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Jouons avec les mots, ne fût-ce qu’un peu : quand certaine chaîne s’empare d’un octroi, c’est-à-dire d’un endroit où se délivraient des autorisations de circulation, quand elle joue elle-même à saute-barrières et saute-rivières, alors se dégagent les portes et se délient les langues, tandis que les reflets lancent leurs ricochets, leurs gambades de façades, en perçant les écrans… Dès lors les nouvelles ruissellent de projets, les images de partages, et le Parlement européen se prend même un air marmoréen. Si donc ARTE s’octroie un octroi près d’une caserne, s’entrouvre désormais une impénétrable caverne ; que vraiment les idées soient libres, même et surtout de libérer : “Die Gedanken sind frei. D’ailleurs, dans l’étymologie de cet adjectif allemand, de la liberté sont indissociables amitié, confiance, joie et paix, donc bien plus que des idées : des réalisations à portée de mains.

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Cependant, l’exil et l’exode tissent, dans la douleur des arrachements, notre condition depuis trois millénaires qu’Europe fut enlevée à la terre syro-libanaise – qui voit sur son seuil pleurer tant de deuils interminables – vers le continent qui obscurément naquit de son irruption à la crête d’une île vibrante, la Crète… Sans trop s’en souvenir, mais concrètement, portant ce nom symbolique et mythique, l’Union continue de peiner, cheminer, vers l’harmonie d’une autre vie.

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Ainsi, lentement, trop prudemment au goût de certains, trop frileusement souvent, l’EurOpe devient ce qu’elle est : dans son appellation d’abord proche-orientale, le Couchant, quand elle se tourna vers lui, laissa la place au levant d’un regard grand ouvert, aux termes grecs d’une Large-Vue qui veut soulager, protéger, pour mieux se propager. Mais, tragiquement, son Prix Nobel de la Paix 2012, loin de lui donner les ailes du courage ou de l’innovation, semble lui peser comme l’offre empoisonnée de Néron que repousse la jeune Junie, ne méritant “Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité” (Racine, Britannicus, acte II, scène 3).

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Par-delà l’indifférence, l’amnésie et la courte vue des membres européens qu’épargne la guerre pour la première fois sur plus de 60 années consécutives, la merveille n’est-elle pas néanmoins cette écoute approfondie par la difficulté de la traduction simultanée, cette attention labourée en quelque sorte par la menace du malentendu – bref, ce constant effort constructif de respect dans des tables rondes aussitôt diffusées pour que les citoyens contribuent à la paix, d’une manière autant spontanée qu’avisée ? Trop longtemps vide et vain, mort de froid et de faim, l’inutile édicule sur les quais sort soudain de son sort ridicule : il s’ouvre, flambant neuf, à l’équipe de neuf journalistes qui cherchaient leur place au sein de la maison mère, en face. Merci donc, ARTE, de nous octroyer, notamment par l’octroi qui dilate la chaîne de solidarité comme un vibrant foyer fraternel, l’élan d’une action sereine démultipliant la clarté pour inventer la liberté.

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