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Ce sont là des nouvelles aussi graves que belles : le “vous” s’y noue souvent au “nous” et les récurrences y poussent, y dansent.  Parés de tics de langage ou d’habits, les mêmes personnages réapparaissent, entre la tristesse et la souriante tendresse : tout kibboutz abrite-t-il vraiment des “amis” ?

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Poussière diurne et chacals nocturnes n’empêchent pas l’humble travail d’exulter ni l’intériorité, parfois, d’écouter. Le village alors est caisse de résonance pour la violence comme pour le silence : “Il n’était pas croyant, mais dans les moments de solitude et de complet silence, tel cet instant, il avait l’impression que quelqu’un l’attendait, jour et nuit, patiemment, sans un mot ni un geste, pour l’éternité. (page 97)”  Les membres de la communauté peuvent encore se dire sans desserrer les lèvres, par-delà calomnies et rosseries, “étonne-moi” (page 104), tandis que d’autres constatent en monologue intérieur, mais sans résignation : “Les gens ne s’aiment plus” (page 115).

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D’ailleurs, ces huit nouvelles d’Amos Oz traduites de l’hébreu, tout récemment, par Sylvie Cohen et publiées par Gallimard se complètent en un crescendo de longueur et de puissance évocatoire. “Deir Ajloun” se déroule à l’ombre d’un village en ruine, qui pourtant lègue obscurément à la collectivité son sens de la verticalité, comme au personnage de Yotam le sens de l’écoute suprême : “Il se pencha dans le puits, ne distingua que les ténèbres et crut entendre le murmure lointain de la mer, comme lorsqu’on approche un coquillage de son oreille. (page 132)”. Par-delà les références directes à Marx ou implicites à Rousseau comme à Platon, l’ultime nouvelle développe encore ce souffle de  fraîcheur salubre et salvatrice, transfigurant la suffocante solitude en une flûte chantante, nous avertissant – tout en nous tissant – autour de l’espéranto, plus exactement de l’essentielle inspiration : “Nous nous ligotons les uns les autres de nos propres mains” (page 144), mais dans l’espoir que se lève “une agréable et rafraîchissante brise d’ouest” (page 155). Oui, lis, vis “entre amis” !

 

One Reply to “Lis et vis “Entre amis” !”

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