On connaissait “Les Tilleuls de Lautenbach”, roman régionaliste de Jean Egen qui naquit au pied de la façade photographiée ci-dessus, dans la vallée de Guebwiller en haute Alsace.

Or, dès à présent, poussent les tilleuls destinés à la place du Château, donc au coeur de Strasbourg. A tout prendre, on se croira bientôt en pleine campagne au pied de cette vertigineuse cathédrale, au centre d’un lycée et de musées plusieurs fois centenaires : car, au milieu des jets d’eau, jailliront même des “socles-reposoirs”, dans le sillage non seulement du socle qui tout près porte l’immense envol harpé du grès et des prières, mais aussi des bancs-reposoirs dont les deux Napoléon (“Napi” en dialecte alsacien) ont voulu doter les paysans alsaciens au XIXe siècle.

 

Cet étrange dispositif vertical et carré de pierres de taille toutes roses laisse passer la présence champêtre, la danse des nuances végétales, la lumière et la brise, comme une fenêtre surréaliste, comme une scène encore ouverte çà et là sur les collines, les rivières et les montagnes. Ne vaudrait-il pas mieux le reproduire entier sur la place du Château, avec sa poutre supérieure utile comme un rayon hospitalier aux fardeaux fatiguant les pauvres têtes, mais aussi comme une protection contre les puissants rayons du soleil estival ? Le fait est qu’il saurait encore, sinon remplacer, du moins alléger l’alignement de sarcophages modernes prévu pour les socles-reposoirs sophistiqués et plutôt inesthétiques de cette place en cours de réaménagement. Les indications aussi discrètes que durables, tantôt explications, tantôt directions, destinées à de tels reposoirs seront d’autant plus commodes à découvrir, puis exploiter, que les passants pourront les partager dans cette alcôve à l’air libre, près des mâts de lumière, dans les effluves et le feuillage clair des tilleuls qui se plaisent en nos contrées, comme le prouve le fameux lied du “Lindenbaum”… Ne pourrait-on imaginer au moins un groupe sculpté permettant aux deux sauveteurs de la cathédrale, Sultzer dans la tourmente de la Révolution française et Knauth juste avant la première guerre mondiale, de se délasser ensemble sur un de ces bancs de repos, que leurs énormes outils, un bonnet phrygien pour la flèche menacée, puis des blocs de consolidation pour son socle, ont largement mérité ?

Vous l’avez constaté, la façade actuelle de la collégiale de Lautenbach se rapproche de la silhouette fine et sacrée qui se détache bien plus haut sur Strasbourg. De plus, comme nous l’avons ci-dessus annoncé, le tilleul va relier les deux édifices en les auréolant de ses branches vert tendre et suaves. Ils ont un autre point en commun, certes plus confidentiel, mais véridique et méritant d’être mis en relief. Car tous deux ont favorisé l’éclosion des Lumières, la cathédrale de Strasbourg en témoignant avec autant d’éclat de l’Evangile, la collégiale de Lautenbach en portant la marque du personnage qui lui fut involontairement fatal et qui la glorifia définitivement : Manegold de Lautenbach, premier concepteur du Contrat Social dans le feu de la querelle des Investitures… au XIe siècle. En effet, comme les historiens de la démocratie l’établissent actuellement à l’échelle internationale, son “Livre à Gebhard” alluma longtemps à l’avance et pour longtemps le brûlot de la liberté de conscience ! Comme pour souligner d’un sourire la qualité subversive de l’air qui souffle sur Lautenbach depuis sa fondation remontant au VIIIe siècle après Jésus-Christ, alors que son ancienne gare et des chalets de crête vosgienne ont servi de décor au film de F. Truffaut “Jules et Jim”, c’est l’histoire authentique de Stéphane Hessel qui fut ainsi romancée, puis portée à l’écran.

“Indignons-nous” donc si nos hauts lieux d’Alsace et d’Europe ne sont capables ni de se rappeler ni a fortiori d’entretenir la flamme de l’essentielle et toujours jeune liberté. Un courrier des lecteurs paru ce 19 janvier dans les “Dernières Nouvelles d’Alsace” voudrait simplement contribuer à ce que dans une Capitale européenne s’inscrive, au lieu de formules creuses, la rencontre des Européens par la rencontre des projets, par l’exercice de la démocratie à tous les niveaux, et pour que se développe ainsi le nerf vital de la liberté solidaire.

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« Lieu d’Europe » : des villas fonctionnelles, mais d’abord accueillantes

« Merci aux DNA d’informer les lecteurs de l’édition de Strasbourg de l’échéancier proposé pour la création du Lieu d’Europe à l’entrée de la Robertsau.

Précisons que le Lieu d’Europe verra le jour parce qu’un comité de soutien à la création d’un Lieu d’Europe à Strasbourg a été réuni voilà plusieurs années par Henri Mathian et par Alexis Lehmann : ils l’ont animé, relayé auprès des équipes municipales et urbanistiques, avec autant de clairvoyance que d’esprit européen, jusqu’à cette phase opérationnelle. Il s’agit donc de faire aboutir celle-ci dans les mois qui viennent, et pour cela d’exercer toujours mieux cohérence et synergie ensemble.

Or les deux phases de réalisation du Lieu d’Europe sont articulées et indissociables depuis le début de la réflexion menée grâce à la concertation et à la démocratie participative : l’Europe mérite de trouver à Strasbourg un lieu certes évolutif et modulable, mais aussi accessible que le promet le nom de notre cité, la ville-des-routes, de façon que les yeux et l’esprit puissent s’y ouvrir à la réalité de l’Europe, qui désigne littéralement le lieu de la vaste-vue et qui trouve à Strasbourg son centre humain.

L’on peut certes approuver qu’un parcours et un embarcadère soient prévus pour la découverte ou l’utilisation commodes de la villa du Guet (raccourci possible pour nommer facilement la villa Wach du Kaysersguet). Mais l’essentiel reste la cohérence des chantiers en cours ou en projet qui permettront à ses résidents, habituels ou occasionnels, de saisir l’harmonie de la cité deux fois millénaire et sa dimension européenne : chacun des travaux envisagés à l’échelle de la CUS doit et peut avoir l’Europe en tête, pour l’intérêt commun de ses habitants comme des visiteurs de cette capitale européenne et pour que tout Européen s’y sente chez lui.

Si nous voulons réussir l’aménagement déjà prévu d’un parcours depuis la cathédrale (bientôt millénaire — en 2015) et depuis la place du Château, qui rappellent l’apport de l’Évangile et des Lumières aux Droits de l’homme, jusqu’aux Institutions européennes et jusqu’au Lieu d’Europe, rappelons-nous que la ville de Strasbourg tout entière est lieu d’Europe, mais qu’elle a besoin d’un lieu précis, chaleureux et formateur, de manière à pouvoir accueillir et faire émerger la conscience européenne en devenir.

Bonne année donc à Strasbourg, qui va créer un haut lieu simple, ouvert et beau, tour à tour fruit et moyen de la cohérence et de la synergie souhaitées, même obscurément, par les Européens ! »

 

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