Athens_Plato_Academy_Archaeological_Site_3

Impossible de quitter l’opuscule de François Cheng sans lui consacrer un troisième billet, tant il est vrai que l’intérêt d’une œuvre est parfois inversement proportionnel à sa longueur. Sans doute vous attendez-vous à entrer dans les jardins d’Académos. D’ailleurs, ne tardons pas : CAP sur la république, citoyenne autant que platonicienne, toujours placée à notre portée, ou plutôt entre nos mains. Si l’on peut croire épuisée La Joie de François Cheng, pas plus que l’Académie de Platon elle ne se laisse museler. Fidèlement, d’expertes mains cultivatrices viennent soigner nos plates-bandes les plus discrètes, dans les sous-bois les plus retirés, de l’antique Athènes aux recoins bouillonnants de notre Occident. Dès lors on entend sous le phrasé de François Cheng la vibrante exploration de Henri Bergson, et sous l’apparent silence de Jacqueline de Romilly le bourgeonnement de Sainte-Victoire.

3354621091488FS

Quelques jours avant de mourir, elle écrivit ces lignes en décembre 2010 :

La paix soit avec vous, la douce paix sur Terre,

Loin des horreurs, des peurs et des deuils de la guerre,

Cela, je veux le croire ; et j’en ferai, Seigneur,

La règle de ma vie et la joie de mon cœur.

 

Mais la paix la plus vraie, tout au fond de mon être,

Puis-je arriver tout seul à jamais la connaître ?

Pourrais-je pardonner vraiment la cruauté,

Mourir sans épouvante, aimer la pauvreté ?

 

Il me faudrait, Seigneur, un peu de votre grâce

Pour que je puisse enfin, franchissant cet espace,

Le dire d’un cœur pur, sans nulle réticence :

« La paix soit avec vous » – la paix de l’innocence.

222970-122215-jpg_113567_434x276

Ainsi la joie s’accomplit dans la paix, dès ici-bas. De même que les Phéaciens de l‘Odyssée donnèrent un visage à la fois moins palpable et moins insaisissable aux Phéniciens, ils confirment à leur manière l’avertissement qu’Andrée Munchenbach vient d’adresser en Courrier de lectrice aux DNA et qui s’appliquerait bien au-delà de l’accompagnement sonore offert – ou infligé – aux marchés de Noël à Strasbourg : “A renier ses racines, on rogne ses ailes”.

A4490

Partis avec EurOpe  de ses bords orientaux pour diffuser une plus Large Vue, les Phéniciens ne conquirent-ils pas, d’un sourire pacifique et contagieux, la Méditerranée ainsi que ses autres rivages, par la seule force révolutionnaire de leurs techniques nautiques et de leur art alphabétique ?

promenade-st-etienne-taize-faites-decouvrir-jardin-parc-prefere_258302

Les jardins d’Académos s’épanouirent sous bien d’autres latitudes et longitudes : comme l’a rappelé le début de cet article, à la fin du siècle dernier l’Académie française accueillit même une femme, spécialiste de la démocratie originelle autant qu’éternelle – celle de Thucydide toujours en devenir, Jacqueline de Romilly ; puis vint le tour d’un Chinois capable de relier à l’Orient l’Occident sans rien en renier, François Cheng, tandis qu’à travers les frontières et les générations les jeunes de Taizé continuent de passer le flambeau de la confiance européenne en marche, de transmettre la sève de l’inventive communion comme du pèlerinage libérateur.

Cathedrale-dEvry-1

C’est que par les artistes, les poètes, par les femmes et les hommes de bonne volonté, la joie johannique se décline sans déclin : “afin que notre joie soit complète” (1 Jn 1, 4) et “pour que notre joie soit parfaite” (2 Jn 12). Cultivons donc ensemble, ici tout comme là, l’invisible et visible espace d’entrelacs où la joie montre la voie sans que l’espérance ploie.

P1380934

2 Replies to “Le jardin de Platon, de Jacqueline et de François.

  1. Merci pour cette belle page et notamment ces strophes de Jacqueline de Romilly, qui donnent envie d’en découvrir d’autres !
    Un JYves en retard dans ses lectures et ses mails après un voyage rapide et imprévu dans l’Ariège.

    1. Si la chère Jacqueline nous attend tous, nous t’avons attendu hier à “Fustel” ; mais sans doute rapportes-tu de l’Ariège de nouvelles harmonies.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *