Capture… d’un bousier sur universcience.tv.

Aristophane avait l’intuition baudelairienne qu’en assumant les excréments de la guerre on pouvait comme le bousier transformer la boue en or, voire adopter l’instinct quasi astronomique du repoussant insecte pour s’élever au ciel jusqu’à la Paix, pour la ramener sur terre en compagnie de la Fête et de l’Abondance : cette jolie déesse n’est-elle pas féeriquement promise en mariage à l’antique vigneron de l’Attique qui, suffoquant sous la guerre civile, fit d’un monstrueux bestiau puant, par le génie de la résilience, un céleste et divin… coursier, et des armes les instruments de l’agriculture ?

Belle parole de silence il nous faut et, la fiancée, qu’on l’amène dehors jusqu’ici,

que les torches s’avancent, que tout le peuple communie à la joie, dans les vivats !

Que nos outils à nouveau sur nos champs soient aussitôt amenés sans exception,

après nos danses et nos libations !

Aristophane, La Paix, vers 1316-1319 : traduction littérale du grec ancien proposée par Théâme.

Le paradis sur terre, c’est aussi le rêve européen des migrants rescapés du désert, des tempêtes ou de la terreur, tel que la récente série d’Arte le met en scène avec son talent critique et politique sous le titre d’Eden.

EDEN“, série d’Arte.

AMARE, le jeune Africain, non seulement porte dans son nom l’infinitif latin du verbe AIMER, mais de plus garde comme idée fixe la devise en quelque sorte natale d’EurOpe aux Larges-Vues : “Regarder droit devant soi”, en se fiant et se vouant comme elle aux vagues aussi lumineuses que dangereuses de “l’océan”… Contradictions, réflexion, concertation sont certes inhérentes à l’Europe : mais sauront-elles maintenir le cap du salut commun dans les présentes tourmentes obscures qui durent ?

https://www.arte.tv/fr/videos/070738-001-A/eden-1-6/

En plongeant dans l’enfer de certains enfants et de nos capitales, Sylvie Germain met en scène, en lumière, un filiforme danseur de corde qui vagabonde et surabonde, qui magiquement accorde toute matière, toutes les manières : un étrange personnage apatride et limpide au nom de couronne, au prénom d’archange habitant l’Eden, Gavril (ou Gabriel) Krantz.

L’archange du Mont-Saint-Michel.

C’est lui qui fait du petit Parisien Nathan un sage, par-delà les abandons et les misères incommunicables, au bout de l’ignorance comme de l’absence. Car la Roumanie de Gavril et l’Europe tout entière tentent de changer la boue de la guerre qui déborde sans cesse en une précieuse liberté solidaire pétrie de tendresse. Au moins Nathan n’attend-il plus de la ranimer parmi les tours du vent, de la rallumer sous le ciel clair notamment dans le milieu scolaire :

Là où le langage est en manque, en souffrance, il essaie d’ouvrir des brèches pour laisser aller et venir les mots, les faire respirer, bruire et remuer dans l’imagination, résonner dans la pensée.

Sylvie Germain, Le Vent reprend ses tours, chapitre 14, À rebours.

Editions Albin Michel.

One Reply to “Le Bousier et l’Archange.”

  1. On salue Gavril en songeant à Gabriel “force de Dieu”, à Gavroche le saute ruisseau de Victor Hugo, aux ailes de désir de l’enfance et des anges, et à Michel ” qui est comme Dieu” et semble veiller sur les Vagues en les priant peut-être de ne plus être avaleuses d’enfants ? Toujours l’homme libre chérit la mer et la prie de le porter au delà d’elle vers un pays de Cocagne où il puisse reprendre ses tours au vent et planter solide sa charpente et sa maison. Le paradis est-il toujours un peu plus loin??? ” Eden n’est -il qu’un nada??? Est-ce que la vie sur terre ne pourrait se poursuivre sans vent, ou faut-il que tout toujours tremble, toujours, toujours ?” interroge Michaux. Alors nous aurions besoin du troisième archange Raphaël ” Dieu guérit,” l’ange de Tobie …et de Gavril ou Gavroche …Tant d’Asmodée de par le monde en veulent aux enfants voyageurs Où est le poisson mystérieux dont la bouse de fiel fera fuir le démon par son fumet pestilentiel???…Le bousier aussi le sait : puer parfois sauve. Et les tanneurs de Fez dans leur puants bains alchimiques font des gants de chevreau qu’on offrirait ensuite aux mains de rose de l’épousée. La menthe sur nos narines filtre des paraboles semblables à celle du bousier d’Aristophane.

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