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Regard de Bernanos en filigrane, player.mashpedia.com .

Les Enfants humiliés.

Tel est le titre choisi par Albert Béguin avec Emmanuel Mounier chez Gallimard, juste après la mort de Georges Bernanos, pour le journal d’un exilé d’Atlantique qu’il avait rédigé au Brésil en 1939-1940, et dont il avait aussitôt confié le premier jet à Henri Michaux sur le point de regagner la France en paquebot, sous le titre Journal de Pirapora. D’autres ouvrages de Bernanos ont connu des aventures semblables, qui suscitent d’autant plus l’étonnement qu’elles se sont achevées dans l’aboutissement inespéré de leur publication, en parallèle à une existence aussi errante apparemment qu’ancrée dans une profonde vocation. A Pirapora, sa maison “s’ouvre sur un pays lui-même ouvert, béant, où les rares clôtures ne sont que de fil barbelé, un couloir large de quatre cents lieues, long de mille”. Théâme se réjouit avec ses abonnés d’être sortie de ses dysfonctionnements et de rejoindre avec eux ce matin l’un des asiles les plus accueillants pour la famille Bernanos : car c’est là que se gère le maigre élevage, que s’élèvent les six enfants Bernanos, que se remplissent des pages blanches de résistance, modulées à la Péguy, entêtées comme un appel d’air et de liberté.

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georgesbernanos.fr

Les refrains bernanosiens

Des formules plus chantantes que lancinantes scandent ce Journal de lignes de vie et de cris de révolte pour continuer de chercher à zébrer d’éclairs, de réveils, un lourd sommeil planétaire, depuis ses souvenirs de Poilu jusqu’à l’éternelle espérance évangélique :

…La Victoire ne nous aimait pas…

…J’ai commencé de servir au niveau le plus bas…

…Nous étions si près de l’enfance…

…La guerre démocratique totalitaire n’a de national que le nom…

… On a volé leur patrie aux Français…

…”Nous partons, disait Péguy, pour la dernière des guerres.”…

…Le seul sentiment qui m’apporte quelque fraîcheur est celui du ridicule…

…M. Hitler est un désespéré…

…J’ai écrit un jour que la colère des désespérés remplirait le monde…

…Les pauvres posséderont la terre…

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Au Brésil, georgesbernanos.fr .

Les enfants ressuscités.

Deux des béatitudes que rappellera la Toussaint toute proche semblent réunies par ce dixième refrain bernanosien : “grande vie aux petits dans l’Esprit” qui déjà “possèdent le Royaume des cieux” et “grande vie aux doux” [qui] “toucheront leur part de terre” (traduction littérale proposée par Théâme pour le texte grec de l’Evangile selon Matthieu, 5, 3 et 5). Or un personnage auquel le premier exil de Bernanos donna le jour à Majorque pendant la guerre d’Espagne raconte dans son Journal une pareille rédemption grâce à la moto qui fut aussi chère qu’elle coûta cher à la vie de son auteur : “J’ai compris que la jeunesse est bénie – qu’elle est un risque à courir – mais ce risque même est béni.” (Journal d’un curé de campagne.) Quelques années plus tard, le deuxième exil de Bernanos lui fit écrire de même, au contact de la radio – cette autre innovation moderne pulvérisant les distances, dans son réel Journal brésilien pour réveiller l’enfance ainsi que l’espérance au cœur de ses lecteurs, notamment français: “La Paix doit être un risque, une aventure.” Contre les truquages et les impostures qui polluent l’âme autant que l’histoire, ajoute Georges Bernanos pour tous les Enfants humiliés, “Si je marche à ma fin, comme tout le monde, c’est le visage tourné vers ce qui commence, qui n’arrête pas de commencer, qui commence et ne se recommence jamais, ô victoire !”

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