouti à un clivage net : sans oublier au large l’île de Motyè (Mozia) où subsistent des vestiges du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, les Phéniciens et leurs successeurs carthaginois durent se contenter d’une petite partie de la Sicile, à l’ouest d’une ligne allant de Palerme, port fondé par les Phéniciens, mais appelé « Parfait Mouillage » par les Grecs, à Sélinonte que se disputèrent âprement pendant des siècles Grecs et Carthaginois. C’est précisément là que, dès le début du VIe siècle avant Jésus-Christ, une métope d’un temple dédié à Héraclès ou Apollon mit en scène EUROPE  parmi des Amazones, le char du Soleil et d’autres figures douées d’un regard actif, mais négatif, comme Méduse et les Cercopes.

D’après le début des Enquêtes ensuite appelées Histoire, où  HERODOTE mentionnait au siècle suivant la même EUROPE, la Phénicienne aurait simplement été enlevée par des Grecs probablement crétois : comment expliquer dès lors la présence du taureau dans les états successifs du mythe et le fait que cet enlèvement préluda, non à la guerre comme celui d’Hélène, mais à une paix aussi exigeante que durable ?

Une réponse globale aux deux questions se précise dans la métope de Sélinonte conservée au Musée Archéologique Régional de Palerme et intitulée L’ENLEVEMENT D’EUROPE. Effectivement, le taureau qui s’y trouve sculpté rayonne autant de douceur que de puissance : n’incarne-t-il que le dieu suprême des Grecs voulant installer son amazone en Crète pour son seul usage ? Fils d’EUROPE et de ZEUS, MINOS va doter une terre hellénique de la première constitution : c’est donc à l’écriture qu’il donne un accès généreux ; du reste, l’élan prodigieux, par-delà les mers, du taureau qui dissimulait son père ne symbolise-t-il pas l’emprunt grec d’une autre invention phénicienne, l’art nautique ? Ainsi, le couple formé par un dieu taureau et par une jeune Orientale permet de figurer les métissages ethniques et techniques tissant le bassin méditerranéen depuis le IIe millénaire avant notre ère, donc de lire à travers le plaisir de ZEUS l’accomplissement des aptitudes d’abord grecques, et plus largement humaines, à la circulation comme à la relation, dans l’espace comme dans le temps.

Mais l’ancrage de cette métope au bord de la mer Libyque, à la limite des aires siciliennes que sont la zone phénicienne et la grecque, esquisse en continuité avec l’écriture abordée à l’instant d’autres pistes, plus linguistiques. Car, si le nom sémitique d’EUROPE signifie dans sa Phénicie natale « le Couchant », les Grecs n’ont pu le prononcer qu’en le transformant : il a bientôt pris pour eux une autre signification, celle de « Large Vue ». D’ailleurs, le procédé phénicien de notation ne fut adopté par les Grecs, privés d’écriture depuis quelques siècles par une obscure catastrophe, que grâce à une transposition parallèle de manière à noter les voyelles, inexistantes dans cet alphabet consonantique. Précisément, à la jointure et à l’inverse des systèmes compliqués, donc réservés à une ou deux castes, que sont les hiéroglyphes égyptiens et le cunéiforme babylonien, le premier des caractères lentement mis au point du XVIe siècle au XIIe, à travers le Croissant fertile du Sinaï et d’Ougarit à Byblos, par les industrieux Phéniciens est aleph, le futur alpha grec. Suivi de quelque vingt signes-sons qui vont par leur série claire, par leur simplicité d’exécution comme de lecture, révolutionner le monde et démocratiser pour toujours la communication écrite, cet aleph est non seulement le nom du… taureau en langue sémitique, mais de plus figuré à l’origine par une tête de taureau stylisée, indissociable des cultures voisines – notamment de la Crète – et toujours reconnaissable dans notre a ! Sans doute faut-il supposer contacts et liens, brassages de pratiques et de notions, parmi les Siciliens de toutes origines et langues pour imaginer entre le VIe siècle et le IIe une inconsciente, mais d’autant plus vive, prise de conscience des dettes contractées auprès du peuple mobile et subtil, insaisissable autant qu’indispensable, formé par les Phéniciens. C’est de cette manière que l’originel enlèvement d’EUROPE avait des chances de se solder non par la guerre, mais par la paix, dont L’EUROPE est toujours redevable et de plus en plus responsable.

