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Statues des Pastoureaux Jacinta et Francisco MARTO à la Cova da Iria de Fátima, cliché Théâme.

Après ce retour en arrière et en Algarve, dans le présent billet Théâme vous propose de ne pas laisser l’adieu sans lendemain, mais d’approcher lentement, sur des chemins alsaciens, puis aériens, sur des rimes plus libres, sur le rythme d’Europe devenu portugais, le site de Fátima.

2. La Tente de la Bergère

Entre Belém et Nazaré,

donc de Bethléem à Nazareth,

EUROPORTUGAL 30 juin – 3 juillet 2014.

 

[Vers et à Lisbonne.]

Le satin  Sous les pins

Se fait leste  Et céleste :

Dômes d’arrosoir  Pour bénir le soir.

Les tilleuls s’allument,  L’été se parfume :

Voûtes de bois,  Routes de voix.

Une musique tombe

De l’ordi’

Contre toutes les bombes

Et l’oubli.

Est-ce une mère qui tousse  Ou des gloussements qui poussent ?

Sur le gazon  Grillé, grillons…

 

Les rires

D’un enfant

Nous tirent

En avant.

Peuple d’Europe à mangeoire

A demi  Endormi,

Mobile peuple à nageoires

Sous les jolis terrains  Inconnus et lointains,

Peuple aux oreilles  Bouchées qui veillent,

Tes frontières ont disparu ;  Mais où donc vibre et bat ton but ?

Tout à coup, la mer miraculeuse  Ressuscite l’âme généreuse.

Le rêve dévoilé  Devient réalité :

Europe est revenue,  Déchirant temps et nues.

Attendant que le bien remmaille les filets,  La plage là-bas glisse et brille en long galet.

Puis les ports se suivent  En perlant les rives

Tandis que les îlots  Egrènent leurs grelots.

Survolant les toits rouges,  La ferveur voit et bouge

Avant que les deux bras de l’azur  Ne la rassemblent sur son cœur sûr.

L’avion européen, tout fier, freine   Au-dessus de ces pistes sereines[1]

Pendant qu’un petit Corcovado [2]   Sème son salut vers les bateaux.

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Lisbonne : la tour de Belém, cliché Théâme.

 

[Belém[3].]

Tout lisses

Semblent ces ports :

Le vieil Ulysse

En sort

Encore et nous envoie  Les outils de la joie :

D’un patient accord  Plus fort que la mort,

Lisbonne  Rayonne :

Parvis noir et blanc,  Vagues d’océan.

 

[Estrémadure[4].]

La fenêtre

Dans le mur

Nous fait naître

A l’azur.

Eucalyptus et tuiles  Signent le bus et l’huile.

Langues et lampes montent en chœur,  Les hirondelles de la nuit sans peur

Caressent les deux basiliques  D’un souffle saint comme reliques,

Tant qu’au pas des flambeaux  Leurs flancs paraissent beaux.

 

[Chemin de croix de Fátima.]

Les arbres crissent  Et nous bénissent :

Travaux suspendus  Sur chemin pentu.

Les oliviers s’avancent  Sur des larmes qui dansent.

Les Pastoureaux[5]  Et leur troupeau

Marchent sous les branches,  Arche qui se penche.

A la place des moutons,  Nous descendons et montons.

Jamais ne glissent

Entre pavés

Et pierres lisses

Nos pas lavés :

Invisibles,

Les voyants

Sont vaillants

Et lisibles.

Un rossignol de loin  Baigne nos sols de soins.

Ce ne sont pas des ruines antiques  Sur une voie archéologique,

Mais des gamins,  Des pèlerins,

Sur la route de l’ange  Immuable qui change

Nos esprits  Et qui vit.

 

[Eglise de la Très Sainte Trinité.]

Par des câbles  Impeccables,

La divinité  Vers l’humanité

Cherche à tendre  Ses bras tendres :

Sacrement

De jeunesse

Pour que renaisse

L’être autrement.

La cire

De la liberté

Qui trotte  Et flotte

Partout,  En nous,

Sait dire

Comment méditer.

 

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Sanctuaire de Fátima : cliché Théâme.

 

[Vers Nazaré[6].]

En écho chantent  Les agapanthes

Tandis que l’oraison  Dégage l’horizon.

Quelle inouïe

Lucidité

Chez Lucie

En charité !

Là toute l’Europe apporta sa pierre,  Même petite, aux parois de lumière.

Les éoliennes broient de l’eucalyptus,  Tout aériennes sous les essieux du bus,

Au mortier des carrières,  Pour cuire la prière

Bleue des azulejos

Qui changent les journées  En autant de fournées

Pleines de cadeaux :

Là le ciel s’engouffre  Dans les cœurs qui souffrent.

Du Sitio[7], Vasco de Gama  Partit, se confiant à Nossa

Senhora de Nazaré venue  Du Proche-Orient. S’était-elle mue

A sa rencontre pour que le monde  Formât un jour une unité ronde ?

 

[Nazaré.]

Sans doute, l’océan  Attendait ces géants

Dans son azur candide,

Dans sa bleue blancheur,

Dans un vent limpide

Pour explorateur.

 

[Óbidos.]

Voyez : Europe  Court et galope

Des bateaux  Aux châteaux.

Il fallut une bête  Pour lui lever la tête

Des jeux taurins  Aux plans marins,

De l’écriture   A l’aventure.

Des confins indiens

Soudain les racines   Trempent, cristallines,

Aux sources des liens,

Aux sentes syro-malabares[8]  Qui surent assainir les mares.

 

[Vers Tomar.]

Si la paix  Ne parlait,

Bien terne serait la terre,   Tel un désert où l’on erre.

Au-dessus des questions  S’élève une Gestion :

Déjà sainte,  La Jacinthe

A décrit ses visions  Pour la libération.

La vigne parmi le marbre,

En cette fête du grand apôtre Thomas  Qui transporta vers l’est la croix comme seul mât.

Nous métamorphose en arbres

Vivants : ils aspirent   Et partagent le rire !

 

[Tomar.]

Devant nous se dresse en ce jour   Un palais qui vers nous accourt.

Paniers de l’Esprit et croix de basalte :   La grâce ne se connaît pas de halte.

Même la fleur est en croix   Pour mieux embraser l’effroi.

Les fontaines et les sonneries  Tressaillent sous la clarté chérie.

Escaliers   Et piliers :

Après un séisme[9]   Renaît l’organisme.

Ouvrons l’œil  Sur les seuils

Vers la cuisine  Aux senteurs fines :

La sainte Trinité  Vient nous alimenter.

Les hirondelles  Lient dans leurs ailes

Colimaçons  Et papillons.

Sortons des labyrinthes,  Car des solutions tintent,

Où le sommeil  Boit le soleil,

Tandis que là-haut des éoliennes  Dansent ensemble une tyrolienne.

Sur les chemins  Libres sans fin,

L’albâtre  Des cloîtres

Enchaîne des moments  Pour rendre plus aimant.

 

[Esplanade des sanctuaires à Fátima.]

Richesse

En action,

Tendresse

En fonction :

Tout près, la Tente des apparitions palpite  De souffles et de voix, de modestes pépites.

Soudain le citron  Redresse nos fronts :

Quel sacrifice fume ?  L’arôme qui s’allume.

 

[1] Airbus est un constructeur aérien européen et Lisbonne dérive d’un nom phénicien signifiant « port serein ».

[2] Une réplique du Christ Rédempteur se détache sur la rive gauche du Tage.

[3] Quartier de Lisbonne baigné par le Tage.

[4] Ancienne province portugaise adossée à la province espagnole du même nom.

[5] Francisco et Jacinta MARTO ainsi que leur cousine Lúcia DOS SANTOS, décédée en 2005.

[6] Référence à Nazareth d’où serait jusqu’ici venue, au début de l’ère chrétienne, une statuette de Vierge noire.

[7] Sommet du promontoire qui surplombe Nazaré.

[8] L’apôtre Thomas aurait évangélisé jusqu’à l’Inde : il en émana le rite syro-malabar.

[9] En 1755, le tremblement de terre le plus violent de l’histoire européenne détruisit ce pays et porta le nom de Lisbonne.

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