L’orchidée sur un fil nous tend son bras fuselé.

En cette venteuse Fête-Dieu, quel fil clair relie les “contraires”, temps, matière, vie, air ?

Strasbourg, quartier de la gare : le fil durable et délectable de la tradition.

Quelle énergie traverse et noue murs, plafonds, sans faire la moue ?

Tresses de fils électriques en cours d’installation.

Le courant au fil de l’eau donne son coup de chapeau : le salut ne freine pas le capitaine.

Strasbourg, quartier européen.

Or il faut beaucoup plus qu’un fil fin pour tisser l’essor du Fils de l’homme, à la mort opposé.

Tenture copte : inscription en grec, “Christ est ressuscité”.

Quel léger câble en ce dimanche bondit, vole, danse et se penche sur les parasols du “village vietnamien” qui se joue de l’exil en partageant un bien plus délectable que toute table ?… Jean l’enfant du désert, serviteur de l’eau vive, semble aller à travers l’absence ouvrir des rives.

Strasbourg-Robertsau, fête du Village vietnamien à l’Escale, nouveau terminus du tram.

Un chant enfile en secret l’escalier toujours frais et bruissant de la mémoire : tout à coup, un magasin de quartier fait sortir des parfums d’une armoire, du temps où le calcul mental souriait mieux que le cristal, où “sur le tas” l’exercice enfantin du matin humait – aimait – les épices.

Hommage à Fernand Di Scala, d’abord épicier à Mulhouse-Bourtzwiller : un maître en arithmétique et confiance.

Immigrés, réfugiés, nous le restons, de fête en fête. Irénée, Pierre et Paul en tête, puis Thomas, autant de glorieux visages veillant notre exode en visibles relais de Dieu, montrant la méthode et le mode pour que l’avenir veuille bien tenir la divine promesse dans l’humaine tendresse. Certes, le vieux psaume 138 s’émerveillait que le jour jusqu’en l’âme allume en grand la paix :

J’avais dit : « Les ténèbres m’écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.

Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière !

C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis :

étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.

Mais on perçoit, comme en accord radieux, le tout récent Mémorandum de Dieu :

Prends conscience de mon message…. J’entends ton cri…

Il traverse l’obscurité, s’infiltre dans les nuages,

se mêle à la lumière des étoiles et se fraie un passage

jusqu’à mon cœur, en suivant le chemin d’un rayon de soleil.

A Pierrefontaine, un petit marbre de Canova ?

Ainsi le silence féconde l’absence et l’abandon se change en don. Jean Précurseur du fils de l’Homme sous la fureur meurt, mais nous somme, en tournant son doigt vers l’atroce Croix, vers Celui qui reçut son modeste baptême et qui nous baptise d’un immense “Je t’aime”, de laisser filer à l’infini le “phylum” que Dieu même bénit : “Dans la Vie qui sourd en moi, écrivait en s’adressant au Père Créateur le jésuite porteur d’une “cosmo-mystique” Pierre Teilhard de Chardin dans Le Milieu divin (1957), et dans cette Matière qui me supporte, je trouve mieux que vos dons : c’est Vous-même que je rencontre, Vous qui me faites participer à votre Être, qui me pétrissez.”

Détail du retable d’Issenheim peint par M. Grünewald (1512-1516) : au pied de la Croix, les paroles de Jean le Baptiste rapportées par Jean l’Evangéliste (Jn 3, 30) signifient en latin “IL CONVIENT QUE LUI CROISSE, ET QUE MOI JE M’EFFACE”.

Alors reprend vie une mélodie que les aïeux malmenés par l’inique société confient à la jeunesse pour qu’elle soit sans cesse en mouvement d’abord aimant… “Quand la Saint-Jean s’approche, Il nous faut tout quitter, Dans un autre village, Gué, gué, nous irons demeurer.”

 

 

 

2 Replies to “Le fil de l’homme.

  1. Theâme est un rouet qui file pour nous un fil solide, un fil d’homme et dont les brins se nouent harmonieusement. Que de tresses évoquées alors depuis les prosaïques fils électriques demain cachés, mais que de marionnettes ces fils-là ne tirent-ils pas dans l’ombre sur l’avant-scène de nos vies! Que serions-nous sans la fée électricité qui, elle, a toujours besoin de fils alors que la téléphonie désormais est sans fil. De même fut sans couture la tunique du Fils de l’Homme…Celle de Jean le précurseur – qui fut passé au fil de l’épée – n’eut pour fil que des poils de chameau. Ainsi fil évoque poil puis, de là suivant le fil de la pensée, comme un fil de l’eau , cheveu, herbe, ou paille, la belle unité thématique des images de Jacky Galou. Oui la saint Jean d’été n’allume pas seulement des feux, elle tresse aussi des couronnes avec des fleurs. Dans les jardins les belles de saint Jean sont en gloire ( les Lys orangés), des fleurs presque aussi précieuses et alambiquées que l’orchidée ” cadeau le plus ancien des prairies au plaisir que la bouche délivre que la cascade instille.” Un épicier de génie à sa façon instille aussi dans nos vies ses cascades de graines ou d’épices. Epiceries, marchés, on les préfère au supermarché. Merci Théâme pour tout ce que tu fais filer et défiler entre nos doigts, rien de filandreux ni de filasse; on dirait que la fileuse araignée t’a enseigné son art. Le jardinier sourit : à cette saison il met des fils à ses pieds de tomates; Quant à la force qui sans cesse recoud le monde, elle enfile des aiguilles par le chas desquelles ne passe nul chameau.A son doigt le dé n’est plus nécessaire.

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