Ainsi, grâce à des échanges vraisemblables, peut-être aussi pour avoir fréquenté l’acropole de Sélinonte, MOSCHOS composa son idylle en sept tableaux dialogués crescendo vers l’affranchissement de l’humanité, dont malheureusement vous ne pouvez pas encore percevoir la voix enregistrée en équipe à partir de la traduction ci-dessous. Après le rêve prémonitoire d’EUROPE qui se voit déchirée entre deux mères, l’une appelée Asie et l’autre encore sans nom ; après la cueillette amicale et florale, la corbeille d’EUROPE résumant sa divine ascendance ; après l’irruption sur le littoral phénicien d’un taureau divin, mû par le désir ; après une fascination  réciproque et sensuelle ; après le rapt d’EUROPE, servant de voile au navire qui l’a déracinée ; après sa surprise plaintive : ZEUS enfin se dévoile et promet à son épouse EUROPE une descendance qui tendra son sceptre au monde, au bord de la Crète et de la maternité.

Par MOSCHOS de Syracuse, idylle d’EUROPÉ, dans une traduction de Théâme. 

Europé démarre, composition d'Archibald Studio.

I.   Un jour, EUROPÉ reçut de la déesse Née à Chypre un doux message                 

                                                                                                [sous la forme d’un songe.

A l’heure de la nuit fixée pour son troisième tiers, quand s’approche l’aurore,

quand un sommeil plus doux que miel s’installe en pleines paupières,

dénoue les membres et lie les prunelles comme une caresse,

à l’heure aussi où l’on peut se fier au troupeau ruminant des songes,                                   (5)

à cette heure-là, sous les combles dans sa maison,  sur la vague de son sommeil,

la fille encore vierge de PHÉNIX, EUROPÉE,

se crut devenue l’enjeu d’une querelle entre deux continents,

entre l’ASIE et la terre qui lui fait face ; or ces deux continents étaient des femmes.

L’une d’elles avait l’aspect d’une étrangère, l’autre s’apparentait                                            (10)

à une femme du cru, et s’attachait davantage à elle comme à sa petite,

car elle déclarait l’avoir enfantée elle-même et l’avoir élevée avec tendresse.

L’autre, la saisissant dans ses fortes paumes avec vigueur,

l’entraînait sans rencontrer de résistance ; car elle affirmait de la part

de ZEUS porte-Egide son gage futur marqué par le destin : EUROPÉE.                                  (15)                               

Et elle, loin de son lit bien couvert, de s’élancer pleine de crainte,

tremblant dans son cœur ; car elle l’avait vu de ses propres yeux, ce songe.

Alors, sur son séant, elle gardait longuement le silence, et ces femmes restaient

dans ses regards dilatés, toutes deux, encore et encore.

Puis, longtemps après, s’était élevée avec effroi sa voix de jeune fille :                                 (20)

« De qui me sont venues de telles fantasmagories, parmi les habitants célestes ?

Quels sont ceux qui m’ont frappée de stupeur sur mon lit bien couvert dans ma chambre,

moi que portait profondément la vague du sommeil – quels songes ?

Quelle était l’étrangère que j’ai regardée tout en dormant ?

Quel désir me saisit le cœur vers elle, avec quelle effusion elle aussi                                 (25)

m’accueillit et me regarda comme sa propre enfant !

Mais puisse en un bien réel, grâce aux présences éternelles, ce songe tourner pour  moi ! »

 

 

 

II.   Ayant ainsi parlé, elle se leva vivement, puis rechercha partout ses amies,

ses compagnes de la même taille, du même âge, réjouissant son cœur et nées de            

                                                                                                                              [bonne famille,

avec lesquelles toujours elle s’amusait, chaque fois qu’elle se parait pour la danse       (30)

ou qu’elle lustrait sa peau claire à des bouches de rivière bien abritées,

ou toutes les fois qu’elle écumait une prairie de ses lys à la bonne haleine.

