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Emile Friant, https://i.ytimg.com/vi/0EhXtrKmnGM/maxresdefault.jpg

Comme les écluses, les fleuves de l’histoire nous mènent plus loin : à l’estuaire qui est aussi la source !

Dans son nouveau livre, daté d’un séjour à l’hôpital Cochin, Michel Serres salue ainsi l’avènement du salut en cours parmi nous :

L’âge de l’Esprit – la vie – cherche, malaisément – comme le nouveau-né s’efforce malaisément de traverser le canal de sa mère en travail – à succéder au sacrifice tragique, marque de l’âge du Fils mis à mort, et à s’extraire de son emprise.

Sage-femme, je chante sa délivrance. (Michel Serres, Darwin, Bonaparte et le Samaritain [Essai Le Pommier !], pages 108-109 et 141)

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Alors Marie, mère du Fils, donc un peu de l’Esprit, devient paradoxalement l’image de la Samaritaine secourable (cf. Bonne Nouvelle selon saint Luc, 10, 33-34), respirant à travers

l’infirmière, la mère, le thaumaturge, la Pietà, le médecin [divin :]

doux comme les signes et la langue, doux à l’inverse de la violence et de la mort. Soignant. Parlant. Immortel. Ressuscité. (Michel Serres, Darwin, Bonaparte et le Samaritain, pages 108-109, 141.)

De même, en rendant hommage à l’un des peintres nancéiens sous le titre Au revoir Monsieur Friant, Philippe Claudel rétablit de vivants souvenirs vivifiants. Il met à l’honneur en effet, du même coup, sa propre grand-mère, domestique, éclusière, qui fut son institutrice – c’est-à-dire la tendre fondation qui l‘institua, l’instruisit, puis ainsi le construisit – et qu’il semble revoir au miroir d’une peinture née en sa présence de servante : “Retiens par cœur !”, lui avait-elle répété. Précisément, il s’en donne à cœur joie, parmi les maux dérisoires, les merveilles et les mots.

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Prenons-le donc à son tour au mot : il faut revoir Monsieur Friant, pour sauver par le cœur la fleur qui sans la main clairvoyante se meurt, et pour faire naître d’aimantes fenêtres.

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Au vu de ces fantasques variations évangéliques, il n’est pas étonnant que la chanson “La Samaritaine” soit devenue dans les bouches et les danses enfantines “Sainte Marie Taine, Taine, Taine”. D’ailleurs, en ces heures qui préludent à la fête de la Nativité, se diffuse un guide sous l’impulsion de l’agence Magnum et du photographe Dworzak pour informer les réfugiés sur l’Europe : Europa Book. Dans le sillage d’Europe – l’immigrée qui sans le pressentir fonda l’Europe, Marie la généreuse voyageuse donna certes chair au Verbe en bonne Samaritaine, mais elle ouvre aussi, tout grand aujourd’hui, nos yeux et nos portes aux errants, aux exclus qui se sentent perdus.

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http://time.com/4608032/europa-guidebook/

 

 

 

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