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Affiche japonaise du film de Miyazaki “Le Vent se lève” http://www.legenoudeclaire.com/wp-content/uploads/2013/12/affiche-japonaise.jpg

“Le vent se lève !… il faut tenter de vivre !” Ces deux exclamations changeant le fameux Cimetière de Paul Valéry en un décisif envol marin qui s’arrache à la mort ponctuent aussi le film-testament de Miyazaki, Le Vent se lève. Le génie de l’animation transfigure de liberté non seulement les lignes et les couleurs de ses dessins, mais aussi la morne mémoire du XXe siècle encore tout étourdie par les conflits et les massacres tentaculaires, par les monstrueuses forces de frappe, par les ruines qui calcinent sans raison l’horizon. Un autre poème, celui de l’Italienne Christina Rossetti exilée en Grande-Bretagne au siècle précédent, gonfle la voile de cette épopée tragique tissée par une haleine poétique.

(Sing Song : A Nursery-Rhyme Book, 1872.)

Qui a vu le vent ?

“Qui a vu le vent ?
Ni moi, ni toi :
Mais quand les feuilles frémissent,
C’est que le vent passe par ici.

Qui a vu le vent ?
Ni moi, ni toi :
Mais lorsque les cimes fléchissent
C’est que le vent passe par là.”

Musique, peinture, poésie et romans d’Occident sont largement cités par le cinéaste japonais, qui les relance toujours plus loin comme autant de chapeaux, de parasols, d’avions de papier, pour que l’enfance puisse rebondir au sortir de la guerre, que le rêve dépasse la mort, que le dessin s’anime de cimes et de matin, que l’amour demeure la source sacrée et pour qu’enfin la paix reste seul parapet, le seul grillage grillant les âges…

Précisément, affirme Hélène Cixous dans sa correspondance avec Cécile Wajsbrot, intitulée Une autobiographie allemande,  “Nous sommes destinés, politiquement, éthiquement, à dépasser les frontières, la clôture nationale.”

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Hélène Cixous, Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil en 2010 http://farm2.static.flickr.com/1416/5099034830_97e5fe867f.jpg

Ainsi, “les rêves conçus durant l’enfance de la pensée” méritent d’être toujours éduqués pour nous aider à “regarder en haut“, pour nous élever par-dessus la “clôture” que condamne aussi Pierre Le Coz dans son vaste Atelier du silence : car elle nous enferme hors de nos valeurs profondes, c’est-à-dire de la “veille active et lucide” qui nous habite sourdement et qui se fait jour en prophétique dénouement de cet essai.

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Aux Nouvelles Editions Loubatières http://a.decitre.di-static.com/img/200×303/pierre-le-coz-l-atelier-du-silence/9782862667348FS.gif

Le rêve nous élève pour autant qu’il s’élève : en nos cœurs captifs, prisonniers de leur haine pleine et vaine, qui ne veulent même plus battre entiers, il ne donne forme aux idées amies encore endormies qu’autant qu’il se forme.

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“Üsgezünt – ou Enfermés de l’autre côté… du grillage”, pièce en dialecte alsacien de Fred Muller, http://www.theatre-contemporain.net/images/upload/thumbs/L255-H340/4185020427.jpg

Le rêve n’en finit pas de nous libérer jusque dans nos parois, nos patois et nos dialectes. Il ne s’arrête pas de nous aérer par un souffle haut qui délecte en détruisant la faction mortelle, en mûrissant l’action fraternelle : il a soudain jailli, ce silencieux rêve, en branches de sève des trous du treillis, jusqu’à ce qu’entre nos têtes luisent les mots et les gestes qui traduisent, jusqu’à ce que l’inhumain s’évanouisse dans nos mains et jusqu’à ce que, sans trêve, l’Esprit qui relie se lève.

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