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Papillons et poissons, tous brassent l’espace en restant silencieux : apparemment muets comme des carpes,  ils sont mélodieux comme des harpes sous leur éclat radieux.

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Bourdonnent-ils à la façon des abeilles, portant comme autant de sons leurs bonds ainsi que leurs dons, sans être perçus par nos pauvres oreilles ?… Parfois un transport en commun préfère l’un de leurs emblèmes – est-ce la chanson d’un nouveau poisson ? – pour que les voyageurs soient moins blêmes, suscitant le sourire en chacun.

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Mais surtout leurs ailes douces, fraternelles, nous donnent d’écouter comme ils savent goûter, dans la joie propager, leurs gouttes de clarté. Les racines du verbe goûter, telle une gerbe, nous confient le moût précoce de l’août : dans la langue espagnole, il roule et se module en voix de rossignol ouvrant nos vestibules pour que nous sachions aimer, accueillir, jusqu’à l’ouïe du plaisir, au bonheur de choisir ! A travers Théâme, des chemins de traverse se sont laissé fouler jusqu’à ce que la herse du savoir  fasse voir la saveur, cette graine si fertile, féconde, que l’avenir afflue et surabonde.

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Ainsi le sens s’élance par une paix immense, à laquelle monte le monde pour goûter la tendresse, contre toute guerre arc-bouté. De même, dans les parages du second conflit mondial, Paul Claudel par ses images, avec un respect filial, s’efforça de mettre en scène deux Tobie dans L’Histoire de Tobie et de Sara.

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Musique et fantaisie sont d’accord et sont là : tandis que les symboles se croisent, elles évoluent et s’apprivoisent. Des oiseaux créèrent certes la cécité, mais le fiel qui sortit du gros poisson pêché vint s’allier au chien comme à l’archange pour que les malédictions laissent place aux convictions et que l’ombre en salut se change :

Tobie le Vieux. – Eh quoi, le pain que nous avons mangé ensemble…

Tobie le Jeune. – … l’humble vin que nous avons partagé…

[Double choeur en latin pour chanter un matin…]

L’Ange Raphaël. – Manger et boire, il a semblé longtemps que je le fisse en effet avec vous. Mais j’usais d’une autre nourriture invisible. Mais j’usais d’une autre nourriture ineffable. (Paul Claudel, L’Histoire de Tobie et de Sara, acte III, scène 5.)

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