Et elles aussitôt de lui apparaître ; or chacune tenait dans les mains,

pour porter ses fleurs, une corbeille ; puis elles foulèrent les prairies

battues de vagues jusqu’à l’endroit où régulièrement en foule elles se rassemblaient,  (35)      

charmées à la fois par des boutons de rose et par le bruit des flots.

C’est une corbeille d’or que portait quant à elle EUROPÉE,

remarquable, grande merveille, fruit du grand effort d’HÉPHAÏSTOS : il l’avait

remise à LIBYE en cadeau, quand dans la couche de l’Ébranleur de terre

elle se rendit ; LIBYE l’avait remise à la toute belle TÉLÉPHASSA                                                   (40)

qui était de son sang ; et c’est à la vierge EUROPÉE

que sa mère TÉLÉPHASSA confia l’illustre cadeau.

En cet objet, de nombreux raffinements ciselés scintillaient.

Gravée dans l’or se trouvait une fille d’INACHOS, IO,

alors qu’elle était encore génisse et n’avait pas l’aspect d’une femme.                                           (45)

Mais, dans son errance, de ses pieds elle foulait l’amertume des routes,

en tout point semblable à une nageuse. En métal bleu était ciselée la mer.

Or deux êtres se tenaient sur le sourcil du rivage,

Deux mortels soudés, observant une coureuse de mer qui était une vache.

Il s’y trouvait cependant ZEUS fils de CRONOS, effleurant de ses mains                                             (50)

doucement la génisse fille d’INACHOS ; et au bord des sept bouches du NIL

il la transformait de vache aux belles cornes en femme à nouveau.

En argent était le cours du NIL, la génisse était

en bronze, et en or se trouvait ciselé ZEUS en personne.

Tout autour, au long et au-dessous de la couronne ornant la corbeille bien ouvrée,                (55)

HERMÈS était façonné ; près de lui s’allongeait

ARGOSscintillant de ses yeux qui ne dormaient jamais.

De son sang pourpre surgissait

UN OISEAU fier de ses ailes aux mille fleurs et couleurs ;

ayant déployé son envergure à la manière d’un navire qui fend la mer,                                            (60) 

il recouvrait de ses vergues les lèvres de la corbeille d’or.

Telle était la corbeille de la toute belle EUROPÉE.

 

III.   Quant aux demoiselles, une fois parvenues aux prairies fleuries,

elles se comblaient mutuellement le cœur de fleurs.

L’une d’elles, c’était le narcisse à la bonne haleine qu’elle enlevait, l’autre la jacinthe,        (65)

une troisième la violette, une autre encore le serpolet ; à terre, nombreuses

foisonnaient les feuilles des prairies gorgées par le printemps ;

l’odorante touffe du crocus safrané

était passée au peigne fin par d’autres encore, qui rivalisaient d’adresse.

Or, en parant ses mains de la rose éclatante et flamboyante,                                                                     (70)

la princesse rayonnait telle parmi les CHARITES la déesse Née de l’écume.

Mais elle n’allait pas longtemps de fleurs réjouir son cœur,

ni non plus conserver à l’abri des souillures sa virginale ceinture.

Car, bien entendu, le fils de CRONOS ne l’eut pas plus tôt aperçue qu’il se sentit              

troublé dans son cœur, invinciblement dompté par les traits                                                                       (75)

de CYPRIS qui seule peut, même sur ZEUS, exercer sa domination.

Précisément en effet, esquivant le courroux de la jalouse HÉRA

et voulant de la vierge abuser la candeur,

il dissimula le dieu, il modifia son corps et il devint TAUREAU,                                          

non pas comme celui qu’on nourrit à l’étable, ni comme                                                                   (80)                                              

celui qui ouvre en deux le sillon en tirant la courbe araire,

ni comme celui qui rumine au milieu des troupeaux, ni non plus comme

celui qui, dompté par la corde, traîne un chariot trop chargé.

Voici que chez celui-ci l’ensemble du corps se montrait safrané,                                   

qu’un cercle rayonnant de blancheur scintillait au milieu de son front                                  (85)                      

et que ses yeux brillaient au-dessous en lançant des éclairs de désir.

