On sait que les ferments peuvent provoquer soit une ébullition fructueuse, soit un calamiteux bouillonnement. Parmi les tranchées censées assouplir encore la circulation d’une ville fondée entre rivière et fleuve se creuse le socle même sur lequel repose la cathédrale : la place du Château. C’est néanmoins une exceptionnelle chance à saisir d’urgence si la ville qui a choisi la devise “EUROPTIMISTE” veut ancrer au pied de la cathédrale, au cœur de l’Europe, l’orientation spatiale, historique et culturelle dont les visiteurs de Strasbourg ont besoin comme ses habitants pour évoluer dans le vivre ensemble et vers l’avenir.

Malheureusement, l’évolution d’une cité passe par la dialectique des soucis individuels et du bien commun ; il s’agit toujours de neutraliser les ferments hérités des corporations médiévales et qui s’appellent divisions ou prétentions, de manière à faire valoir, faire aimer, finalement à cultiver, l’intérêt général, mieux : la “Vaste-Vue” inscrite dans le nom d’Europe. Cette mission, aussi humble que noble, peut progresser même – ou plutôt surtout – à la faveur des concertations publiques proposées par la démocratie participative…

Encore faut-il que la ville choisisse entre le dessin d’une citadelle et le destin d’une passerelle. La cité strasbourgeoise dont la vocation, gravée dans son appellation actuelle, est la route se doit donc de dépasser sur le fleuve Rhenus-Rhein-Rhin, qui est l’artère principale du corps européen et qui fait l’objet d’une autre exposition à Strasbourg, ses cloisonnements et fortifications, eussent-ils jailli d’un génial cerveau comme celui de Vauban.

Tant il est vrai que le nouveau nom que porte et qui porte la force de frappe est la paix, à l’intérieur comme dans les relations des agglomérations modernes… Du périodique Marché de Noël au futur Parcours des Droits de l’homme, que de promenades se succèdent en enfilade avec autant d’aisance que d’abondance dans les rues, et jusque dans le port, de Strasbourg ! Que de portes nous portent plus loin sous les arcades et les accolades !

 Tant d’itinéraires, frères ou complémentaires, en renouvellement perpétuel, en inépuisable développement, méritent donc élégance et cohérence pour accueillir parmi les habitués les nouveaux venus, mais aussi pour guider ces marcheurs depuis la verticale cathédrale jusqu’à la claire ligne horizontale de l’Europe en bordure de ville, au bout du présent, au seuil de l’avenir à construire, sur la route de l’écoute : en un Lieu d’Europe qui soit digne et capable de voir se croiser dans son espace les deux Europe, celle du Conseil avec celle de l’Union. Ainsi les Serments de Strasbourg exposés en son Musée Historique vont-ils fermant l’incommunicabilité linguistique autant que politique, ouvrant l’ère où déjà voguent les belles nefs du dialogue ; l’harmonisation culturelle de l’Europe semble d’ailleurs se sceller sémantiquement : si le terme français de “serment” a pour germe la notion de “sacré”, son équivalent allemand “Eide” se rattache à la dynamique du parcours !

On pourrait même imaginer sur la place du Château un joli banc de repos traditionnel, mais actuel, pour que les passants rejoignent, entre services et délices partagés, les bienfaiteurs de la cathédrale : Sultzer surgi vainqueur de la Révolution française, Knauth qui eut le temps de refonder la flèche avant d’être expulsé, contemplent à l’ombre de leur protégée la mobilité rieuse et la fluidité gracieuse de cette miraculeuse capitale.

Le ferment se relie étymologiquement à la ferveur comme à l’effervescence. De malentendus en alliances, de ferment de guerre le serment devint donc un levain de paix qu’il est bon de laisser agir siècle après siècle dans la pâte humaine, et d’étendre aux dimensions de la liberté solidaire offertes autant qu’exigées par le déroulement de la civilisation. Comme l’a fait Nicolas de Myre ou de Bari que la navigation fluviale honorera demain particulièrement à Strasbourg, comme on l’a dit également de Hildegarde de Bingen, préférons la vision large aux fatales divisions ! D’ailleurs, si Strasbourg est la capitale de Noël autant que de l’Europe, n’est-ce pas en raison de la dimension prodigieuse de l’Europe, qui fait de chaque jour, si nous le voulons bien, un nouveau Noël ?

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