A Mulhouse rue du Raisin, une vigne minérale masque la tête d’un Bacchus couronné comme le Covid : or, en latin, la bouche (OS) désigna le visage par métonymie.

A l’approche de la Saint-Martin, l’été – même dans les ruelles inertes, surtout sur nos places désertes – paraît encore vouloir nous visiter… Le soldat patron du partage nous dira-t-il si le visage tient son nom plutôt de la bouche ou des yeux ? Ces deux sièges sensoriels sont de radieux et justes porteurs de messages. Mais tous deux ont besoin, pour s’occuper à point de ce qui pleure ou tremble, d’avancer bien ensemble en nos frêles forêts aspirant à la paix.

Automne à Pierrefontaine.

Dès lors, la vue et le goût passent le mur de façade ou la face jusqu’au bout de l’absence, au bord de la rencontre et de l’accord.

Sur le canal de l’Ill, la Maison des Berges.

La présence va naître, entrouvrir la fenêtre de la palpitante maison, du haut du front jusqu’au menton.

Une cour mulhousienne.

Non, le visage ne se partage pas entre la bouche et les yeux : car il est l’infinie déclinaison qui nie le déclin solitaire et vieux ; car il nous relie simplement à la vie, celle qui déjà luit à travers brume et nuit. Toujours à venir, la figure humaine se façonne et dure entre les deux paumes de Main partageant la source et le pain, ces divins miracles que nul mal ne racle : sous l’immensité du ciel, c’est notre unique essentiel, la nouvelle éternelle du Verbe fait chair qui sait parler clair à chacun, à visage découvert.

Mulhouse, place de la Réunion : temple Saint-Etienne en chantier, Tour de l’Europe en lumière de Large-Vue, manège et décor de Noël en attente dans l’ombre.

One Reply to “Le partage du visage.”

  1. “Visage sous vos traits la terre se regroupe”, s’écrie une fois encore René Char. Visage qui est, selon Levinas, au fondement même de l’éthique, visage qui est toujours nuptial : le recouvrir, c’est donc perdre un peu de ce fond qui fait de nous des humains, donc des frères. Oui, nous concevons en poète que le visage soit tantôt les yeux et tantôt la bouche. Toute la bouche et la faim de quelque chose de meilleur que la lumière, de plus échancré, de plus agrippant… Le masque, lui, sépare les yeux et la bouche, couvrant l’une, laissant muet le cri des autres. On se souvient alors de l’interdit biblique de VOIR le visage ou plutôt les faces (panim) de YHWH. C’est donc un temps privé, un temps où être l’hôte du désert, un temps pour chercher à redevenir le coeur fortuné, le coeur agrandi… le diadème. Un temps cependant que, du milieu du manque, nous pouvons nommer le temps du désir. Car nous cherchons, nous cherchons encore, le VISAGE du Seigneur, sa Sainte Face couverte de tant de voiles. Ce plus vrai Visage, qu’avons-nous fait de lui ???

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