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Cliché Théâme.

Lorsque des pleurs viennent boucher notre horizon, que le souffle manque aux petits ou vieux poumons, que les bronches soudain bronchent, un arbre à l’envers montre l’univers et d’invisibles ramures où pousse une haleine mûre…

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Inversion du schéma respiratoire, http://static.intellego.fr/uploads/1/1/1163/media/BIODIDAC/SCHEMA%20ARBRE%20BRONCHIQUE%20HOMME%20HUMN083B(2).gif

Les rames de barque, de tram, de train, de papier ou de métropolitain ont déjà fait sonner la vielle du visionnaire Supervielle dans son

Hommage à la vie, 1943 :

C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu
[…]
D’avoir aimé la terre,
La lune et le soleil,
Comme des familiers
Qui n’ont pas leurs pareils
[…]
D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petit coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.
C’est beau d’avoir connu
L’ombre sous le feuillage
[…]
Accompagné la peine
Du sang noir dans nos veines
Et doré son silence
De l’étoile Patience
[…]
D’avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée,
De l’avoir enfermée
Dans cette poésie.

Alors nous débarquons même dans un Salon dont les visiteurs se promènent autour des livres : leurs haleines se confondent pour confondre le bruit, réinstaurer l’attention qui construit, transfigurer les mots en notes dont l’harmonie délivre et trotte…

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http://www.colmar-expo.fr/file/2015/04/13567203_1814651008767570_2419413714711354256_n.jpg

Le Français François Cheng venu de loin demeure du mystère le témoin : De l’âme donne presque à toucher “la psychè“, ce ramage dru d’images, ce souffle aussi ténu qu’indispensable et frais. “Tout au bout de la nuit, faisait dire dans ses Dialogues Bernanos à l’une des Carmélites, on retrouve une autre aurore…” Plus près de nous, poursuit François Cheng dans ces “Lettres à une amie” tissées de poésie ou plutôt de présence prévenante, J.-M. G. Le Clézio définit l’âme comme le “signe de Dieu dans chaque corps”. Est-ce le sens profond de l’âme d’un violon, ou de certains logos qui nous font face et parfois nous acculent à l’arrière de véhicules dits modernes ? On pourrait deviner l’âme sous cette cape de berger, surtout en période électorale où des candidats sont capables de répéter : “Ma conscience me regarde”… N’effrayons donc pas l’âme par nos trop lourdes rames : laissons l’essor à ce trésor qui nous montre la route à simples coups d’écoute !

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Collé sur une camionnette venue du Sud-Ouest, cliché Théâme.

Revenons aux solaires sommets de l’Asie comme de la poésie intime, celle où le poignant frémissement de Victor Hugo change en un chant bouleversant l’approche suspendue de sa fille brutalement disparue : “Je l’attendais ainsi qu’un oiseau qu’on espère” (Les Contemplations.) Et laissons en nous l’arbre de la secrète respiration bien se remettre à l’endroit, pour qu’ensemble les âmes se tiennent prêtes, que nul silence ne leur soit trop étroit, mais que leurs tendres charges leur ouvrent le grand large.

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Augustin Hiebel au Népal, “Un rayon qu’on espère” : http://www.hiebel.info/la-beaute-grandeur-nature/

2 Replies to “Les rames de l’âme.

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