D’égale hauteur, l’une vers l’autre des cornes jaillissaient de sa tête,

comme sur la moitié de son disque les orbes de la LUNE cornue.

 

IV.   Or il alla vers une prairie et son apparition n’effaroucha pas                                    

les filles ; au contraire, toutes ressentirent un vif désir de venir tout près                           (90)                        

– et de toucher l’adorable bovin ; de lui d’ailleurs une divine odeur

émanait au loin, éclipsant même de la prairie le souffle embaumé.

Il s’arrêta devant les pieds de l’irréprochable EUROPÉE :

il lui léchait le cou, il exerçait son charme sur la jeune fille.                                            

Et elle de le flatter : doucement, de ses mains, elle lui essuyait l’écume                                 (95)                                                     

abondante de la bouche, jusqu’au moment où elle donna un baiser au TAUREAU.  

Et lui de mugir, avec la suavité du miel : tu aurais cru entendre

la voix douce de la flûte phrygienne clairement s’égrener.

Il s’agenouilla devant ses pieds, il contemplait EUROPÉE                                                  

en tournant l’encolure et lui montrait la largeur de son dos.                                                        (100)                                           

Mais vers les filles aux boucles profondes elle lança ces paroles :

« Venez, chères compagnes de mon âge, pour qu’ensemble, assises

sur ce taureau, nous partagions notre plaisir : assurément, toutes

il nous portera en déroulant son dos, tant il est prévenant,                                                                        

bienveillant – à le regarder – et doux comme le miel ; il n’a rien des taureaux                     (105)

ordinaires. En lui circule un esprit pour ainsi dire humain,

sage comme le destin : il ne lui manque plus que la parole. »

 

V.   Après ces mots, sur l’échine elle s’installait, souriante,

et les autres allaient faire de même quand le TAUREAU  se rua en avant : 

et, celle qu’il voulait, il l’enlevait. Rapidement sur la mer il arrivait,                                        (110)                                

tandis qu’en se retournant elle appelait ses très chères compagnes,

les mains tendues vers elles, qui cependant ne pouvaient l’atteindre.

Une fois le pied posé sur le rivage, droit devant il courait, tel un DAUPHIN,

et ses sabots sans se mouiller foulaient de vastes vagues.                                                  

Quant à la mer, sur son passage elle retrouvait son calme,                                                             (115)                                               

pendant que les monstres marins tout autour sautaient comme des gamins à la rencontre

                                                                                                                [de ZEUS et de ses pas,

pendant que, tout content, par-dessus les rouleaux, du fond de l’abîme pirouettait le

                                                                                                                 [DAUPHIN.

D’ailleurs, des NÉRÉIDES émergèrent : toutes,                                                                     

Installées sur des échines marines, s’avançaient en cortège.                                              

Lui-même, avec sa voix grave, l’Ébranleur de la terre                                                                   (120)                                                 

en dirigeant le flot guidait sur la voie marine

son frère ; autour de lui s’étaient rassemblés

les TRITONS, puissants flûtistes du flux marin,

levant leurs conques allongées pour claironner le chant nuptial.                                        

Elle, installée sur l’échine bovine de ZEUS,                                                                                            (125)  

tenait dans une main la fine corne du taureau et, de l’autre,                                             

elle tirait contre elle un pli de tissu pourpre, pour éviter de le laisser

traîner, de le laisser tremper par la blanche mer salée, par son eau qui défie tous les mots.

Dès lors se gonfla sur ses épaules le péplos profond d’EUROPÉE,                                     

et il allégeait le poids de la jeune fille tout comme UNE VOILE DE NAVIRE.                 (130)

 

VI.   Mais, quand de la terre paternelle elle fut coupée,                                                        

qu’il n’y avait plus en vue nul rivage battu de vagues, nulle montagne escarpée,

que sur son corps passait l’air et sous son corps courait sans fin le passage marin,

elle lança ce flot de paroles, en jetant partout des regards craintifs autour d’elle :            

« Par où me conduis-tu donc, dieu-TAUREAU ? Qui es-tu, d’où sors-tu ? Comment 

                                                                                           [parcours-tu les routes                                                      (135)               

de tous les dangers sur tes pattes fendues  ? N’as-tu aucune peur de la mer ?                    

