Dans le roman de Pamela Lyndon Travers (1934) et dans le dessin à la craie de Bert, comme un cheveu sur la soupe de Londres ou de toute la terre, comme un coquelicot fragile (poppy) changeant les serres de la stupidité la plus opaque en vastes cerfs-volants de danses et de chants, Mary Poppins tombe du ciel pour transfigurer, sous les traits de Julie Andrews, la suie de la pluie en allégresse ailée, partagée, libératrice autant que libérée, dans le film de Robert Stevenson produit par Walt Disney trente ans après.

Dès lors, les insultes des adultes ne touchent plus les enfants, qui font sortir les grands de dessous leurs carcans de sous et de gants ! Juste après dans les années 60, dans les mêmes Etats-Unis pris par la conquête spatiale, des mots anglais se mâtinent d’allemand pour une envolée aussi enlevée, sous les doigts de Tomi Ungerer exilé.

On sait que le satellite de notre planète porte un nom masculin en allemand et féminin en français : Der Mondmann (ou l’homme du cercle lunaire) est aussi, naturellement, Jean de la Lune. Mais, comme le suggérait le précédent billet de Théâme,  il fallait attendre les premiers pas de l’homme sur la lune et spécialement le film franco-germano-irlandais que vient de réaliser sous le même titre, avec Tomi Ungerer, Stephan Schesch – pour entendre les inflexions essentielles, relationnelles, voire christiques, de ce candide personnage à la voix mi-grave, mi-fraîche.

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Il faut surtout entrer dans l’insolite jardin de la villa Greiner à Strasbourg, accueillant le Musée Tomi Ungerer et le Centre International de l’Illustration, pour voir se métamorphoser les queues d’attente en clins d’œil, les seuils en rayons de soleil ou du moins de livres, enfin le petit être lunaire en doux et discret messager de paix…

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Précisément, ce dessin s’agrémentera bientôt d’étoiles européennes, puis de deux sourires, en s’inversant et en commémorant par un timbre le Traité de l’Elysée : quel encouragement à utiliser au sein de l’amitié franco-allemande des verres jumeaux et complémentaires d'”Eur-Optique” pour correspondre, pour affranchir, pour ensemble regarder encore plus loin, comme nous y engage notre nom d’Eur-Ope, c’est-à-dire de Large-Vue !

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Ces évolutions convergentes se confirment dans l’irrésistible progression du Mondmann jusqu’à la libellule de pellicule cinématographique appelée Jean de la Lune : alors que dans l’édition allemande traduite de l’anglais en 1966 le ton de Tomi était encore misanthrope, grinçant de déception, le film d’animation de 2012 vient instaurer, voire inspirer, de réelles démarches personnelles, des “visites” interactives, amicales et chaleureuses, même à travers le glacial univers également désigné par Weltraum (ou espace cosmique) qui se déploie dans les belles pages de garde de l’ouvrage.

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La lumière paraît en pleine obscurité – cette dernière nia toute hospitalité…

La parole prit vie, planta même sa tente, parmi nous : sa gloire ne resta pas latente…

Abondance de grâce et don de vérité !

Quels sont ces mots familiers autant que mystérieux, sinon le début de la Bonne Nouvelle selon Jean dans une traduction proposée par Théâme ? Voici d’ailleurs la fin du même chapitre,

car la parole demeure et vole :

“Vous allez voir le ciel grand ouvert et les envoyés divins dans l’air”.

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L’œuvre portée à l’écran par Tomi et Stephan n’est-elle pas tissée de mille fils d’or reçus, puis reliés, pour notamment servir d’apologue tendre à ce sacré prologue ? En tout cas, merci également à la chaîne W 9 d’avoir hier programmé le film où Mary nous appelle encore à nous élever, si possible avec grâce, vers un peu plus d’humanité.

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