Massif du Grand Ballon, début mars 2020.

“A sauts et à gambades”(1), au fil de nos balades, l’humble printemps, roi frissonnant, prit lentement ses aises et ranima nos braises.

(1) Citation de Montaigne (troisième livre des Essais, chapitre 9), figurant en exergue du roman policier qu’Estelle Monbrun lui a consacré.

Le même jour, chemin devenu torrent dans le même massif du Grand Ballon.

Le goût du jour lève le lourd manteau de ténèbres dessus nos vertèbres.

Tardive neige sur le vignoble haut-rhinois et Cité ouvrière de Mulhouse, dans la seconde quinzaine de mars 2020.

Sans opacité frémit la Cité, d’autres anges et d’échanges, entre sentiers droits et fruitiers. Mais quels barreaux sombres et hauts sont venus par derrière défendre la lumière ?

Fenêtre d’une aumônerie lycéenne, communauté paroissiale des Cheminées.

Tout à coup le polar, trouvant le pôle et l’art, découvre la jeunesse d’un paysage vibrant de promesses à travers les âges : “l’arceau vert couvert de roses ouvrant sur le bel ordre du jardin”.

Cliché de photo prise au Château de Montaigne en avril 2007.

Alors les pages côtoient le secret simple d’un homme qui ne souhaitait qu’essayer les merveilles qui l’habitent ou qui sur cette “montaigne” palpitent.

Jaquette des “OEuvres complètes” de MONTAIGNE, collection “L’Intégrale”, Seuil, 1967.
Portrait de Montaigne. Anonyme, Ecole française du XVIe siècle.
Musée de Chantilly. Archives Stark.

“On apprend tout dans les livres…”, affirme à sa suite l’une de ses indignes admiratrices. Mais on croise aussi, dans cette mise au goût du jour de l’œuvre immortelle, l’éditeur “Galimatias” dont le nom rappelle par jeu celui d’un autre, tout en traversant de redoutables contrées familières comme les mystifications ludiques et fraternelles : “Proumeyssac voulait dire grosse bêtise et parents furieux”.

Première de couverture de “Meurtre à Montaigne“,
roman d’Estelle Monbrun, Editions Viviane Hamy, 2019.

Certes, d’étage en étage, on visite chemin faisant la bouleversante et durable tour adoptée par Michel de Montaigne, avec sa “grande garde-robe(2) […] A sa suite est un cabinet assez poli, capable à recevoir du feu pour l’hyver, très-plaisamment percé(3). III, 3” Parfois des Chemins Nocturnes nous font ainsi désirer de métamorphoser la taciturne succession du temps en un souffle clair, en une harmonie libre comme l’air… Il est un goût du jour qui mène par une douceur souveraine : partons sus aux virus pour que n’écope pas trop l’Europe. Qu’elle navigue avec les autres continents vers le partage ami d’un fécond “maintenant”, hissant sa mâture, offrant l’aventure qui protège avec soin et qui porte plus loin ses rames, nos âmes…

(2) L’équivalent de “toilettes”.

(3) … de fenêtres.

Quatrième de couverture de “Meurtre à Montaigne”.

Au sortir d’un forfait, toute envie est tarie ; de peur le cœur se tait : “les rangées de vignes défilaient comme autant de barrières inutiles.” Chaque supercherie laisse la vie meurtrie sur l’âcre nostalgie du beau, sur le mensonge et ses lambeaux, “feuilles de papier […] que la pluie avait déjà réduites à une sorte de pulpe grise.” Le dénouement semble se couronner de mots que Montaigne fait rayonner : “Il y a plus à faire à interpréter les interprétations qu’à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres, que sur tout autre object : nous ne faisons que nous entregloser.” III, 13 (De l’expérience). Or “la plus expresse marque de la sagesse, c’est une éjouissance constante” (Essais I, 26, De l’institution des enfants).

Une autre fenêtre de l’aumônerie lycéenne, Communauté paroissiale des “Cheminées”.

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