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Mer et monts, démons et merveilles, guerre et paix… la vie de la flamme et l’oiseau de l’âme unis dans le phénix musicien qui symbolise les Phéniciens, racines et rames, les trésors et l’essor, les itinéraires sur des millénaires… Le Liban est creuset fraternel de progrès, où les contrastes brisent les castes, où les communications créent les réconciliations, où respirent les tentes pour que le cœur invente, où l’alphabet va main dans la main avec le cèdre pour les marins !

Lebanese journalists and photographers tour the Jeita Grotto by boat during a media day to campaign for the selection of the Jeitta Grotto as one of the seven natural wonders of the world

 

Dans ces contrées à Béthanie, Marthe aujourd’hui fêtée a su demander deux fois à Jésus comment atteindre la vraie vie… D’ailleurs, sous la chaleur qui montait de l’Afrique jusqu’au siège d’Arte depuis plusieurs jours, il était bon de se replonger dans les psaumes grecs de la Septante : en voici deux passages traduits par Théâme. On y reconnaît d’abord l’aventure marine et nautique lancée du Liban par les Phéniciens.

Psaume 107 (106)  (versets 23-37) :

Ceux qui descendent vers la mer dans des navires, faisant leur ouvrage dans les eaux nombreuses,

eux-mêmes ont vu les œuvres du Seigneur et ses prodiges dans l’abîme.

Il dit : alors s’éleva le souffle de l’ouragan, s’exaltèrent ses flots.

Ils montent jusqu’aux cieux et descendent jusqu’aux abysses, leur âme dans les maux se consumait.

Ils furent troublés, chancelants comme l’homme ivre,  et toute leur sagesse fut engloutie.

Et ils crièrent vers le Seigneur dans leur accablement, et hors de leurs nécessités sa main les conduisit.

Et il donna des ordres à l’ouragan qui s’éleva en brise, et se turent ses flots.

Ils furent dans la joie d’avoir retrouvé le repos et il les guida vers le port de leur désir.

Ils rendirent grâce au Seigneur pour sa miséricorde, pour ses prodiges à l’égard des fils des hommes.

Ils le glorifièrent dans l’assemblée du peuple et, sur le siège des prêtres, ils le mirent à l’honneur.

Mais il fit des fleuves un désert, des points d’eau une pépie,

d’une terre riche en fruits un salpêtre à partir du mal commis par ses habitants.

Puis il fit du désert des lacs d’eau vive, et de la terre sèche des points d’eau.

Et il établit là des affamés : ils organisèrent une ville de résidence.

Ils ensemencèrent des champs, ils plantèrent des vignes, ils récoltèrent des productions du sol.

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Vient la voix du calame que jamais rien n’entame ;  reliée à Tyr comme à Sidon, telle une princesse prise de frissons qui repart sans cesse ouvrir l’horizon pour que l’air renaisse, voici l’apparition mystérieuse et radieuse contre nos perditions, l’arôme du Psaume quarante-cinq (ou -quatre), où l’on sent le pardon affluer en dons et battre :

Inspiré par l’aimé.

Il est sorti de mon cœur un cri, une parole bonne : je dis mes œuvres au roi, ma langue est un roseau de scribe aux traits vifs.

Perfection de beauté parmi les fils des hommes ; répandue est la grâce sur tes lèvres : c’est pourquoi vint sur toi la bénédiction de Dieu pour les ères à venir.

[…]

Ecoute, ma fille, regarde, incline ton oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père.

Car le désir du roi s’est posé sur ta beauté, car il est ton seigneur.

Se prosterneront devant lui les filles de Tyr parmi les cadeaux : ton visage sera saisi de supplication par les riches du peuple.

[…]

Elles seront amenées dans l’aise étincelante, embarquées sur un bateau du roi.

Pour remplacer tes pères te sont nés des fils : tu les établiras comme gouverneurs de la terre entière.

L’on se souviendra de ton nom dans chaque génération et chaque génération. C’est pourquoi les peuples te rendront grâce pour les ères des ères à venir.

De même, au tournant des ères quelques siècles plus tard, le poète latin Horace met en scène dans une ode la jeune Europe effrayée par sa mésaventure avec un étrange taureau, mais comblée de gloire à travers son nom, dans la traduction également proposée par Théâme :

Près d’elle qui se plaignait se tenait avec un perfide sourire Vénus ainsi que, toute tension relâchée, son fils avec son arc.

Bientôt, quand elle se fut assez jouée : « Abstiens-toi, dit Vénus, des rages et de la lutte brûlante, quand à toi et à ta haine, pour que tu les déchires, le taureau te rendra ses cornes.

L’épouse de Jupiter invaincu, tu l’es à ton insu. Au large, tes sanglots ; la grandeur de ta fortune, apprends à bien l’assumer : c’est de ton nom profond que chaque arc du cercle terrestre sera porteur. »

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Cette surprenante promotion biblique, cette fortune souveraine et partagée, n’incarnent-elles pas successivement la démocratie réalisée par les moyens phéniciens de communication, devenus nôtres et puis apôtres, ou plutôt instruments, de liberté ? Zeus le suggérait en accostant symboliquement avec Europe en Crète dans l’idylle grecque du Sicilien Moschos, qui composa quelques décennies avant Horace ces vers aussi traduits par Théâme :

Le désir de toi m’a envoyé parcourir une telle distance saline sous l’aspect d’un taureau !

Mais la Crète à présent t’accueillera, elle qui m’a nourri moi aussi et où tes noces vont être célébrées.

De moi tu feras naître d’illustres fils, qui tendront tous un sceptre aux mortels. 

Car le sceptre offert ainsi n’est-il pas l’outil aussi léger qu’indispensable qui nous permet, à travers l’espace et le temps, d’écrire, d’instruire et d’émanciper, pour voir au-delà du visible, pour mettre en œuvre l’impossible, pour finalement changer en amis les étrangers ? C’est ainsi que la terre libanaise dans sa fraîcheur alimente nos braises. Tant ses bateaux que ses roseaux, par l’antique psalmiste, nous remettent en piste.

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