LeSelDeLaTerre.2014
politicstheoryphotography.blogspot.com

Les jardins strasbourgeois s’ébrouaient sous la pluie d’automne, les aînés se laissaient approcher par la présence animale même télévisuelle, et soudain se montrèrent le Bernanos exilé dans l’accueillant Nouveau Monde – loin de l’Europe en guerre qui avait tari brutalement sa veine romanesque, et notre ami Charles-Carlos parti de Flandre belge pour nourrir des communautés chrétiennes de base à la ronde – dans le Rondônia où un matin il ne se réveilla plus…

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Tournage du “Sel de la terre” de Wim Wenders, allocine.fr .

De fait, Wim Wenders semble préférer l’engagement de documentaires en forme de vibrant hommage aux scénarii même les plus révélateurs auxquels il nous avait pourtant habitués tout en nous étonnant sans cesse. Cette fois, c’est la famille Salgado dont le patronyme portugais signifie précisément salé qui l’inspire et le mène à plusieurs bouts du monde : le noir et blanc des photos se colore de dialogue, de musique, de plans filmés sur des continents ébranlés. Par “l’empathie pour la condition humaine”, la spontanéité rejoint ceux qui ont fui, transformant en beauté ce qui semblait fouillis. Wim Wenders met ainsi le cinéma, cet art d’écrire par le mouvement, au service de la musique dans Buena Vista Social Club comme au service de la danse à travers Pina – Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus, et tout récemment de la photographie : écriture “par la lumière, qui dessine le monde avec des lumières et des ombres”.

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Sebastiao Salgado en Afrique, paulcoatesphoto.com .

“Comme une navette”, dit son père, sans s’arrêter Sebastião Salgado quitta le Brésil et revint dans la ferme familiale ; deux réalisateurs, trois générations, quatre ou cinq  voix, se croisent amicalement entre musique et silence pour tisser autour de la langue française un récit toujours ouvert : d’économiste, le photographe est devenu économe et artiste, montrant comment son peuple accomplit à la fois “prière et travail politique”, dans un paysage où tragiquement risquent de s’évanouir, puis de s’effacer, les silhouettes humaines.

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S. Salgado en Afrique, mep-fr.org .

Dans ses ardents allers-retours, Sebastião Salgado visite et visionne tour à tour l’Afrique avec ses arbres-abris, avec l’inviolable image martyrisée de “la mère avec son petit”, et les puits de nuit de l’Irak en guerre dans “un travail d’enfer” : absurde théâtre qui déclenche la surdité de l’artiste pendant que “les pur-sang du paradis koweitien restent prisonniers de la catastrophe”.  Dans la désintégration de la Yougoslavie, en pleine Europe cela devenait évident : “On est un animal terrible… qui n’a pas écouté parler… qui ne mérite pas de vivre”. Mais alors que “S. Salgado a vu le cœur des ténèbres”, les oiseaux de son enfance vont renaître des cendres : car son épouse Lelia se dit soudain prête à replanter à partir du domaine ancestral la forêt originelle, la jungle amazonienne, mata atlântica. Et, parmi les grands beaux ouvrages conjuguant leurs inspirations, S. Salgado se met avec elle à ce labeur également, passionnément : “L’éternité est peut-être mesurable : une idée peut germer, se partager, se propager…” Oui, conclut W. Wenders, “la terre aura su ranimer la vocation de S. Salgado”.

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W. Wenders et S. Salgado préparant “Le Sel de la terre”, culturebox.francetvinfo.fr .

La “main” de l’iguane qui envoie  aux hommes depuis les Galapagos son signe de fraternité, l'”amie baleine” baptisée par une constellation de gouttes, les Indiens Zo’é auréolés de soleil et de feuilles au paradis, tendent autant de chaînes et de trames pour nouer “un hommage à la planète”, “une lettre d’amour à la planète”, un témoignage responsable autant qu’un cri d’espoir : “La destruction de la nature n’est pas irréversible”. Dès lors, Sebastião “au pays des merveilles” revoit “la choute d’eau” de son enfance jaillir. D’ailleurs, la Bonne Nouvelle selon Matthieu (5, 13-14) déclare depuis 2000 ans : “Vous êtes le sel de la terre […] Vous êtes la lumière du monde.” De l’érosion à l’éclosion, même pour écrire en une salle obscure, la lumière abonde et bondit, libre et pure. Après Les Ailes du désir (Le ciel au-dessus de Berlin), après Si loin, si proche!, c’est ainsi que la terre se guérit et s’éclaire d’un seul ciel essentiel.

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