P1080774. Jbeil Byblos Théâtre

Plusieurs enfants continuent de jouer dans le théâtre qu’offre Jbeil ou Byblos.

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Le plus ancien n’y est présent qu’à distance, sur une roche sculptée dans le désert du Sinaï pour honorer une déesse familière au Jbeil du deuxième millénaire avant Jésus-Christ : le sphinx rose de Sérabit el-Khadim (ou Montagne du serviteur) livra son secret au siècle dernier, devenant à son tour une pierre de Rosette. En effet sur ses flancs, si d’un côté des hiéroglyphes saluaient Hathor (déesse égyptienne à la bovine beauté raffinée), de l’autre des caractères adorant simplement Baâlat (“maîtresse” du futur Byblos) révélèrent au monde après 3 500 ans, parmi d’immémoriales mines de turquoise, les balbutiements de l’alphabet. Ajoutons que le chef taurin d’a(leph) quelques décennies plus tard, au XIIIe siècle, allait prendre définitivement la place de tête à partir du nord de la Phénicie, alors que s’épanouissait un système d’écriture encore cunéiforme, mais déjà simple, à Ougarit .

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De ce fait, surgit naturellement un autre gosse de Byblos, plus grave encore, mais portant les mêmes signes de vie : c’est le sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos. Vers le XIe siècle y est gravée la plus antique inscription alphabétique parvenue à son accomplissement.

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Est-ce un hasard si la mosaïque du IIIe siècle de notre ère dite de Byblos et représentant l’essor vers l’Occident d’une autre fille de Phénicie, appelée Eur-Ope, ouvrant grand sa Large-Vue au-dessus de la bovine monture qui l’emporte, voisine au Musée National de Beyrouth avec ce sarcophage, au point de lancer un muet dialogue ?

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Toujours est-il que L’Aventure des écritures de la Bibliothèque Nationale de France nous entraîne dans un sillage aussi fascinant que stimulant : sous la direction de Françoise Briquel-Chatonnet, cet ouvrage ou ce site montre la lente et pourtant nette éclosion d’une écriture d’abord acrophonique, où un signe stylise certes un objet familier, mais où il  représente surtout le premier phonème du terme servant à désigner cet objet, donc un seul son ! En voici une idée par l’insertion du schéma tiré de cette Aventure :

Pour réciter son alphabet dans la sphère phénicienne, on disait pour commencer 

bœuf (’A-leph = /’/)
maison (B-eth = /b/)
chameau (G-imel = /g/)
porte (D-aleth = /d/)

Dès lors, le nœud de Jbeil se consolide et s’intensifie. Non contente d’avoir mis en œuvre, depuis le culte lointain de Baâlat et l’inscription funéraire d’Ahiram, les moyens de communication écrite les plus féconds, car les plus commodes, cette ville assume pleinement son nom grec de Byblos en traitant, transformant et commercialisant le papier de papyrus égyptien : c’est donc l’aube du livre, de la bible et de toutes les bibliothèques, comme si les livres étaient tous les gosses de Byblos.

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Mais, plus mystérieusement et plus près de nous, un autre gosse de Byblos fait parler de lui, plus fort encore que les innombrables manuscrits révolutionnaires qui lui ont en quelque sorte ouvert comme à nous d’autres horizons : même si saint Charbel est né à quelque distance, puis a vécu sur les hauteurs, de la baie où s’est ancrée cette exceptionnelle cité, sa confiance paternelle et filiale fait de lui l’enfant de Jbeil le plus libre, le plus libérateur, si l’on en croit son action bienfaisante et spirituelle par-delà les limites mortelles.

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