Car ce sont des navires qui peuvent parcourir la mer,

des navires qui fendent le flot, mais les TAUREAUX tremblent devant le sentier salé.

Quelle boisson trouveras-tu agréable, de la mer quelle nourriture tireras-tu ?                  

Alors sûrement un dieu, voilà ce que tu es ; car ce que tu fais ressemble aux dieux.    (140)

Pas plus que les DAUPHINS marins sur la terre, les TAUREAUX                                  

sur le passage marin ne s’avancent en cortège ;

mais toi, sur la terre comme sur le passage marin, sans trembler tu bondis : tes sabots te

                                                                                                                    [servent de rames.

Et naturellement peut-être, lancé vers le haut sur l’étincelle de l’air                                

– aussi vif que les oiseaux, tu vas t’envoler !                                                                                        (145) 

Hélas moi, je suis terriblement malheureuse, moi qui, la maison

paternelle laissée au loin, dans le sillage de ce bovin,

trace en errante solitaire le sillage d’une étrange navigation.

Mais toi, le PROTECTEUR de la mer blanchissante, l’ÉBRANLEUR de

                                                                                                                      [la terre,            

puisses-tu venir à ma rencontre avec tes faveurs, toi que je m’attends à voir                  (150)

diriger cette navigation en m’ouvrant la route.

En effet, ce n’est pas sans un divin secours que de ces parages je foule les routes

                                                                                                                     [liquides. »

 

VII.   Elle avait ainsi parlé ; pour lui répondre, le bovin bien cornu lui dit :

« Prends courage, ô vierge, n’aie pas peur des rouleaux marins.                                        

En personne, je suis ZEUS, même si de près j’apparais aux yeux comme étant       (155)

un TAUREAU : car je peux prendre n’importe quelle apparence pour peu que je le

                                                                                                                    [veuille.

Mon désir de toi m’a envoyé parcourir une telle distance saline

sous l’aspect d’un TAUREAU ! Mais la CRÈTE à présent t’accueillera,

elle qui m’a nourri moi aussi et où tes noces                                                                      

vont être célébrées. De moi tu feras naître d’illustres fils,                                                     (160)

qui tendront tous un SCEPTRE aux mortels. »

Il avait ainsi parlé : ses paroles furent immédiatement suivies d’effet, car leurs yeux

                                                                                                                  [découvraient

la CRÈTE, et ZEUS reprit sa propre forme,

puis lui ôta sa ceinture : un lit devant elle fut dressé par les HEURES ;

elle, auparavant jeune fille, de ZEUS devint aussitôt l’épouse                                      (165)

et pour le fils de CRONOS elle conçut des enfants en devenant mère aussitôt. 

 

 

A nous donc d’entrer ou de rester en veille salutaire, de monter le guet de la paix, de nous montrer porteurs et transmetteurs d’une liberté créatrice, car solidaire ! Ensemble, soyons bâtisseurs d’Union :

SUIVONS LA LIGNE EUROPTIMISTE

EN DIGNES CITOYENS ARTISTES !

 

La cathédrale de Strasbourg boitait

Jusqu’à présent dans le ciel, mais la paix

La tire hors du vertige

Et plus haut que le prestige :

Dans un esprit d’humble invention,

Construisons ensemble l’Union

Intégrée, orientée et mue

Par Eur-Ope et sa Large-Vue.

 

 Les deux phares de Strasbourg.

 

     

L’unique achèvement

De cette cathédrale

Réside au firmament

Où brillent douze étoiles :

Une agglomération

Est devenue symbole,

Et surtout instrument, de réconciliation ;

Qu’au souffle solidaire elle creuse et s’envole !

 

Par son Défi des Bâtisseurs, ARTE

Nous convie à fonder la liberté :

La seule complétude

Se situe dans l’étude

Relancée avec passion

Par le concert des nations…

 

 

 

 

 

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