muses

Que d’énigmes tissent les Muses antiques et sont par elles entrelacées ! On les disait au nombre de neuf, en haleine pour un monde neuf, ces Muses nées de Mnémosyne (ou moire) et de Zeus (ou Jupiter), donc enfants de l’Instance intérieure qui nous constitue et de la Splendeur extérieure qui nous situe dans l’espace,

comme la souple interface de la Psyché (ce Souffle de fraîcheur puisant à des sources divines l’énergie avec la vie, la parole avec l’envol, en grandes offrandes) et du Cosmos (cet Ordre de beauté, moins proche de l’“Invitation au voyage” baudelairienne que de la cosmétique, ou du monde brillant d’ondes dans le contexte romain).

L’étymologie, qui n’a rien d’une science exacte, apparente d’ailleurs davantage les Muses, pourtant compagnes dansantes d’Apollon sur le sauvage mont grec du Parnasse, au mental qu’au montagneux, au règne de la pensée qui parfois ment, qui définit l’homme dans les langues germaniques (Mensch) et qui crée en cultivant à sa manière.

Certes, les Anciens tentèrent par la suite d’attribuer à chacune des 9 muses un nom, un art. Mais l’ARt est bien ce qui sait ARticuler les contraires jusqu’à faire disparaître le premier fil ORDonnant la toile entière du tisserand et toute jointure dans l’hARmonie, dans l’oRdre ouvert, Rituellement ou spirituellement. D’ailleurs, la CULTure n’est-elle pas la soeur tournante de la QUENouille et de la POulie ? Elle jaillit quand les hommes suspendent leur errance, COLonisent un terrain, font brouter leurs bêtes dans un enclos fixe, pratiquent la rotation des travaux et des semences, honorent d’obscures forces par les récurrences d’un CULTe et mettent sur pied une CULTure organisée autant qu’organique. Pourquoi donc dissocier et spécialiser les ARts ?

Même et précisément si le mystère des Muses reste entier, à partir de cet équilibre mouvant se font jour la musique et la mosaïque, l’inspiration poétique et le fort enthousiasme (terme que la Renaissance introduisit en français, mais en gardant son sens de possession divine) qui musardent parfois, mais jamais ne s’attardent, tel cet Enlèvement d’Europe surgi au IIIe siècle après Jésus-Christ à Byblos – berceau phénicien devenu libanais des techniques nautiques et de l’art alphabétique, levant nos yeux au musée de Beyrouth vers un regard qui vit et vibre pour unir la mer et la terre. Alors se déploie, tout en nous amusant,  l’harmonie sonore aussi bien que visuelle, ainsi se succèdent le concert et la concertation : autant de jalons pour une Europe non seulement plusieurs fois millénaire, mais capable également de changer les hommes en frères, les dangers en forces partagées, en cosmos le chaos, dans le but, poursuivi par Eur-Ope moins exilée que fondatrice et par Apollinaire soldat de la grande guerre,

De bien voir au loin,

De tout voir

De près

Et que tout ait un nom nouveau.

Mais, par nature, un mystère

nous commande de nous taire,

de l’assumer sans bruit,

de le transmettre par notre existence

et surtout par notre coexistence,

pour qu’il donne son fruit.

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