Dernière fleur de l’orchidée arrivée en hiver.

Voici qu’après trois ans et demi s’impose le même titre ami… En cette journée de la Terre, les confinés en galère errent, humiliés par le fiel de la maladie, mais reliés par le ciel vers l’harmonie. Comment ramer sous la tempête, sans perdre la tête et sans se pâmer ? Col de cygne, chant du signe, cherchant un second bras – comme la trame d’une autre rame – pour mieux franchir le pas, l’orchidée tend l’idée au-dessus de la mort et diffuse l’essor. Car “la vérité démarre à deux”, dit Nietzsche. Qui barre de gaieté de cœur l’accord des couleurs ou des paroles lorsque s’envole de l’Europe le jet de lumière et de paix ?

Mulhouse, l’aube sur la Tour de l’Europe.

Dans les ramures et les murmures du matin, fort et fin le soleil oriente sur ses eaux l’haleine inconsciente des bateaux.

Mulhouse, l’aurore sur la Tour de l’Europe.

Quel est donc le phare sauvant de la mare ? La poésie peut-être, appel sans voix, sans pression, sans label. Dans son souffle qui vibre, nous sommes noués et libres : elle est “faite par tous”, disait Lautréamont, “non par un”. Donc ensemble, en silence, écoutons, non pas les mages, mais les ramages, leurs sons, leurs tons…

Le rideau et l’oiseau.

Quand ils quittent les branches, les moineaux, les ramiers, nous redressent les hanches, les mains, mieux qu’un levier. Que désormais nul ne se retranche plus en sa caverne ou son terrier !

Si notre vie est moins qu’une journée

En l’éternel, si l’an qui fait le tour

Chasse nos jours sans espoir de retour,

Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,

Si pour voler en un plus clair séjour,

Tu as au dos l’aile bien empennée ?

Joachim du Bellay, “L’Idée” dans L’Olive.

L’esprit est timonier grâce aux rames de notre âme, pionnier, non prisonnier. Annick de Souzenelle avec douceur rappelle le joyeux devoir de voir dans le noir de notre “cellule” l’aube majuscule… Car une “information” nous relie à la vie par l’incarnation.

Capture d’écran : sous le soleil, début de l’entretien
d’Annick de Souzenelle sur les incidences du coronavirus.

“L’humanité grandit”, affirme-t-elle, par “le faire intérieur”, par “les racines-ciel”. Car la terre ne nourrit plus, étranglée sous nos “fausses couronnes” qui pour la première fois de l’histoire brutalisent, tétanisent et “paralysent l’humanité tout entière”… Il est temps maintenant de “passer de l’animal aux dieux” que nous sommes engagés à devenir par “notre Seigneur intérieur” (psaume 81, Jn 10). Notre “saint nom est l’épée” (Ap 19) par laquelle “l’amour est le prince des mutations”, et “la dynamique de l’accomplissement” : que nos rames soient légères pour nous sortir des galères ! Empêchons les “petits monstres” de noyauter notre âme, préférons “l’intime royauté”.

Capture d’écran : dans la lumière, fin de l’entretien
d’Annick de Souzenelle sur le coronavirus.

Puisque les “douleurs de l’enfantement” annoncées par le Second Testament saisissent le monde et sont en croissance, qu’elles donnent – en nous comme entre nous – naissance au lumineux corps miséricordieux d’un Dieu qui nous englobe et rend glorieux : selon la Bonne Nouvelle incroyable, mais belle, “Lui doit se dilater, mais moi rapetisser” (Jn 3, 30).

Comme une rame infinie, le doigt de Jean le Baptiste montre le Crucifié, page 63
de l’ouvrage “Grünewald – Le Retable d’Issenheim” par H. Geissler, B. Saran, J. Harnest,
A. Mischlewski (avec des photos de Max Seidel), publié par l’Office du Livre, Fribourg,
et la Société française du Livre, Paris, 1973-1974.

One Reply to “Les rames de l’âme, 2.”

  1. Qu’il est tendu dans son geste de montrer, le doigt du Précurseur, très écarté du pouce et formant avec lui comme un oiseau, comme cet oiseau-visiteur à la fenêtre d’un “Pierretciel”. Mais ils sont encore “tensionnels”, ce doigt et cet oiseau, comme l’est sans doute aussi notre courage de ramer dans la tempête et de tenir avec nos rames contre les fortes marées contraires. Pourtant, nous dit encore Annick, il faudrait parvenir à passer de la “lutte contre” à la “lutte avec”, comme lors du combat de Jacob avec l’ange quand l’empoignade devient étreinte… Peut-être aussi passer de la tension du premier Jean à la détente du second Jean, lui qui s’endort sur l’épaule de son Maître, Jean dont l’animal intérieur est cet aigle au noble pennage capable de voler haut par dessus la montagne de l’âme. Oui, puissent nos rames devenir souples comme des ramées. Et nos chants se faire ramages !

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